Que d’émotions ! Hier soir a eu lieu la création des Liaisons dangereuses, au théâtre de l’Impasse, à Nice, dans l’adaptation moderne de la troupe de l’association Polychromes. Une salle comble, des applaudissements nourris, et un nouveau succès pour la troupe menée par Michaël Brice.

Un chef d’œuvre du libertinage
C’est un projet qui tenait particulièrement à cœur à Michaël Brice. Celui-ci connaît très bien le roman de Choderlos de Laclos, pour lui avoir consacré un mémoire pendant ses études. Ce chef d’œuvre du libertinage fait la critique des mœurs aristocratiques au XVIIIe siècle. La marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont manipulent leur entourage pour arriver à leurs fins.
Peu d’adaptations ont insisté sur les éléments qui ont fait de Merteuil la calculatrice et la manipulatrice que l’on sait. S’appuyant notamment sur la fameuse lettre 81, dans laquelle Merteuil révèle à Valmont la raison de son ingéniosité, Michaël Brice a voulu montrer comment Merteuil est devenue Merteuil. Le personnage principal, à l’origine de basse extraction, a fait une incroyable ascension sociale en épousant le marquis de Merteuil. Rapidement veuve, elle a retrouvé l’amour dans les bras de Gercourt. Mais ce dernier l’a trompée, l’a humiliée, et, dès lors, sa vengeance sera terrible…
Après Palax, après Cuisine et addictions, après La Belle et la Bête, ce nouveau spectacle monte encore d’un cran les ambitions de la troupe, en associant le drame à la comédie. La troupe n’a rien perdu de son potentiel comique qui a fidelisé le public, mais y a ajouté une dose d’émotion qui a été chaleureusement saluée.

Une adaptation résolument queer et moderne, entre drame et parodie

Michaël Brice, professeur de culture générale dans plusieurs écoles supérieures de commerce et de communication, a su rester fidèle à l’esprit de la troupe, tout en l’emmenant sur un autre terrain. L’atelier théâtre de l’association Polychromes existe avant tout pour permettre à des personnes LGBT d’exprimer sur scène ce qu’elles ne peuvent pas toujours dire dans la vie quotidienne. Cette adaptation des Liaisons dangereuses se veut donc résolument queer et moderne.
Ces liaisons sont donc conjuguées au masculin. Merteuil devient un marquis incarné par Michaël Brice lui-même. La force de Merteuil, qui a, par rapport à Valmont, la difficulté d’être femme dans un monde paternaliste, s’exprime ainsi autrement, sous les traits d’une homosexualité à la fois sensible et fière. Le duo Merteuil-Valmont fonctionne à merveille, et il faut saluer le grand talent de Pierre Sadoc qui, tout en travaillant à distance, a su incarner un parfait Valmont. Le personnage de Danceny, interprété avec force et émotion par Arnaud Quittard Pinon, est également pour beaucoup dans la dimension sensible de la pièce.
Quant à Cécile de Volanges, l’ingénue, la proie de Merteuil, elle a habilement été transposée en Kévin de Volage, jeune influenceur catho tout juste sorti de l’internat, magnifiquement interprété par Nicolas Decroix qui a pris un plaisir communicatif à parodier cette figure candide et naïve.


Les personnages secondaires ajoutent une dimension parodique à la pièce. Le scandaleux Prêtre Gims, le dévoué serviteur Azolan, la ficanasse Rosemonde (que j’ai le bonheur d’incarner), les invités parmi la foule font sourire, parfois même franchement rire, ce qui renforce encore, par contraste, les séquences centrées sur l’émotion.
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C’est pour moi un grand bonheur que de faire partie de cette troupe si bienveillante, où chacun met son talent au service du collectif, où chacun peut être force de proposition et être entendu, et qui est une grande famille. J’ai pris un immense plaisir à me rendre à Nice, tous les mardis, pour écrire collectivement et jouer cette nouvelle pièce, en incarnant cette année un personnage loufoque et déjanté. Si vous n’avez pu assister à la représentation de ce samedi soir, rassurez-vous, il reste encore quelques très rares places pour ce dimanche après-midi (15 h) !



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