Si la poésie contemporaine est bien vivante, elle s’épanouit loin des projecteurs médiatiques. En dehors des passionnés et des spécialistes, bien peu de personnes seraient capables de mentionner les noms de poètes d’aujourd’hui. La poésie contemporaine est pourtant riche d’une belle diversité. Florilège.
Sommaire de l’article
Cet article a été mis à jour en mai 2025, en rajoutant des analyses plus précises sur chaque poète.
Les presque « classiques »
Lorsque l’on parle de poésie contemporaine, on désigne en gros les recueils parus de 1950 à nos jours. Cela fait donc près de soixante-dix ans d’histoire littéraire à découvrir. Il va de soi que, plus on remonte dans le temps, plus on aborde des auteurs qui ont eu le temps d’acquérir une certaine notoriété, jusqu’à devenir presque des « classiques ». Les poètes qui ont commencé à publier très récemment sont nécessairement moins connus.
Yves Bonnefoy (1923-2016)

Ce natif de Touraine, né en 1923 et décédé en 2016, a vu certains de ses recueils portés au programme de l’Agrégation de Lettres modernes. C’est dire que son œuvre est désormais considérée comme incontournable dans l’histoire littéraire du XXe siècle.
Il s’est fait connaître dès les années cinquante avec son recueil Du mouvement et de l’immobilité de Douve, où le mot « douve » désigne tout à la fois un fossé entourant un château et la femme aimée.
Je préfère largement Début et fin de la neige, paru dans les années quatre-vingt-dix, où le poète évoque l’hiver avec un lexique très épuré. Voici un poème extrait de ce recueil, qui évoque la philosophie matérialiste de Lucrèce et le fameux « clinamen » :
« Lucrèce le savait :
Ouvre le coffre,
Tu verras, il est plein de neige
Qui tourbillonne.Et parfois deux flocons
Se rencontrent, s’unissent,
Ou bien l’un se détourne, gracieusement
Dans son peu de mort.D’où vient qu’il fasse clair
Dans quelques mots
Quand l’un n’est que la nuit,
L’autre, qu’un rêve ?D’où viennent ces deux ombres
Qui vont, riant,
Et l’une emmitouflée
D’une laine rouge ? »
Dans ce poème, Yves Bonnefoy reprend à son compte la notion épicurienne de clinamen pour en faire l’image d’une chute de neige. Le caractère savant de la référence n’enlève ainsi rien à la légèreté du poème. La rencontre, l’union et la séparation de deux flocons de neige apparaît, de fait, comme une sorte de danse gracieuse et virevoltante.
Yves Bonnefoy se distingue des autres poètes de son temps par une quête exigeante de la présence et du réel, loin des jeux formels ou de l’abstraction. Son écriture, à la fois limpide et métaphysique, cherche moins à orner le monde qu’à l’approcher avec justesse, dans une tension constante entre le mot et la chose, entre le visible et l’insaisissable. Héritier de la tradition tout en étant résolument moderne, il incarne une voix singulière, grave et claire, dans le paysage poétique du XXe siècle.
POUR EN SAVOIR PLUS SUR BONNEFOY
- Brève présentation d’Yves Bonnefoy
- La neige en poèmes
- Un poème contemporain : « Les rainettes, le soir » d’Yves Bonnefoy
- Citation du jour : Yves Bonnefoy
- Citation du jour : Yves Bonnefoy (2)
- Décès d’Yves Bonnefoy le 1er juillet 2016
- La jardin enneigé d’Yves Bonnefoy
- « L’écharpe rouge » d’Yves Bonnefoy (reblogué)
- « Lucrèce le savait » d’Yves Bonnefoy
Philippe Jaccottet (né en 1925)

Né à Moudon, en Suisse, en 1925, Philippe Jaccottet vit dans la Drôme, à Grignan, depuis son mariage en 1953. De cette époque datent ses premiers recueils importants : L’Effraie et autres poésies (1953), et L’Ignorant (1958). Philippe Jaccottet apparaît progressivement comme l’un des poètes majeurs de la génération d’après-guerre, aux côtés d’Yves Bonnefoy, Jacques Dupin ou encore André du Bouchet. Parmi ses ouvrages, on peut également retenir les titres d’Airs (1967), Éléments d’un songe (proses, 1961), Paysages avec figures absentes (proses, 1970), À la lumière d’hiver (1994, réédition de recueils antérieurs).
