On m’écrit aujourd’hui : « Je souhaite me cultiver en lisant de la philosophie. Que me conseillez-vous ? » Ce n’est pas une question facile, mais je vais quand même tâcher d’y répondre. Bien évidemment, je ne prétends pas avoir de réponse définitive sur la question: aussi, ne vous privez pas d’intervenir dans l’espace des commentaires.
Lire de la philosophie : pourquoi ?
Il me semble qu’avant toute chose, il convient de savoir quelles sont les questions auxquelles vous souhaitez répondre en lisant de la philosophie. Je ne pense pas qu’on lise de la philosophie simplement pour se distraire, comme on lirait un roman. Ce sont des livres qu’on ouvre avant tout pour répondre à une question que l’on se pose. Non qu’on y trouve nécessairement la réponse, mais que la réflexion qu’on y peut lire aide à nourrir sa propre pensée.

Au-delà du simple désir — du reste fort louable — de vous cultiver, essayez de voir quelles sont les motivations profondes qui vous poussent à lire de la philosophie. Y a-t-il des questions qui vous taraudent particulièrement ? Politique ? Éthique ? Esthétique ? Métaphysique ? Les élèves et les étudiants sont en général simplement mus par la nécessité d’un devoir à rendre. Les autres ont la chance de pouvoir choisir parmi un vaste corpus.
La philosophie est, plus qu’un domaine du savoir, une façon de penser. Grecque dans ses origines, elle s’est ensuite développée sur tous les continents. Maints courants de pensée issus d’autres cultures s’assemblent à une forme de philosophie, avec des différences culturelles.
Que lire ?
Personnellement, je ne crois pas trop en l’efficacité d’une technique consistant à partir de l’Antiquité grecque pour arriver aux derniers contemporains. Cette démarche encyclopédique, consistant à débuter à A pour terminer à Z, risque de vous décevoir, car vous ne trouverez pas tout également intéressant. Vous risqueriez d’être déçus par certains ouvrages que vous trouverez peut-être, ou bien trop anciens, ou bien trop ardus, ou encore traitant de questions qui ne vous importent guère.
Il me semble beaucoup plus pertinent, même si cela peut sembler moins rigoureux à première vue, de vous laisser guider par votre bon plaisir, au gré des questions qui vous intéressent vraiment.

Si votre but est avant tout de vous cultiver de façon agréable, vous pourriez être intéressé par ces philosophes qui, de nos jours, sont beaucoup moins étudiés dans les facs de philo que dans les facs de lettres modernes : Montaigne, La Bruyère, Bossuet, La Rochefoucault, Voltaire, Rousseau, sont de grands écrivains, tout autant que des philosophes. Cette dimension « littéraire » peut être intéressante pour une personne qui voudrait aborder la philosophie avant tout pour son propre plaisir. Non pas qu’il s’agisse de philosophie de seconde zone. La pensée de ces auteurs est souvent très profonde. Mais elle n’a pas cet aspect rationnel et conceptuel de la philosophie moderne. On parle parfois de « littérature d’idées » pour désigner ces essais qui restent des œuvres littéraires, à l’opposé de la dimension technique parfois ardue de certains philosophes.
La philosophie sur ce blog
Ce blog, pour l’instant, traite peu de philosophie, mais cela pourrait changer, si cela vous intéresse. Cela serait pour moi l’occasion de me replonger dans mes cours de prépa ! En attendant, voici les articles qui se rapportent, peu ou prou, à la philosophie (le lien est parfois ténu) :
- Le « Dieu d’eau » des Dogons (Religion ; Anthropologie)
- « Cinquante nuances de Grecs » (Mythologie)
- Qu’est-ce qu’être cultivé ? (Culture ; Réflexion personnelle)
- La religion selon Frédéric Lenoir (Religion ; Culture ; Histoire)
- Le paysage en art (Esthétique)
- Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? (Métaphysique ; Réflexion personnelle)
- Saluons aujourd’hui la beauté (Esthétique)
- Qu’est-ce que la structure d’horizon ? (Esthétique ; Métaphysique ; Phénoménologie)
- Qu’est-ce que la Poéthique ? (Esthétique ; Éthique)
- Philosophies de la joie (Éthique)
- L’intelligence des arbres (Écologie)
Suggestions de lecture
Vous trouverez sans peine, sur Internet, des bibliographies générales ou particulières, qui vous indiqueront les grands titres de la philosophie, ceux qu’il faut avoir lus pour réussir des études de philosophie. Il serait inutile que je répète ici ce qu’on peut trouver partout. Je vous propose donc quelques titres que j’ai personnellement lus et appréciés, pour des raisons diverses, servis dans le désordre.
- Arnaud VILLANI, Petites méditations métaphysiques sur la vie et la mort, Hermann, 2008.
Un ouvrage relativement abordable, récent, qui aborde des questions essentielles, de celles qu’on se pose sans doute tous un jour ou l’autre. - Nicolas GRIMALDI, Bref traité du désenchantement, Livre de Poche, 2004.
J’ai lu ce livre il y a longtemps, donc je ne saurais le résumer en détail, mais je me souviens qu’il était effectivement bref, et que j’avais trouvé sa lecture très stimulante. - Jean BAUDRILLARD, L’échange symbolique et la mort, Gallimard, 1976.
J’ai apprécié, dans cet ouvrage, la façon dont les concepts de « code » et de « simulacre » permettent de critiquer de façon pertinente notre civilisation trop monocentrée sur l’accumulation inégale des richesses. - Georges BATAILLE, La part maudite, Éditions de Minuit.
Dans les sociétés traditionnelles, lorsqu’on produisait plus qu’on n’avait besoin, on se débrouillait pour détruire cet excédent lors de rituels symboliques. Notre société moderne, au contraire, conserve les surplus au profit de quelques-uns. Une réflexion stimulante. - Jean-Jacques ROUSSEAU, Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes.
Ce texte a l’avantage d’être bref, clair et accessible. Une réflexion incontournable sur la question de l’inégalité, avec la fameuse opposition entre un « état de nature » plus ou moins fantasmé et la réalité présente marquée par l’inégalité. - Marcel HENAFF, La condition brisée des langues.
Là encore un texte court, qui tente d’expliquer pourquoi il y a plusieurs langues différentes, et pas un seul langage universel. - PLATON, La République.
Oui, c’est assez cliché, mais pour le coup, la lecture n’est pas désagréable, pour peu qu’on ne veuille pas tout lire d’un coup. La forme du dialogue, la présence de mythes allégoriques aèrent le discours. Même si c’est un texte très ancien, il n’est pas particulièrement difficile à lire (certains textes d’Aristote m’ont paru plus ardus). - Nicolas GO, L’Art de la joie.
Une réflexion moins vulgarisée que celle du livre de Frédéric Lenoir sur le même sujet, mais extrêmement intéressante. Je m’étais promis d’en faire un article : cela s’ajoute à ma pile de choses à faire…
Si vous avez des titres à proposer, n’hésitez pas à en faire part…

Image d’en-tête : Pixabay.


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