Hier soir, à la librairie Les Parleuses, nous avons eu le plaisir d’entendre Sélim-a Atallah Chettaoui, poète invité.e des Journées Poët Poët, qui interviendra à plusieurs reprises lors du festival.
Né.e en Tunisie, fille d’un soignant et d’une dentiste, Sélim-a Atallah Chettaoui vit en France depuis une dizaine d’années, où iel a mené des études de lettres et de création littéraire, jusqu’à commencer une thèse de doctorat. Iel vit actuellement de son métier de poète, grâce à la publication de deux recueils. Interrogée par Katia Vonna, artiste performeuse pluridisciplinaire, iel s’est livré.e sur son parcours, sa pratique poétique et ses ouvrages.
Son premier recueil, Au pieu, doit son titre à ce plaisir coupable de demeurer au lit quand toute une société affirme que l’avenir appartient aux lève-tôt. Il s’agit cependant moins d’un éloge de la paresse que d’une réflexion sur les injonctions de la société, avec la volonté de ne retenir que celles qui sont constructives. L’ouvrage est ainsi éminemment personnel tout en étant immédiatement universel. Je me suis beaucoup reconnu dans les poèmes que Sélim-a a lus, qui partent d’expériences partageables pour faire la critique de notre société.

Sélim-a Atallah Chettaoui est un.e poète des entre-deux. Son parcours scolaire, de l’Alliance française à Tunis jusqu’à l’université de Cergy, lui a donné une parfaite connaissance de la langue et de la culture françaises, tout en possédant, grâce à ses parents, une maîtrise approfondie de l’arabe oral et écrit. Entre deux langues, entre deux statuts aussi : si les complexités de l’administration ont fait qu’iel a par moments été sans papiers, iel a connu une situation largement plus privilégiée que celle de nombreux immigrés. Entre deux genres aussi : Sélim-a Atallah Chettaoui évoque sa fluidité de genre, l’incompréhension que celle-ci ne manque pas de susciter chez certains, tout en admettant volontiers que sa non-binarité est beaucoup plus facile à vivre au quotidien que de nombreux parcours trans. Iel a recours à la notion de « passing », cette facilité qu’iel a à passer pour une femme cisgenre hétéro, de façon à pouvoir vivre incognito, tout en reconnaissant qu’il s’agit là d’une facilité dont il ne faut pas abuser. L’entre-deux est donc l’endroit d’où elle peut observer la société, ses injustices, ses hypocrisies, mais aussi ses joies.

Identités multiples, dialectique de l’individuel et du collectif, équilibres à trouver dans une société complexe et bien souvent rude… L’entretien entre Sélim-a et Katia a été passionnant et au cœur de nombreux enjeux actuels. Je l’ai aussi vécu comme un moment très doux, par la qualité de l’échange, la grande écoute des convives, toutes choses qui devraient être normales mais sont en fait assez rares. L’art et la littérature, comme tant d’autres domaines, sont si souvent saturés de questions d’ego qui polluent les échanges, que cela fait du bien d’entendre un.e poète qui parle d’instant présent, de solidarités collectives, de ressentis partagés. Sélim-a est un.e auteur.rice que j’ai vraiment envie de mieux connaître, et je sais que, une fois passée la course des Journées Poët Poët, j’aurai plaisir à lire et à étudier ses deux recueils, dont je vous reparlerai forcément.

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