La poésie de Philippe Jaccottet séduit avant tout par son authenticité. Il y a en effet chez lui un continuel souci d’éviter la parole gratuite, l’artifice superflu, la métaphore excessive. Il s’agit ainsi d’une poésie qui se veut très humaine, attentive aux paysages aussi bien qu’à la fragilité de la vie. Dans Leçons cet Chants d’en bas, le poète décrit de façon très épurée la souffrance liée au deuil.
Voici l’extrait d’un poème de Philippe Jaccottet, paru dans le recueil Chants d’en bas, inclus dans À la lumière d’hiver (Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1994, p. 44-45) :
« Parler pourtant est autre chose, quelquefois,
que se couvrir d’un bouclier d’air ou de paille…
Quelquefois c’est comme en avril, aux premières tiédeurs,
quand chaque arbre se change en source, quand la nuit
semble ruisseler de voix comme une grotte
(à croire qu’il y a mieux à faire dans l’obscurité
des frais feuillages que dormir),
cela monte de vous comme une sorte de bonheur,
comme s’il le fallait, qu’il fallût dépenser
un excès de vigueur, et rendre largement à l’air
l’ivresse d’avoir bu au verre fragile de l’aube. »
Ce qu’il faut retenir sur la poésie de Philippe Jaccottet, c’est sa manière unique de dire le monde avec une simplicité presque fragile. Sa langue, dépouillée et attentive, tente de saisir les traces de beauté et de lumière dans les choses les plus modestes — un souffle de vent, un chemin, un silence. Loin des éclats, sa poésie murmure et éclaire, portée par une éthique de la retenue et une foi discrète dans la justesse des mots face à l’énigme du réel.
D’autres articles de ce blog sur Philippe Jaccottet :
- Philippe Jaccottet : une exigence de justesse
- Citation du jour : Philippe Jaccottet
- Citation du jour : Philippe Jaccottet (2)
- Citation du jour : Philippe Jaccottet (3)
- Reblogué : « Et moi maintenant… » (Philippe Jaccottet)
- Poésie et simplicité
- « A la lumière d’hiver » de Philippe Jaccottet
- Un documentaire d’Arte sur Philippe Jaccottet
- Pourquoi j’aime la poésie de Philippe Jaccottet
- Philippe Jaccottet : « Que descende la neige »
Salah Stétié (né en 1929)

Né en 1929 à Beyrouth, Salah Stétié est un poète libanais qui écrit en français. Né dans un pays de langue arabe sous protectorat français, ayant bénéficié à la fois d’une scolarité en langue française et d’une initiation à la culture arabo-musulmane dans le cercle familial, il possède ainsi une double culture qu’il revendique pleinement.
Après la guerre, il découvre Paris et rencontre plusieurs des principaux poètes de l’époque (notamment Jouve et Bonnefoy). Ses fonctions de diplomate, comme ses travaux de poète, d’essayiste et de traducteur font de lui un véritable passeur entre Orient et Occident.
On peut mentionner les recueils L’Eau froide gardée (1973), Inversion de l’arbre et du silence (1980), le texte romanesque Lecture d’une femme (1985).
Sa poésie séduit avant tout par le minimalisme du vocabulaire employé : ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent sous sa plume, et construisent progressivement un paysage épuré.
Selon Béatrice Bonhomme, Salah Stétié se méfie des pouvoirs de l’image : en cela, le poète s’inscrit parmi les poètes des années cinquante qui refusent les excès de la métaphore et s’écartent des voies surréalistes. Mais cela correspond aussi, sans doute, à sa culture arabo-musulmane où l’image figurative est souvent considérée comme un risque d’idolâtrie. C’est ainsi que, toujours selon Béatrice Bonhomme, la répétition d’un même mot apparaît chez Salah Stétié comme une façon d’annuler l’image instaurée par la première occurrence.
