Poème en hommage à Laura Ann Carlton, tuée pour un drapeau
C'était une banale journée d'août Au bord du lac Arrowhead Dans le village de Cedar Glen
Une journée d'été sans histoire Comme il y en a tant d'autres Dans ces montagnes du Sud de la Californie
Les gens parlaient peut-être De l'air frais dont on jouissait Dans ce village d'altitude À l'ombre des conifères
Devant la petite Boutique Magpi Il n'y avait probablement Pas plus d'affluence que d'habitude
Et pour Laura Ann Carlton C'était une journée comme une autre Heureuse d'ouvrir sa petite boutique de mode En pensant peut-être à ses neuf enfants Ou, qui sait, à une éventuelle retraite Puisqu'elle avait soixante-six ans
Ses proches l'appelaient Lauri Elle vendait des vêtements Dans une petite boutique, Le même métier que ma grand-mère
Et soudain elle vit un homme Lacérer le drapeau arc-en-ciel Qu'elle avait dressé Devant le magasin
Elle s'avança vers lui, mécontente, Peut-être même furieuse, Voulant savoir de quel droit l’inconnu Se permettait de détruire ainsi son drapeau
Et cet homme ne cessa de l'insulter Avant de lui tirer dessus À plusieurs reprises Et disparut, prenant la fuite
Les secours n'ont rien pu faire d'autre Que constater le décès Quant au meurtrier, après une altercation Avec la police, il a été abattu
Ainsi est morte Lauri Carlton, le 18 août 2023 Victime de l'homophobie Simplement pour avoir planté un drapeau À l'occasion du mois des fiertés
Elle n'était pas même lesbienne Elle avait simplement Je le répète Planté un drapeau devant son magasin
Voici donc que l'on tue Pour un arc-en-ciel Planté dans la rue Pour un simple arc-en-ciel
Qui ne prône rien d'autre que la paix L'amour, la différence et la fraternité Qui ne demande rien d'autre que le respect L'amour, la joie et la sérénité
Alors croyez bien que nous les planterons, Ces drapeaux, nous les brandirons, Ces drapeaux, nous les porterons, Sans violence mais avec ténacité,
Avec détermination, courage et fierté, Fiers de ce drapeau qui n'exclut personne Puisqu'il revendique toutes les couleurs Et demeure avant tout celui de la paix,
Nous continuerons de marcher Derrière l'étendard multicolore Nous le porterons encore et encore Nous ne cesserons de répéter
Gabriel GROSSI est docteur ès lettres, spécialiste de poésie contemporaine. Après des études en hypokhâgne et khâgne au Lycée Masséna, il poursuit à l’Université de Nice jusqu’au doctorat. Il enseigne durant quatre années au sein des départements de Lettres et d’Information-Communication de l’Université de Nice. Il soutient en janvier 2015 une thèse portant sur « La Basse continue dans l’œuvre poétique de Jean-Michel Maulpoix ». Auteur de nombreux articles sur la poésie contemporaine, il a aussi publié deux recueils de poésie, « Concordance » et « Du Néon aux étoiles ». Il est par ailleurs professeur des écoles.
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4 réponses à « C’était une banale journée d’août »
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