L’Histoire au CP/CE1

De nouveaux programmes viennent de paraître en Histoire en CP/CE1. Pour les enseignants, cette réforme soulève de nombreuses questions. Les contenus sont-ils réellement nouveaux ? Faut-il revoir entièrement ses progressions ? Quelles séances peuvent être conservées et lesquelles doivent être créées ? Entre les habitudes héritées de « Questionner le monde » et les nouvelles prescriptions, il n’est pas toujours facile de mesurer ce qui change réellement.

Dans cet article, je vous propose de comparer les anciens et les nouveaux programmes afin d’identifier les continuités, les nouveautés et les ajustements à prévoir. L’objectif n’est pas de repartir de zéro, mais de comprendre ce qui évolue concrètement dans les pratiques de classe et de construire une progression conforme aux nouveaux attendus, sans renoncer aux activités qui ont déjà fait leurs preuves.

La manie des changements de programmes

Depuis que j’enseigne, j’ai connu de nombreux changements de programmes :

AnnéeDescriptif de la modification
2008Nouveaux programmes Darcos
2012Allègement des programmes de 2008
2015Nouveaux programmes de Maternelle
2016Nouveaux programmes d’élémentaire (Najat Vallaud-Belkacem)
2018« Ajustements » aux programmes (en vérité, une refonte sous Blanquer)
2020« Rectification » des programmes (là encore, des changements importants)
2023Nouveaux programmes de sciences et technologie
2024Nouveaux programmes de français et mathématiques
2026Nouveaux programmes d’histoire-géographie, sciences, arts, EPS…

Cette frénésie de modification des programmes d’enseignements de l’école primaire mérite qu’on s’y arrête. Elle résulte d’un agenda davantage politique que pédagogique. Chaque président, chaque ministre semble vouloir inscrire son nom dans le marbre des programmes, imposant à toute une profession de revoir constamment ses cours, au détriment d’autres priorités comme l’aide aux enfants en difficulté, les recherches personnelles qui permettent de peaufiner un cours, ou la mise en place de pédagogies originales.

En basculant telle notion du CE1 au CP, telle autre du CM1 au CE2, le résultat final induit un changement minime pour un élève qui, à terme, suivra les cinq années d’enseignement de l’école élémentaire. En revanche, pour les professeurs, cela pose un certain casse-tête. Imaginons une notion auparavant enseignée au CE1, puis qui passe au CP : pour toute une cohorte d’élèves, cela veut dire qu’ils peuvent passer entre les mailles du filet et ne pas voir cette notion pourtant nécessaire ensuite…

Si les élèves ne se rendent pas tellement compte des implications liées par les changements de programmes, les professeurs, eux, sont profondément affectés, devant revoir leurs progressions, leurs cours, l’enchaînement des notions, tout cela pour un gain pédagogique que l’on peut pressentir comme minime. En outre, ces modifications fréquentes représentent un coût pour la société, puisqu’il faut fréquemment faire de nouveaux manuels qui correspondent aux nouveaux programmes, là où l’on pourrait bien conserver plus longtemps les mêmes méthodes. En effet, ni la langue française, ni les mathématiques, n’évoluent au point qu’il faille révolutionner les méthodes pédagogiques tous les deux-trois ans.

Je vois également un effet pervers à cette réformite aiguë : la lassitude des professeurs qui, l’expérience venant, seront de plus en plus réticents à mettre en place des réformes, y compris dans les cas où celles-ci sont pertinentes. Pourquoi bouleverser ses pratiques pédagogiques si, tous les deux-trois ans, les pratiques pédagogiques qui étaient encouragées sont soudain considérées comme mauvaises, et celles qui étaient considérées comme à éviter deviennent soudain le parangon de l’excellence pédagogique ?

Les changements au CP

L’apparition de l’Histoire dès le CP

Premier changement visible : le nom même de la discipline. Jusqu’à présent, les apprentissages relatifs au temps relevaient du vaste domaine « Questionner le monde », qui regroupait le temps, l’espace, le vivant, la matière et les objets techniques. Cette organisation traduisait une approche résolument transversale des apprentissages, centrée sur l’observation, l’expérimentation et la découverte de l’environnement proche de l’élève.

Cette conception s’inscrit dans une longue tradition de l’école primaire française. Dès la réforme du tiers temps pédagogique de 1969, l’histoire, la géographie et les sciences sont regroupées au sein des « disciplines d’éveil ». L’objectif est alors de privilégier une pédagogie fondée sur l’observation, les enquêtes, les sorties et l’activité des élèves, plutôt que sur un enseignement cloisonné des disciplines. Cette logique d’« éveil » marquera durablement l’école primaire avant d’évoluer vers la « Découverte du monde» (programmes de 2002 et 2008), puis vers « Questionner le monde » avec les programmes de 2015.

