C’est un fait : le dix-huitième siècle est davantage réputé pour ses philosophes et ses penseurs que pour ses poètes. Le siècle des Lumières a pourtant eu ses poètes. Aujourd’hui, je vous présente un poème de Fabre d’Églantine, surtout connu pour avoir été l’inventeur du calendrier républicain.
Voici, donc, un poème d’amour trouvé sur Wikisource, composé en 1788 pendant la Révolution française, et publié de façon posthume en 1802. Il s’intitule « Romance » :
« Je t’aime tant, je t’aime tant ! Je ne puis assez te le dire : Et je le répète pourtant A chaque fois que je respire. Absent, présent, de près, de loin, Je t’aime est le mot que je trouve : Seul avec toi, devant témoin, Ou je le pense ou je le prouve.
Tracer je t’aime en cent façons Est le seul travail de ma plume ; Je te chante dans mes chansons, Je te lis dans chaque volume : Qu’une beauté m’offre ses traits, Je te cherche sur son visage ; Dans les tableaux, dans les portraits, Je veux démêler ton image.
En ville, aux champs, chez moi, dehors, Ta douce image est caressée : Elle se fond, quand je m’endors, avec ma dernière pensée. Quand je m’éveille, je te voi, Avant d’avoir vu la lumière ; Et mon cœur est plus vite à toi Que n’est le jour à ma paupière.
Absent, je ne te quitte pas ; Tous tes discours, je les devine : Je compte tes soins et tes pas ; Ce que tu sens, je l’imagine. Près de toi, suis-je de retour ? Je suis aux cieux, c’est un délire ; Je ne respire que l’amour, et c’est ton souffle que j’aspire.
Ton cœur m’est tout, mon bien, ma loi ; Te plaire est toute mon envie : Enfin en toi, par toi, pour toi, Je respire et tiens à la vie. Ma bien aimée, ô mon trésor ! Qu’ajouterai-je à ce langage ? Dieu ! que je t’aime ! eh bien ! encor, Je voudrais t’aimer davantage !!! »
C’est un poème simple, sans vocabulaire soutenu ni artifices rhétoriques complexes. Cette simplicité procure une impression de sincérité. Tout le poème veut dire « Je t’aime », trois mots aussi banals qu’infiniment précieux.
Remarque : la graphie « Je te voi » n’est pas une faute d’orthographe mais une licence poétique permettant de rapprocher ce mot, placé à la rime, de « toi ».
Gabriel GROSSI est docteur ès lettres, spécialiste de poésie contemporaine. Après des études en hypokhâgne et khâgne au Lycée Masséna, il poursuit à l’Université de Nice jusqu’au doctorat. Il enseigne durant quatre années au sein des départements de Lettres et d’Information-Communication de l’Université de Nice. Il soutient en janvier 2015 une thèse portant sur « La Basse continue dans l’œuvre poétique de Jean-Michel Maulpoix ». Auteur de nombreux articles sur la poésie contemporaine, il a aussi publié deux recueils de poésie, « Concordance » et « Du Néon aux étoiles ». Il est par ailleurs professeur des écoles.
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2 réponses à « Connaissez-vous Fabre d’Eglantine ? »
[…] S’il fallait résumer le XVIIIe siècle à une seule idée, ce serait sans conteste celle des « Lumières ». Un tel résumé est certes honteusement simplificateur : il faudrait parler aussi du roman (Bernardin de Saint-Pierre, Choderlos de Laclos, Sade, Lesage, l’abbé Prévost, madame de Villeneuve…), du théâtre (Marivaux, Beaumarchais, Sedaine, Mercier…), de la poésie (André Chénier, Fabre d’Églantine…). […]
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