Pour vous donner une idée de la poésie de Salah Stétié, j’ai choisi l’un de mes poèmes préférés de cet auteur, paru dans L’autre côté brûlé du très pur (p. 42) :
« Il y a contre mon cœur un enfant qui un peu brûle
Comme un enfant de neige
Sa nature est de neige et sa larme me brûle
Où se défait la neige
Il y a face à l’esprit une larme de neige
Et sa lumière est larmeLampe de neige larme des matinées
Et précieux lit du jour
Où flambe imaginairement le feu
De cette femme éblouie qui brûle vive
Au nom de tous à l’avancée »
Dans ce poème, Salah Stétié mêle feu et neige, brûlure et blancheur, dans une alchimie où les contraires coexistent et s’interpénètrent. La neige y devient substance de l’âme, fragile et ardente à la fois, larme et lumière. L’enfant, la femme, le cœur et l’esprit se croisent dans un paysage onirique, presque mystique, où le langage cherche moins à décrire qu’à révéler. Tout y est frémissement, effacement, apparition, comme si la parole elle-même se dissolvait dans un souffle incandescent.
Ce qu’il faut retenir de la poésie de Salah Stétié, c’est sa tension entre clarté et mystère, entre silence et incandescence. Nourrie à la fois de la tradition soufie et de la modernité occidentale, sa langue cherche à dire l’indicible, à nommer ce qui, d’ordinaire, échappe. Chez lui, les mots ne décrivent pas : ils invoquent, effleurent, ouvrent des portes invisibles. Sa poésie est une traversée — spirituelle autant que sensorielle — où le feu et la neige, la lumière et l’ombre, deviennent les signes d’une quête de sens et d’absolu.
Voici quelques articles de ce blog consacrés à Salah Stétié :
François Jacqmin
Voici à présent un poète sans doute moins connu en France, mais qui est l’une des grandes voix de la poésie belge contemporaine, et qui, à ce titre, mérite pleinement d’être inclus dans ce que j’ai appelé, un peu pompeusement, les poètes contemporains devenus « classiques ».
Je n’ai lu de François Jacqmin que Le livre de la neige, qui est un recueil absolument sublime. Tous les poèmes sont brefs et présentent le même nombre de vers libres. Mais s’agit-il encore de vers, les retours à la ligne paraissant surtout dictés par le souci d’éviter un résultat trop « poétique », trop grandiloquent ?
En effet, comme d’autres poètes de sa génération, François Jacqmin est un poète de l’épure. Il est constamment guidé par le souci d’éviter le mot de trop, l’artifice langagier, la métaphore déplacée. Il en résulte un lyrisme minimaliste d’une grande pureté, dont le ton est parfois plus proche de la réflexion philosophique que de l’envolée poétique. En voici un exemple parmi d’autres (Le Livre de la neige, éditions de la Différence) :
« Fort
de ce que la neige proclame que son essence
est un incessant éloignement
de la blancheur,
le verbe
aspire à n’être plus exprimable.
Tout se tient dans l’axe de son être propre
et le dit en s’abstenant de le dire. C’est ainsi
que je perds un bras
chaque fois que j’écris le mot neige. »
Du coup, on pourrait compter le nombre d’occurrences du mot « neige » dans le recueil, afin de savoir combien de bras François Jacqmin a perdus. Plaisanterie mise à part, ce poème est très beau en ce qu’il exprime un empêchement du dire face à la neige, qui se révèle impossible à décrire de façon absolument exacte. La poésie de François Jacqmin se confronte ainsi volontiers à l’indicible.
La poésie de François Jacqmin se caractérise ainsi par une rigueur méditative et une attention quasi scientifique aux phénomènes du monde. Elle explore le paysage, la pluie, les pierres, les mousses, non pour les idéaliser, mais pour en scruter le mystère concret, comme si chaque chose contenait une énigme patiemment dissimulée. Dans une langue sobre et dense, Jacqmin creuse le réel avec une discrétion lucide, tissant une poésie du retrait, de la contemplation, où le moindre détail devient l’occasion d’un vertige calme.
Pour en savoir plus sur François Jacqmin, je vous invite à consulter mon article intitulé : « Connaissez-vous François Jacqmin ? ».
L’extrême-contemporain
Certains distinguent la poésie contemporaine et ce qu’ils nomment « l’extrême-contemporain », autrement dit des publications tellement récentes qu’elles n’ont guère encore eu l’occasion d’être commentées et étudiées. Il s’agit de la poésie vivante d’aujourd’hui, telle qu’elle s’écrit et se publie chaque année.
Jean-Michel Maulpoix (né en 1952)

Il est naturel que je commence par le poète auquel j’ai consacré ma thèse de doctorat. Jean-Michel Maulpoix, né en 1952 à Montbéliard, est actuellement professeur à l’Université de la Sorbonne (Paris III). Ses nombreux recueils de poésie s’accompagnent d’un nombre également important d’essais où il n’a de cesse d’interroger la notion problématique de lyrisme.