Les nouveaux programmes rompent avec cette tradition. Les enseignements sont désormais identifiés d’emblée par leur nom disciplinaire : Histoire, Géographie, Sciences et technologie, etc. Ce choix n’est pas seulement terminologique. Il traduit une volonté institutionnelle de réaffirmer les disciplines scolaires dès le cycle 2 et d’inscrire progressivement les élèves dans les modes de pensée propres à chacune d’elles. Ainsi, le temps n’est plus seulement étudié comme un repère du quotidien : il devient le premier objet d’un enseignement d’histoire, destiné à construire les fondements de la pensée chronologique avant d’aborder, au CE2, les grandes périodes de l’histoire.

Quels sont les contenus nouveaux au CP ?

Après une comparaison attentive des deux textes, on constate que les contenus réellement nouveaux sont finalement peu nombreux. La plupart des apprentissages étaient déjà présents dans les programmes de « Questionner le monde ». Les nouveautés concernent surtout la manière de les organiser et de les expliciter. Voici ce qui apparaît véritablement nouveau au CP.

► Les représentations linéaire et cyclique du temps

C’est probablement la nouveauté la plus importante. L’ancien programme parlait des rythmes cycliques du temps (jours, semaines, mois, saisons), mais ne demandait jamais aux élèves de comparer deux façons de représenter le temps. Le nouveau programme introduit explicitement : « Découvrir différentes représentations du temps : linéaire et cyclique ». Cette distinction invite à montrer que certains phénomènes se répètent (les saisons, les jours de la semaine), tandis que d’autres ne reviennent jamais (la vie d’une personne, l’Histoire).

► Expliquer le jour et la nuit grâce à la rotation de la Terre

L’ancien programme évoquait simplement : « L’alternance jour/nuit ». Le nouveau précise : « Expliquer l’alternance du jour et de la nuit en manipulant un globe terrestre.» Il ne s’agit plus seulement d’observer un phénomène, mais d’en comprendre la cause grâce à une manipulation. Ce n’est pas un grand changement, car, en pratique, beaucoup de collègues passaient par la manipulation du globe.

► La structure du calendrier grégorien

Les anciens programmes demandaient de lire un calendrier. Les nouveaux demandent explicitement de « connaître la structure du calendrier grégorien ». L’élève doit comprendre qu’une année comprend douze mois, qu’un mois comprend plusieurs semaines, qu’une semaine comprend sept jours, qu’une journée comprend vingt-quatre heures. Ces connaissances étaient souvent enseignées, mais elles deviennent désormais des attendus explicites.

► L’arbre généalogique

Les anciens programmes évoquaient « les générations vivantes et la mémoire familiale ». Le nouvel intitulé est beaucoup plus précis : « Se repérer au travers des différentes générations à partir d’exemples d’arbres généalogiques ». L’arbre généalogique devient ainsi un support d’apprentissage identifié. Là encore, il s’agit d’un changement mineur, car cela était souvent fait.

► Les commémorations

Le nouveau programme demande de travailler à partir « des événements de la vie de la classe (anniversaires, fêtes, commémorations, projets de classe) ». Le terme commémoration n’apparaissait pas dans les anciens programmes de cycle 2. Il ouvre la possibilité d’aborder, dès le CP, quelques repères mémoriels (11 novembre, 8 mai, etc.), sans entrer encore dans une étude historique approfondie.

Des contenus renforcés plutôt que véritablement nouveaux

En résumé, rien de bien nouveau sous le soleil. Plusieurs notions existaient déjà, mais deviennent plus explicites ou plus exigeantes. Le changement porte davantage sur leur statut : ces éléments ne sont plus seulement proposés comme exemples d’activités, ils figurent désormais parmi les attendus d’apprentissage.

En bref, si l’on s’en tient aux contenus, cinq véritables nouveautés se dégagent :

  1. la distinction entre temps linéaire et temps cyclique ;
  2. l’explication scientifique du jour et de la nuit par la rotation de la Terre à l’aide d’un globe ;
  3. l’étude explicite de la structure du calendrier grégorien ;
  4. l’utilisation de l’arbre généalogique comme outil de repérage des générations ;
  5. l’introduction des commémorations parmi les événements de référence de la classe.

Le reste relève principalement d’une réorganisation, d’une progression plus précise et d’une explicitation des attendus, plutôt que d’une introduction de contenus entièrement nouveaux.

Proposition de progression en Histoire pour le CP

Les changements au CE1

Comparaison des programmes 2016 et 2025

Dans les anciens comme dans les nouveaux programmes, c’est au CE1 qu’apparaît l’Histoire proprement dite, c’est-à-dire l’évocation d’époques qui ne sont pas les nôtres, même si cela n’a pas encore le caractère systématique que cela a à partir du CE2. Du CE2 au CM2, en effet, l’on parcourt les différentes périodes historiques de la Préhistoire à nos jours. En termes de contenu proprement dit, il n’y a rien que l’on faisait avant qu’on ne puisse faire désormais, et il n’y a pas d’ajout extraordinaire, si ce n’est celui sur les « métiers de l’histoire ». C’est plutôt la finalité qui change, puisque les notions travaillées visent explicitement l’apprentissage futur de l’Histoire, et non plus le simple repérage dans le temps.

