Proses, août 2025
Très vite, tu t’en retournes près de la mer. Tu as besoin de ses largesses, de sa sollicitude, de sa tendresse. Elle donne sans compter, offrant ses bras d’écume, ses perles, ses algues et ses galets. Tu connais par cœur son spectacle bien rodé, sa mélodie de vagues, ses jeux de lumières, son duo avec la grève, son duel avec la falaise. Tu sais qu’elle est là, à deux pas, jouant sans discontinuer son rôle un peu démodé. Il y a toujours, au fond de ton oreille, la basse continue du ressac, cet ostinato permanent par-dessus lequel se joue la mélodie de ton existence. Tu n’imagines pas de partition sans ce bercement fondamental, ce va-et-vient, cette pulsation de vie. Tu sais qu’à tout moment, tu peux reprendre souffle avec elle, caler ton rythme sur le sien, pour enfin te mettre à chanter.
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Tu as placé le piano blanc face à la mer. Tu t’appliques, quelques minutes par jour, à en extraire les notes du premier prélude en do majeur pour clavier bien tempéré. Cette mélodie paisible se suffit à elle-même. Elle n’a pas besoin de l’Ave Maria de Gounod pour t’emporter sur l’horizon. Là où il n’y a plus que la mer et la sérénité. Tu as laissé le reste sur la rive. Te voici délesté de l’inutile, léger enfin, rejoignant les mouettes dans le clair scintillement de l’onde. Puisqu’il n’y a de vrai que cette joie sereine qu’il te faut redécouvrir à chaque fois, prenant le temps de t’asseoir au piano face à la mer, laissant s’y diluer les doutes, les peurs, les projets, et de te remplir de la mélodie simple et savante de Bach.
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Tu as fait plus de dix ans d’études, remis tant de dissertations de lettres et de philosophie, pour te rendre compte que l’essentiel est de ne pas penser. Ou plutôt, puisqu’une telle chose est impossible, de ne pas laisser la pensée t’emporter. De ne pas la laisser te submerger. Te balloter malgré toi dans les méandres de l’angoisse. Tu commences un peu à savoir t’y prendre. Il t’arrive encore de tomber dans le piège. Cela arrive si vite. Mais désormais, quand tu t’en rends compte, tu arrêtes de pédaler dans le vide. Tu déposes le petit vélo des pensées. Tu respires. Tu souris, en te rendant compte qu’une fois de plus, tu es tombé dans le panneau. Ce n’est pas grave. Tu vas reprendre, une fois de plus, depuis le début. Écouter ton souffle. Arrêter de t’accrocher aux pensées, et les laisser passer, sans t’en vouloir de les avoir conçues, mais en les laissant partir, comme une branche transportée par les flots d’une rivière. Il y a de la pensée, et cela est très bien. Mais tu n’es pas cette pensée, tu n’es pas cette boule d’angoisse qui veut te faire croire le contraire. Tu ne t’accroches plus à rien, et il n’y a plus que la paix.
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Il avait écrit le mot « paix » sur un tableau de grosse toile. Il avait peint un oiseau portant un rameau d’olivier sous une nuit étoilée. Il avait accroché le tableau au-dessus du lit de son fils. Pour que cet oiseau apaise son sommeil. Qu’il veille sur son petit corps endormi.
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