Ses poèmes, le plus souvent en prose, sont ceux d’un « voyageur tout bossué de sacs et de valises », qui explore le monde contemporain pour en traduire la splendeur et la misère. Dans son recueil le plus connu, Une histoire de bleu (1992), nous découvrons « le poème de la finitude moderne qui tâtonne à la recherche du sacré dans un monde qui en a perdu l’idée mais en conserve le désir ».
Voici le poème intitulé Amertume de la mer, paru dans la revue Europe, que je me permets de citer en entier (source : maulpoix.net) :
« La mer attend son large, cherche ses eaux, désire le bleu, crache et crie, s’accroche et défaille, quand son écorce et sa coquille se brisent, et la fragile ardoise de ses clochers, et tous les verres qu’elle a vidés puis jetés derrière les taillis.
La mer chuinte au soir et peluche, avant de s’endormir, la tête entre les bras, comme une enfant peureuse, quêtant dans la nuit calme des idées d’aurores et d’émoi, encore un peu de vin, de vent et de clarté, un peu d’oubli.
Son gros cœur de machine s’effondre dans son bleu; sa servitude quémande son salaire de sel: quelques gouttes, un bout de pain, un butin si maigre, pas même de quoi gagner le large après tant de vagues remuées tout ce temps!
Elle brûle de se défaire du ciel qui la manie, la flatte ou la conspue: ô ces ailes qui lui manquent, cet horizon partout à bout portant! Verra-t-elle jamais se lever son jour, dans la pénombre d’un prénom de femme?
Elle n’a ni corps ni chair à elle: elle revient de nulle part et parle de travers, elle rêve à autre chose; elle parle et rêve de choses et d’autres : pourquoi donc ne pas dire que le temps à midi s’arrête au fond d’un lac?
On prétend que le bleu perle sous sa paupière: on la croit folle, elle se désole, rêvant pour rien de de branches et de racines, assise sur une espèce de valise en cuir au bout de la plage où personne ne viendra la chercher.
Quelle nuit, quel jour fait-il dans sa tête engourdie de femme assise? Elle ouvre en grand les bras aux enfants accourus du large. Il lui plaît d’exciter leurs rires et leurs éclaboussures, de baigner les pieds nus, de lécher la peau claire.
Mais vivre n’est pas son affaire: elle ne raconte pas son désir, fiévreux d’images et de rivages; elle n’ira guère plus loin que ce chagrin-ci, d’un impossible bleu-lavande, celui d’anciennes lettres d’amour et de mouchoirs trempés.
La voici d’un gris de sépulcre, avec tout ce vide autour d’elle, cueillant la mort d’un baiser brusque, suçant le noyau et crachant le fruit, titubant comme le souvenir, priant parfois très bas, brisant après le rêve la cruche qu’il a vidée.
Son cœur est un abîme qui recommence jour après nuit la même journée obscure, qui chante de la même voix brouillée le désordre et le bruit, qui va, lavant sa plaie, toujours poussant pour rien son eau pauvre en amour. »
Ce qu’il faut retenir de la poésie de Jean-Michel Maulpoix, c’est l’extrême cohérence d’une œuvre qui, d’un recueil l’autre, continue de dérouler le fil du lyrisme, réécrivant sans cesse les mêmes motifs tout en se réinventant à chaque fois, dans une sorte de basse continue où s’exprime tout à la fois l’inquiétude, la mélancolie, le sentiment de la perte, et, malgré tout l’aspiration, l’instinct de ciel, voire une précaire sérénité.
POUR EN SAVOIR PLUS
• Pour en savoir plus sur Jean-Michel Maulpoix, je vous invite à consulter les nombreux articles de ce blog qui lui sont consacrés (voir le sommaire général).
• Je signale également l’existence du numéro 48 de la revue Nu(e), paru en 2011, du numéro 28/29 de la revue Faire Part, paru la même année, ainsi que le très intéressant dossier paru dans la revue La Sape, numéro 43/44 (1996).
• Enfin, j’indique également ma thèse de doctorat, intitulée La Basse continue dans l’œuvre poétique de Jean-Michel Maulpoix, soutenue en janvier 2015 à l’Université de Nice.
