C’est devant une salle comble qu’Olivier Debos a pris la parole, ce samedi 12 septembre, entouré de nombreux amis et collaborateurs, pour inaugurer le Centre d’Attention Poétique, au deuxième étage d’un immeuble de bureaux, rue Pastorelli à Nice.
Olivier raconte la genèse de ce projet de longue haleine. L’acquisition d’un premier local, exigu, pour commencer à accueillir des poètes et des associations. La façon dont il a réussi à convaincre les propriétaires du local attenant, utilisé comme simple débarras par un important centre d’imagerie médicale, de le lui vendre. Les travaux pour fusionner les deux espaces qui permettent, aujourd’hui, d’inaugurer un local suffisamment spacieux, agréable, lumineux, et modulable.

Je pensais que le discours d’Olivier consisterait à inviter les poètes à investir ce nouvel espace offert à la création. Ce qui aurait déjà été formidable. Mais il a fait bien plus que cela. Car c’est un programme extraordinairement dense qu’il déroule devant nous, accompagné par une équipe dont je ne m’attendais pas qu’elle fût aussi nombreuse. J’ai vite compris que je n’assistais pas seulement à l’inauguration d’un local, mais à celle d’un véritable Centre Culturel. Je n’ai pas compté le nombre d’intervenants et d’associations qui se sont succédé au micro, mais c’est une équipe incroyable qui entoure Olivier Debos. Je le connaissais poète, saltimbanque, clown, et je l’ai découvert aujourd’hui chef d’entreprise, coordonnateur d’un projet collectif ambitieux, cohérent et porteur.
S’il fallait en résumer la philosophie en une phrase, je dirais qu’il s’agit d’un un projet artistique né de l’idée que la poésie n’est pas seulement quelque chose que l’on écrit ou que l’on lit : c’est un état de présence que l’on peut cultiver par l’attention, le corps, le souffle, le mouvement, la voix, l’écriture, le clown et la rencontre avec les autres. Cette affirmation est certes discutable, et je lui reprocherais une extension qui risque de manquer ce qui fait le propre de la poésie en la rendant synonyme d’art. Mais cet ancrage corporel, cette importance accordée au fait d’être présent à soi et donc aux autres, sont pour moi essentiels. La poésie est trop souvent, dans l’esprit du grand public, une simple ornementation superflue du langage. En insistant sur le corps, sur la présence, sur la relation à l’autre, Olivier Debos nous rappelle qu’elle est bien plus que cela : quelque chose d’essentiel. Quelque chose de spirituel.
Ce n’est pas étonnant si Olivier Debos a commencé par présenter des professeurs de Hatha Yoga, de Taï Chi, de Qi Gong, qui interviendront au Centre d’Attention Poétique. On pourrait croire, de l’extérieur, que cela n’a rien à voir avec la poésie, alors que c’est tout le contraire. Ces pratiques corporelles orientales ont en commun de nous réconcilier avec notre corps, et à travers le corps de nous réconcilier avec le sacré. Nous autres Occidentaux, avons trop souvent pris l’habitude de mépriser le corps, de le considérer comme obscène et encombrant, et il me semble que bien souvent aussi, nous ne sommes guère plus à l’aise avec le spirituel, le sacré, considérés comme des notions trop complexes, confondus avec la croyance ou avec la religion. Le Hatha Yoga, le Qi Gong, le Taï Chi ne nous demandent pas de croire aveuglément en quoi que ce soit. Le sacré, on l’expérimente directement à travers le corps, la conscience de l’instant présent, la présence à soi, l’attention. C’est là toute l’importance du nom qu’Olivier Debos a choisi pour ce lieu : Centre d’Attention Poétique. L’attention, cultiver l’attention : c’est là que le corps rejoint la poésie.
Bien entendu, le Centre d’Attention Poétique n’est pas destiné à n’être qu’un club de yoga. La poésie est bien au centre de l’attention, comme le montrent les nombreux autres intervenants qui se succèdent au micro. Plusieurs de ces intervenants proposeront des ateliers d’écriture, qui n’auront rien de scolaire mais qui au contraire partiront du corps, des associations d’idées, des métaphores…
Et puis il y aura des résidences d’écrivains. Une résidence d’écrivain offre à un auteur un lieu et un temps à part pour écrire, faire mûrir une œuvre et, souvent, partager son travail avec celles et ceux qui l’entourent. L’écrivain accueilli est ainsi, pour un temps, libéré des contraintes de la vie matérielle et peut se consacrer entièrement à la pratique de son art. Le premier poète accueilli est Tristan Blumel, poète-performeur, membre du PoëtBuro et ardent défenseur d’une poésie vivante, réconciliée avec le public. Sa résidence d’écrivain lui permettra de développer ses « Poèmes pour un Remouveau » (sic.) tout en partageant avec le public une enquête sur ce qu’est la poésie, à travers la « Fabricoétique ».




Enfin, les Journées Poët Poët auront l’occasion d’investir cet espace unique en son genre, en mars prochain. Sabine Venaruzzo annonce notamment la venue de la poétesse Milène Tournier, pour des rencontres qui s’annoncent incroyables…
C’est donc un projet déjà très abouti, très dense et très fourni qui voit le jour avec ce Centre d’Attention Poétique qui, dès son inauguration, semble voué à devenir un espace incontournable dans la vie culturelle niçoise. Ce programme si riche et varié s’est construit, il faut le souligner, en dehors de tout soutien institutionnel. On comprend ainsi l’ampleur du travail souterrain qui a permis à un lieu comme celui-ci de voir le jour.
Ce sont des initiatives de ce genre qui redonnent foi en l’humanité. Jean-Pierre Siméon dit volontiers que la poésie sauvera le monde. Cette affirmation peut sembler naïve. Les malheurs de ce monde sont si vastes que l’on voit mal quel pouvoir aurait la poésie. Et pourtant ce sont des initiatives comme celles d’Olivier Debos qui changent tout. Face à un monde de plus en plus violent, nous avons un besoin urgent de la qualité d’écoute et d’attention que permet la poésie. Nous avons besoin d’une voix qui soit réconciliée avec notre souffle, avec notre corps. Nous avons besoin de personnes capables de défendre la poésie. Olivier Debos fait partie de ces personnes qui transpirent d’humilité, qui ne prennent pas toute la lumière mais au contraire ont à cœur de mettre les autres en avant, et qui au moment même où ils pourraient légitimement fanfaronner montrent une absence totale d’égo. Olivier Debos peut, d’ores et déjà, être fier de ce grand projet humain, d’y avoir fédéré autant de personnes issues d’horizons différents, et d’avoir créé un espace unique en son genre, non pour briller lui-même, mais pour faire rayonner la poésie. Je vous le dis, Olivier Debos est un grand monsieur.



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