Pour la deuxième fois de sa carrière poétique, Jean-Michel Maulpoix réédite ses recueils dans la prestigieuse collection de poche des éditions Gallimard. Après Une histoire de bleu et L’instinct de ciel en 2005, c’est donc au tour de Rue des fleurs et de Pas sur la neige d’être réunis sous la célèbre couverture glacée, avec une préface d’Henri Scepi.
Pas sur la neige
C’est une silhouette anonyme. Elle ne fait que passer. Elle s’enfonce dans la neige, dans la blancheur et le silence. Venue d’on ne sait où, pour disparaître presque aussitôt. L’être humain est de passage, comme les personnages des tableaux de Sisley, Pissarro, ou Monet. Comme les notes parcimonieuses, entrecoupées de larges plages de silence, du prélude Des pas sur la neige de Debussy.
Marcher sur la neige, pour appréhender la mort. Simplifié par le blanc, le paysage est propice à la méditation. Un lieu où se perdre, où se dépersonnaliser, où laisser un peu de côté les vicissitudes de notre petit moi. La neige nous épure. C’est là, dans le blanc, que l’on fait face à la finitude.
Contempler un flocon de neige. L’image même de l’éphémère. Une beauté qui court à sa perte. Sans peur, sans bruit, dans ce qu’il faut bien appeler une danse. Le flocon de neige nous apprend à mourir. Passer de la résignation au consentement. Puisqu’il n’y a, de toute manière, pas d’autre issue possible. « Lumineuse, la fin acceptée. »
Écrire la neige, comme à l’encre blanche, avec une infinie douceur, comme un homme qui panse les blessures de son coeur. Écrire la neige, c’est évoquer le plus intime, la mort, le deuil, l’amour, la fin d’une histoire d’amour et le début d’une autre… Dédié à Laure, la femme au piano, Pas sur la neige est l’un des ouvrages les plus intimes de Jean-Michel Maulpoix. C’est aussi l’un des plus universels : très peu d’occurrences de première personne, une grande importance accordée à l’anonyme, à l’effacement. À la suite du poète, nous marchons nous aussi, suivant ses traces, dans la neige.
Rue des fleurs
Rue des fleurs est paru en 2022. Cependant, l’ouvrage est tissé de vers plus anciens, de sorte qu’il n’est guère pertinent de relever que dix-huit années se sont écoulées depuis Pas sur la neige. Une exploration du vers libre, parfois même une réécriture de certains poèmes d’abord parus en prose. Rue des fleurs puise notamment dans La Matinée à l’Anglaise, un recueil paru en 1981.
Comme je l’écrivais dans un article publié dans un livre collectif d’hommages à Jean-Michel Maulpoix dirigé par Pierre Grouix, Rue des fleurs peut se lire comme une façon de faire le point, de chercher des fragments d’espoir et des raisons d’écrire malgré la conscience de la finitude. La « banlieue pauvre » reste, en 2022 comme en 1981, l’horizon fermé d’un grand nombre de nos semblables, mais il demeure, malgré tout, cette Rue des fleurs, où fleurissent les absentes de tout bouquet.
Cette nouvelle parution en Poésie/Gallimard permettra, je l’espère, à un plus vaste public de découvrir la poésie de Jean-Michel Maulpoix, complétant par ce deuxième volume l’image offerte par Une histoire de bleu suivi de l’Instinct de ciel (2005). Après les soirées d’été, le soir, sous les parasols rouges de la terrasse, vous pourrez cheminer sous le ciel jaune et gris d’hiver, à pas lents, avant de déambuler dans cette rue des fleurs pleine de mélancolie. Vous aurez ainsi un bel aperçu d’un « lyrisme critique », tout en pudeur et en retenue, qui prend soin d’éviter le pathos et les épanchements inutiles, mais qui n’en est pas moins sincère, et même d’une authenticité absolue, où la douleur est bercée par une grande douceur.



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