Béatrice Bonhomme (née en 1956)
Béatrice Bonhomme, professeur de Littérature française du XXe siècle à l’Université de Nice, est l’auteur de nombreux recueils de poésie parmi lesquels on peut retenir Jeune homme marié nu, Les Gestes de la Neige ou encore Cimetière étoilé de la mer. A la mort de son père, le peintre Mario Villani, en 2006, elle a publié deux hommages, Mutilation d’arbre (2007) et Passant de la lumière (2008). Elle m’a fait l’honneur de diriger ma thèse de doctorat.
Voici un poème extrait de Poumon d’oiseau éphémère (Melis, 2004) :
« Comment remercier
pour ce si petit fil d’espoir
et de salive
de respiration fine
que semble parfois confier l’air
aux poumons de silence ?
Il dit si je réchappe…
mais la mousse rattrape l’élan bleu
à vouloir vivre sans cesse, sans fin
et à se résigner
dans la pourriture verdie
des poumons d’oiseaux autrefois
jadis et d’espace
dans tes poumons d’oiseau éphémère »
On pourrait caractériser la poésie de Béatrice Bonhomme en affirmant que son écriture mêle une grande délicatesse formelle à une force émotionnelle intense. Ses vers, souvent épurés, cherchent à capter l’instant fugitif où le quotidien bascule vers l’universel, où la simplicité du langage devient le lieu d’une vérité profonde. Entre retenue et éclat, sa poésie explore les zones d’ombre et de lumière de l’existence avec une sensibilité à la fois discrète et pénétrante, invitant le lecteur à une écoute attentive et à une réflexion silencieuse.
POUR EN SAVOIR PLUS SUR BÉATRICE BONHOMME
- La « lanterne magique » de Béatrice Bonhomme
- Entretien avec Béatrice Bonhomme, poète et chercheur en Lettres
- Un poème contemporain : les « Gestes de la neige » de B. Bonhomme
- Le prix Senghor attribué à Béatrice Bonhomme
- « La fin de l’éternité » : le poète au théâtre
- Citation du jour : Béatrice Bonhomme
- La revue Nu(e) fête ses 23 ans à Montpellier
- Rencontre avec la poésie de Béatrice Bonhomme
- « Dialogue avec l’anonyme » de Béatrice Bonhomme
- Béatrice Bonhomme reçoit le prix Vénus Khoury-Ghata
- Parcours dans la poésie de Béatrice Bonhomme
- « Les Boxeurs de l’absurde » : entretien avec Béatrice Bonhomme
Marie-Claire Bancquart (née en 1932)

Marie-Claire Bancquart, née en 1932 dans l’Aveyron, est l’auteur de recueils de poésie, mais aussi de nouvelles. Sa poésie décrit un quotidien constamment perçu comme étrange et mystérieux. Marie-Claire Bancquart sait en effet percevoir l’énigme qui perce dans les situations en apparence les plus ordinaires. Elle fait également beaucoup référence aux grands mythes de l’humanité, tels ceux d’Icare, d’Actéon ou encore d’Ulysse.
Voici un poème extrait de Explorer l’incertain, où elle évoque son enfance à l’hôpital pendant la guerre :
« […] Une autre fenêtre, pendant l’exode de la dernière guerre, dans cette ville alors spécialisée dans la médecine à long terme,
Et devant elle c’était moi, au premier étage, plâtrée que
je te plâtre, encoconnée des pieds à la poitrine dans une prison, sanglée sur un matelas encastré dans le cadre d’un chariot.
Juin 40. Il faisait beau. Je n’avais rien mangé depuis la
veille. Les adultes, depuis encore plus longtemps.
Au premier étage. Seule : je ne risquais pas de m’envoler. […]
Je voyais la rue. Vinrent le cheval aux cils blancs, puis
la charrette.
Elle était pleine à ras bord, dégoulinante, par petites coulures, de sang qui luisait sur le macadam.
Sur elle, plusieurs couches de corps, sanglés encore sur
leurs matelas. On entrevoyait ceux d’en bas à travers les ridelles de la charrette. Ceux du dessus montraient à plein leur obscénité. Il y en avait des abîmés tout du long, morceaux de chair de-ci de là. […]
Les voilà, mes semblablement à moi sanglés, plâtrés. Mes morts.