Les nouveaux programmes divisent l’enseignement d’histoire en trois thèmes : « Du passé proche au passé lointain », « Les grandes périodes de l’histoire », et « Les traces du passé ». L’on aurait tort, selon moi, de consacrer le même temps à chacun de ces trois thèmes. Il me semble que « Du passé proche au passé lointain » peut être vu rapidement, de façon transversale, et que le thème 3 gagne à être travaillé en préambule, et retravaillé plus concrètement au cours de l’étude du thème 2 qui couvrira l’essentiel de l’année, avec des projets en lien avec la littérature.

Cette petite infographie pointe les changements de formulation entre les anciens et les nouveaux programme d’Histoire au CE1 :

Une progression en Histoire pour l’année CE1

Et, par conséquent, voici la progression que j’envisagerais avec des élèves de CE1 en Histoire. Au CE1, l’enseignement de l’histoire a pour ambition de faire entrer progressivement les élèves dans le temps long. Après une première période consacrée à la distinction entre passé proche et passé lointain, à la découverte des traces du passé et des métiers de l’histoire (archéologue, historien, archiviste), l’année est organisée autour d’une traversée chronologique des grandes périodes de l’histoire. Les élèves découvrent successivement la Préhistoire, l’Antiquité, le Moyen Âge, les Temps modernes, puis la période contemporaine, en apprenant à situer chaque époque sur une frise chronologique, à identifier quelques personnages ou événements emblématiques et à comprendre les principales évolutions des modes de vie, des techniques et des sociétés. Chaque période est enrichie par l’étude d’œuvres littéraires, artistiques et musicales en lien avec l’époque étudiée, tandis que les notions de chronologie, de repérage dans le temps et d’utilisation des traces du passé sont constamment réinvesties afin de construire une première culture historique cohérente.

Enseigner les nouveaux programmes d’Histoire en CP/CE1

L’an prochain, j’aurai en charge une classe de CP/CE1. L’enseignement en double niveau constitue un exercice exigeant : il s’agit de répondre aux attendus spécifiques de chaque niveau tout en préservant une dynamique collective et en limitant la multiplication des séances distinctes. Les temps d’apprentissage communs jouent ainsi un rôle essentiel. Ils permettent de fédérer le groupe classe, de favoriser l’entraide entre élèves et de construire une culture commune, tout en différenciant les objectifs et les exigences selon le niveau de chacun. La progression proposée ci-dessous s’inscrit dans cette démarche. Elle articule des rituels quotidiens, des apprentissages communs et des attendus différenciés afin de permettre aux élèves de CP de découvrir les premiers repères historiques, tandis que les CE1 les consolident et les enrichissent à travers une première traversée chronologique de l’histoire de l’humanité.

Voici une proposition de progression succincte :

Cette progression respecte pleinement les attendus des nouveaux programmes en proposant des apprentissages communs dont les objectifs sont différenciés selon le niveau des élèves. Les activités de construction des repères temporels permettent aux élèves de CE1 qui en ont besoin de consolider les acquis attendus en début de cycle 2, tandis que les élèves de CP les plus avancés peuvent, sans exigence supplémentaire d’évaluation, être progressivement exposés à des notions relevant du programme de CE1. Cette organisation favorise ainsi la continuité des apprentissages, avec souplesse et rigueur.

Quelques outils pour enseigner l’Histoire en CP/CE1

Pour la mise en place des rituels

Au CP, et encore en CE1, l’acquisition des repères temporels se structure par une utilisation quotidienne du calendrier, l’écriture de la date, le repérage d’événements particuliers qui rythment l’année. Les élèves font la différence entre les événements cycliques, qui reviennent à intervalles réguliers, et le cours linéaire et irrévocable du temps. Ils acquièrent progressivement le vocabulaire permettant de se situer dans le temps (heures, minutes, jours, semaines, mois, années, siècles, millénaires) et permettant de situer un événement par rapport à un autre (avant, après, pendant…). La littérature est aussi un moyen de structurer l’ordre chronologique d’événements (remise en ordre d’images d’une histoire, etc.). Les événements particuliers (jours fériés, commémorations, élections) font l’objet d’une leçon décrochée à ce moment-là.

Les affichages permanents

Work in progress

Période 1 – Construire les repères temporels

Période 2 – La Préhistoire

Les traces du passé qui nous entourent : sortie scolaire dans la ville (lien avec la géographie)

Les traces du passé : les métiers d’historien et d’archéologue

La Préhistoire

La Préhistoire (illustration)

Période 3 – L’Antiquité

► Observation d’un tableau : Vercingétorix et Jules César de Lionel Royer

► Prolongement : séquence sur Ulysse en littérature

Le mythe d’Ulysse a traversé les âges : ici Ulysse tenant tête aux Sirènes

Période 4 – Le Moyen-Âge

Période 5 – L’époque moderne et contemporaine



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