C’est une large place dallée de pierres, dans la grande ville, sous le ciel noir de la nuit.
De puissants projecteurs éclairent les façades, dont les ornements trahissent l’âge. Au centre, une fontaine agite ses gerbes aux pieds d’une statue. Un arbre vénérable, au port majestueux, étend ses larges branches un peu plus loin. Malgré l’heure avancée, une foule nombreuse se presse aux terrasses. On ouvre les huîtres, on sabre le champagne. Les robes cintrées côtoient les costumes et les cravates. On rit, on boit, on mange, on esquisse quelques pas de danse. On admire la blancheur des sourires, la complexité des chevelures, la fraîcheur des parfums. On entend converser en différentes langues. On se prend en photo, avec de grands sourires, et parfois quelques grimaces. On s’emmitoufle dans son écharpe, avant de regagner la chaleur d’un bar ou d’un restaurant.
Juste à côté, en dehors de la lumière des réverbères, plusieurs sacs de couchage sont alignés. Une dizaine, une quinzaine, davantage peut-être, dans le froid de l’hiver. Plusieurs personnes dorment ici, sous les arcades. D’autres se disputent bruyamment, un peu plus loin. Quelques bouteilles de bière jonchent le sol. Des emballages en carton en guise de matelas. Ils sont silencieux, immobiles, dans l’obscurité. Leur nombre impressionne. On entend parfois l’un d’eux tousser.


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