Ce sont toujours mes morts. Ma famille. Dans ma galerie des glaces, toujours un des miroirs les reflète. »
Il n’est pas facile de qualifier la poésie de Marie-Claire Bancquart en quelques lignes, néanmoins on pourrait dire que son œuvre se caractérise par une puissance évocatrice et une rigueur formelle exceptionnelles (je me souviens qu’elle m’a parlé du e muet dans son œuvre). À travers une langue dense et travaillée, elle explore les profondeurs du corps et de l’âme, mêlant intensité sensorielle et réflexion métaphysique. Sa poésie, souvent traversée par des tensions violentes, révèle un univers où la chair, le temps et la mémoire dialoguent en permanence, offrant au lecteur une expérience à la fois troublante et lumineuse.
Pour en savoir plus sur Marie-Claire Bancquart, je vous signale l’existence de ces autres articles de mon blog :
Jean-Yves Masson (né en 1962)
J’aime beaucoup, également, la poésie de Jean-Yves Masson. Ce professeur de littérature comparée, enseignant à l’Université de la Sorbonne, spécialiste de traductologie, est aussi un éditeur et un traducteur.
Je vous ai déjà parlé, ici même sur ce blog, de ses très beaux recueils que sont les Onzains de la nuit et du désir et les Neuvains du sommeil et de la sagesse, tous deux parus chez Cheyne éditeur, respectivement en 1995 et 2007. Il a récemment publié un conte intitulé La Fée aux larmes, qui, j’en suis sûr, séduira autant les adultes qu’il convaincra les enfants.
Voici le premier de ses Neuvains :
« Sommeil, mon confident que je crains de trahir, silencieusement près du puits de sagesse où chaque être s’accorde à son désir, tu poses
tes mains sur l’innocence du visage, tu désarmes le mensonge et l’orgueil, rallumes dans le cœur le feu qui le maintient en vie. Sommeil ô
montreur d’ombres ! mémoire de la terre, donneur de force qui enseignes aux yeux absents le prix d’une heure de lumière. »
Il y a beaucoup de grâce, de finesse dans la poésie de Jean-Yves Masson, ainsi qu’une érudition que le poète a la délicatesse de ne pas étaler outre mesure. C’est une poésie spirituelle, hantée par le rêve, qui me touche beaucoup.
Et les autres !

J’étais parti pour évoquer dix poètes contemporains. Mais, arrivé au dixième nom, je ne sais plus qui choisir, tant nombreux sont les grands poètes d’aujourd’hui. Alors, j’ai décidé de ne pas choisir, et de terminer en disant quelques mots de plusieurs poètes.
- Comment omettre le nom de James Sacré, que j’ai écouté à plusieurs reprises lors de ses venues à Nice, et dont la poésie très humaine bannit toute grandiloquence au profit d’un langage volontairement un peu bancal, parfois familier, qui permet au poète de s’adresser à son lecteur un peu comme si c’était son ami.
- J’aime aussi particulièrement la poésie de Daniel Biga, parfois considéré comme un beatnik français, un poète de la génération de Mai 68. Mais sa poésie ne se réduit pas à cela. On lira avec plaisir Kilroy was here, L’amour d’Amirat et surtout ses haïkus réunis dans Le Sentier qui serpente.
- Pour ne parler que de recueils que j’ai lus, on peut mentionner encore La mort n’est jamais comme de Claude Ber.
- Finissons avec une dernière salve de noms : Gabrielle Althen, Jacques Ancet, Jean-Marie Barnaud, Christian Bobin, Xavier Bordes, François Cheng, Benoît Conort, Jean-Luc Despax, Antoine Emaz, Jean-Marie Gleize, Emmanuel Hocquard, Jean-Pierre Lemaire, Henri Meschonnic, Gérard Noiret, Serge Pey, Yves Peyré, Lionel Ray, ou encore Marc-Alexandre Oho Bambe.
A lire aussi : Dix autres poètes contemporains
Cet autre article, similaire à celui-ci, vous propose de découvrir dix autres poètes contemporains. N’hésitez pas à aller le découvrir ! Je vous y présenterai Valérie Rouzeau, Patrick Quillier, James Sacré, Daniel Biga, Antoine Émaz, Gabrielle Althen, Marc-Alexandre Oho-Bambe, Jacques Roubaud, Jean-Pierre Lemaire et Frédéric-Jacques Temple.
A lire aussi : La poésie au féminin
Présentation de quelques voix féminines de la poésie contemporaine.
Image d’en-tête : des livres dans la bibliothèque du château de Cerisy (photo personnelle).



Laisser un commentaire