Archives du mot-clé citation du jour


« Des gais soleils d’avril voici l’heure première.
Avril, c’est le printemps dans sa virginité.
L’air est d’un bleu profond, suave est la lumière ;
Un sang jeune sourit au front de la beauté.

[…] Bientôt se cueilleront les prémices des choses :
L’alouette dans l’air dira les jeunes blés,
Et le bouvreuil muet, caché parmi les roses,
Couvera les œufs blonds sous sa plume assemblés. »

Auguste Lacaussade, « Les Soleils d’Avril », Poèmes et paysages, 1897, via Wikisource.


« Humanité anecdote biologique
Ne te perds pas de vue et cultive-toi
Des poireaux calmes des pommes de terre
Des tomates sans chinoiseries
Permets que le renard emporte une poule
Une poule de temps en temps avec des plumes
Ignorante des happy technologies
Quand un lombric déroule de tout son long
Un bout de la longue chaîne élémentaire
En rose merveilleux alimentaire. »

Valérie Rouzeau, Sens averse, Paris, La Table Ronde.


« Les mots me viennent par vagues. Ils voudraient dire des choses que je ne maîtrise pas. Ils tâtonnent, ils palpent le vide et tout à coup s’enfièvrent pour une image qu’ils ont prise pour la vérité. Je m’y abandonne aux courants de lumière et de vent. À vrai dire, j’y cherche tes lèvres. »

Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de ciel, Paris, Mercure de France,
rééd. 2005, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », III-5.


« Oui, oui, c’est vrai, j’ai vu la mort au travail
[…] tout près de moi, sur moi, j’en donne acte à mes deux yeux, adjugé ! Sur la douleur, on en aurait trop long à dire. Mais quelque chose n’est pas entamé par ce couteau ou se referme après son coup comme l’eau derrière la barque. »

Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Pléiade », p. 574.


« O voyageur, la terre, hélas ! est découverte.
Plus d’île vierge encor d’ombre et de pas humains.
Mais prends le grain d’avoine ou bien la feuille verte
Et tu verras s’ouvrir l’inconnu des chemins. »

Alexandre ARNOUX, CVII quatrains, éd. Jacques Haumont,
cité par G. Rouger & R. France, Nouvelle anthologie poétique, Paris, Nathan, 1953, p. 226.


« NOËL ! paix dans les cieux ! paix à l’enfer dompté !
Paix sur la terre, aux cœurs de bonne volonté !
Premier chaînon d’amour de l’insoluble chaîne
Qui joint la terre au ciel, l’ange à la race humaine !
Mystère, enivrement, pardon, trêve à nos maux,
Pitié pour les enfants, respect des animaux !! »

Alfred Busquet, La Nuit de Noël (poèmes), Christmas Carol, Librairie nouvelle, 1861,
via Wikisource.


« Si tu crois qu’aux enfants seuls siéent les songes je te dirai ce retour d’images brèves qui font d’une vie une éternelle saison qui nous frôle et n’en finit pas d’interroger les forêts

On lâche seulement sur le tard des mots neufs enfermés comme des copeaux légers dans des larmes avides d’épaules »

Barbara Auzou.

Ce beau poème, intitulé « Prolégomènes IV », se lit (presque) d’un seul souffle. Il est à lire sur le blog de Barbara Auzou, dont le titre très durassien est Lire, dit-elle. Allez-y voir !


« Sur une plage vide d’après l’été, je nous imagine. Ton petit chien renifle les vagues. Tu portes sur la tête un bonnet rayé et tu marches à la lisière des eaux. On dirait que le sable tremble, cette minute est trop importante. Les mouettes se sont tues dans un battement d’aile. Le crabe aux yeux éteints s’est souvenu de quelque chose. La plage croule et je m’écarte pour écouter ces drôles d’histoires que les enfants égrènent au sortir de l’école. »

Jean-Michel Maulpoix, Locturnes, Lettres Nouvelles, 1978, p. 49-50.


« À cause de la joie qui me vient de ses yeux j’ai grande peine et tendresse aussi d’aller parmi la solitude

Fleuves nuages rutabagas les visages passent le temps poudroie

Grâce au songe de lui je ne suis plus quand je suis seule seule dans la rue […] »

Valérie Rouzeau, Va où,
Le temps qu’il fait, 2002, p. 120.

« Mon vieux Paillon
Pourtant
malgré tout ce qu’ils t’ont fait
un soir après sept jours de pluie
comme l’Achéron ou le Styx
tu surgis du monde souterrain« 

Daniel BIGA, Stations du Chemin, Le Dé bleu, 1990,
cité dans l’anthologie Poésie francophone éditée par le CRDP de Nice,
sous-titrée Les poètes d’ici vous invitent à lire les poètes d’ailleurs.