WordPress me propose désormais de petits podcasts, c’est-à-dire comme une émission de radio, résumant mes derniers articles, automatiquement générés. Concrètement, cela ressemble à une conversation entre « Pip » et « Mara », qui devisent joyeusement à propos de mes derniers articles. Je ne compte pas du tout exploiter cela, car j’ai d’autres ambitions pour mon blog que de lui faire réciter de l’IA. Mais je voulais vous montrer, une fois, une seule fois, ce que ça donne. Et je suis bluffé sur une chose : le rendu est extrêmement naturel, pas du tout robotique. Jugez-en par vous-même.
Et voici la transcription du texte :
Pip: LittPo.fr, où la poésie contemporaine se prend au sérieux sans perdre le goût de chanter — ce qui est déjà, en soi, un programme.
Mara: Gabriel Grossi signe l’ensemble des textes de cet épisode, et ils couvrent un territoire large : le lyrisme qui doute de lui-même, la spiritualité qui cherche ses mots dans un monde sécularisé, et la poésie en mouvement — voyages, traductions, rencontres entre langues. Commençons par ce lyrisme qui s’interroge.
Le chant qui se remet en question
Pip: La question de fond, ici, c’est : peut-on encore chanter sans être naïf ? C’est le territoire que trace l’article sur le lyrisme critique — cette façon de maintenir la voix lyrique tout en la soumettant à l’examen.
Mara: Jean-Michel Maulpoix a théorisé la notion, et l’article le cite pour la définir : le lyrisme critique, c’est « le geste réflexif inhérent à l’écriture même, telle qu’elle invente, analyse et réfracte. »
Pip: Ce que ça signifie en pratique, c’est que le poème surveille ses propres élans. Le désir de chanter est là, mais il sait qu’il ne peut pas se faire confiance entièrement.
Mara: Et l’article montre comment cela fonctionne concrètement dans Une histoire de bleu : le recueil « maintient les grands objets du lyrisme — amour, désir, beauté, mer, ciel, infini, mort, sacré — mais il ne les assume jamais dans l’innocence d’un chant immédiat. » Le désir d’absolu s’accompagne toujours de la conscience de son impossibilité.
Pip: Huit poètes sont ensuite convoqués pour illustrer les différentes façons d’habiter cette tension. Jean-Yves Masson, dont les Neuvains du sommeil et de la sagesse cherchent une sagesse par une « langue incertaine à inventer. » Gabrielle Althen, dont La Belle Mendiante retourne le manque en force. Marie-Claire Bancquart, qui part de la mort et de la solitude pour produire, dit l’article, « tout le contraire. »
Mara: L’article sur les poètes-universitaires éclaire pourquoi cette réflexivité est si présente : beaucoup de ces voix — Maulpoix, Béatrice Bonhomme, Michèle Finck — sont aussi des chercheurs. La connaissance approfondie des formes travaille l’écriture de l’intérieur.
Pip: Bonhomme a d’ailleurs droit à un texte entier qui lui est consacré. L’article retrace son parcours de directrice de thèse, de fondatrice de la revue Nu(e) et de l’axe Poiéma — mais insiste surtout sur une œuvre poétique qui va « de la brisure vers la lumière », sans jamais céder à la complaisance morbide.
Mara: Ce qui relie tous ces poètes, selon la conclusion de l’article sur le lyrisme critique, c’est un refus symétrique : ni l’emphase lyrique d’autrefois, ni le nihilisme qui réduirait la poésie au constat de sa propre impossibilité. Chanter encore, mais sans innocence.
Pip: La spiritualité contemporaine pose exactement le même défi — croire encore, mais sans certitude. On y vient.
Spiritualité, engagement, et le verbe debout
Pip: Ce segment repose sur une même question déclinée différemment : comment la poésie habite-t-elle le sacré quand les certitudes se sont effondrées ?
Mara: L’article sur poésie contemporaine et spiritualité pose le cadre. Il distingue soigneusement religion et spiritualité, et avance que la poésie « invite à une certaine qualité de présence au monde » — non comme substitut à la philosophie ou à la théologie, mais comme voie singulière. Bonnefoy, Jaccottet, Ponge, Maulpoix, Bonhomme, Finck, Clancier, Bancquart y sont convoqués, chacun avec sa façon d’approcher l’invisible.
Pip: Clancier revient ici par un autre angle : le colloque Poésie et tolérance, dont les actes viennent de paraître. L’article en rend compte et situe Clancier comme « poète de la relation, de la transmission et de l’espérance » — une quête spirituelle adogmatique qui utilise aussi bien les mythes grecs qu’égyptiens ou chrétiens.
Mara: Et puis il y a Césaire, dont l’article sur la langue constitue le point d’ancrage le plus fort de ce segment. Le contexte est essentiel : Césaire écrit dans la langue même de la colonisation, et il refuse de la laisser intacte. L’article cite le Cahier d’un retour au pays natal : « Et elle est debout la négraille / la négraille assise / inattendument debout / debout dans la cale / debout dans les cabines / debout sur le pont / debout dans le vent / debout sous le soleil / debout dans le sang / debout / et / libre. »
Pip: La répétition du mot accomplit le geste qu’elle décrit. C’est la langue elle-même qui se redresse.
Mara: L’article insiste là-dessus : un terme péjoratif retourné contre ceux qui méprisent, devenu sujet grammatical d’un redressement. Et l’adverbe « inattendûment » dit que ce redressement déjoue le scénario de l’ordre colonial — il n’était pas prévu.
Pip: Ce qui relie Césaire aux poètes du segment précédent, c’est cette même conviction : la parole poétique peut encore faire quelque chose dans le monde. La spiritualité sans dogme et l’engagement sans parti se rejoignent dans ce refus du silence.
Mara: La rencontre entre poètes de cultures différentes prolonge exactement cela.
La poésie en mouvement : voyages, langues, rencontres
Pip: Ce segment change de registre : ici, la poésie circule physiquement — à pied, entre Nice et la Serbie, depuis Taïwan.
Mara: Le recueil de Timotéo Sergoï, Marcher loin des écrans fait de nous des oiseaux, en est le centre. Il raconte un trajet de près de 800 kilomètres à pied, de Namur à Brive-la-Gaillarde, pendant lequel le poète écrivait chaque jour un poème sur un mur, un panneau, une souche d’arbre. Il décrit ce projet ainsi : « J’ai gravé un poème de 801 km de long pour un marchand de yaourt qui a voulu changer le monde. »
Pip: Un poème de 801 kilomètres — c’est sans doute le format le moins adapté à la lecture en métro.
Mara: L’entretien avec Boris Lazić ouvre une autre dimension : traducteur serbe-français, il vient de publier une anthologie bilingue entre Nice et Novi Sad, et son propre recueil mêle motifs parisiens et slaves, amour de jeunesse et questions d’identité. La traduction y est décrite comme un lieu où rigueur philologique et invention poétique sont inséparables.
Pip: Et les Journées Poët Poët ont accueilli Lin Wan-Yu, poétesse taïwanaise dont les textes figurent dans des manuels scolaires et des séries Netflix — et qui est venue lire face à la mer, à Nice, devant des élèves de CP. La poésie comme espace de fraternité, par-delà les barrières de langue.
Pip: Chanter sans innocence, croire sans certitude, marcher 800 kilomètres pour écrire sur les murs — il y a une cohérence là-dedans.
Mara: Ce que ces textes partagent, c’est la conviction que la poésie fait quelque chose au réel — qu’elle le rend plus habitable, ou plus visible. À la prochaine.


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