On présente souvent Jaccottet et Bonnefoy côte à côte, comme les deux grandes voix poétiques des années 1950, les deux poètes qui ont eu à cœur d’habiter le monde après les ravages de la guerre mondiale. Pourtant, les deux poètes sont très différents, et je les aime pour des raisons différentes. J’aime la voix fragile, presque hésitante parfois, de Jaccottet, son humilité absolue, face à la mort notamment. Bonnefoy est plus solennel. Il a l’art de transformer le quotidien en un instant de grâce. C’est un de ces instants que je vous propose aujourd’hui.
Feu des matins,
Respiration de deux êtres qui dorment,
Le bras de l'un sur l'épaule de l'autre.
Et moi qui suis venu
Ouvrir la salle, accueillir la lumière,
Je m'arrête, je m'assieds là, je vous regarde,
Innocence des membres détendus,
Temps si riche de soi qu'il a cessé d'être.
Yves Bonnefoy, Ce qui fut sans lumière, Paris, Gallimard, coll. Poésie, [1957], 2007, p. 34.
Ces vers terminent le poème intitulé « Passant auprès du feu ». Je les ai choisis parce qu’y apparaît la grâce d’un instant dérobé. Le poète a surpris un couple en train de dormir. On ne ment pas quand on dort. Nous n’avons plus de contrôle sur notre corps. Aussi le poète a-t-il perçu un moment d’innocence. Ces deux êtres expriment ainsi, par leurs corps endormis, un amour dont l’authenticité est absolue. Leurs respirations synchronisées, leurs membres entrelacés, disent davantage qu’une déclaration d’amour. Cette vision n’a rien de voyeur ni d’érotique. Il ne s’agit évidemment pas, pour le poète, d’espionner des amants. Il reste figé par cette vision presque sacrée, et ne peut faire autrement que de contempler. Ce n’est pas du voyeurisme, cette dimension-là est transcendée par le caractère sublime de cette vision de l’amour. C’est un instant simple en apparence, issu de la banale volonté d’ouvrir les volets d’une chambre, mais d’une intensité rare, aussi éphémère qu’il soit. C’est véritablement un instant de grâce que nous offre Yves Bonnefoy.
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A-t-on le droit de corriger ???
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» Feu des matins – deux êtres qui dorment
Le bras de l’un sur l’épaule de l’autre
Et moi qui suis venu accueillir la lumière
Je m’assieds là – je vous regarde
Innocence des membres détendus
Temps si riche qui n’est déjà plus «
———
L’avis des poètes ?
PS : Cette version « corrigée » recherche à la fois la concision et la rime.
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Bonjour,
Je suis anglophone, en train d’ameliorer mes habilités francophones.
A mon avis, votre version gagne une rime mais elle perd un joli jeu de mot: soi / soie.
Qu’est-ce que pensez-vous ?
Meilleures salutations,
James
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Bonne remarque. Je n’avais pas pensé à soi/soie. Mais était-ce vraiment dans les intentions du poète ?
Quoi qu’il en « soit », j’ai trouvé des lourdeurs dans la formulation de Bonnefoy. C’est pourquoi j’ai eu envie de l’élaguer. On me dira sans doute à juste titre que c’était faire preuve d’outrecuidance. Mais bon…
Michel
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C’est toujours intéressant d’écrire « à partir de ». Votre poème est un autre poème.
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Merci pour votre réponse. Je suis contente que ma suggestion a de sense pour qqn francophone.
La question d’intention – j’imagine qu’un grand poète considérait les possibilités de la sonorité très précisément. Pour moi, la question d’intention est une question historique – et peut-être, l’ecrivain n’a pas la réponse aussi.
Néanmoins, il est également possible que le jeu du mot que je trouve joli est un « accident félicite » comme on dit en anglais. C’est possible, aussi, que mes oreilles anglophones restent toujours impressionnées par la homophony partout en Français!
Bon weekend,
James
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Bonjour,
Auriez-vous l’obligeance de me désabonner, non pour cette adresse mais mon autre adresse (selimrl@yahoo.fr) ?
En vous remerciant par avance.
Cordialement..
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Bonjour Michel,
C’est à vous de faire la manipulation, je ne peux pas supprimer des abonnés 😉
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Vous pouvez accéder à votre compte WordPress et le modifier dans le profil.
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Merci pour cette « variante » plus épurée.
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J’avoue que je suis perplexe 🤔
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En quoi ?
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Je suis partagé entre l’excellent témoignage profond du poète qui est fasciné par cet amour silencieux et ce soupçon d’un instant volé une intrusion dans l’intimité du couple (à moins que le poète ou le couple se connaissent ) !
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