Je voudrais revenir aujourd’hui sur trois romans que j’ai lus dans le cadre de ma préparation à l’Agrégation de Lettres Modernes, et qui sont passionnants parce qu’ils posent la question de la destinée féminine dans le contexte du naturalisme européen. Tess d’Urberville de Thomas Hardy, Effi Briest de Théodor Fondane et Nana d’Emile Zola sont tous trois centrés sur une figure féminine dont la destinée se révèle, in fine, tragique. Ecrits dans une même période, cette fin du XIXe siècle marquée par le scientisme et le naturalisme, ils ont cependant des ressorts très différents. Je vous propose donc aujourd’hui, à travers cette synthèse de mes notes de cours, un bref parcours dans ces trois romans. J’en profite ici pour remercier monsieur Marti, qui avait assuré ce cours de littérature comparée.
Sommaire
À quelques années d’intervalle, paraissent trois grands romans européens dont le titre (et le personnage principal) est une femme : Nana d’Émile Zola en 1880, Tess d’Urberville de Thomas Hardy en 1891 et Effi Briest de Theodor Fontane en 1895. Trois pays — la France, l’Angleterre, l’Allemagne —, trois sociétés, trois romanciers, trois héroïnes qui semblent d’abord n’avoir guère en commun. Nana est une fille du peuple devenue courtisane ; Tess, une jeune paysanne du Wessex ; Effi, la fille d’un propriétaire terrien de l’aristocratie prussienne. Pourtant, les trois romans peuvent être réunis sous une même question : celle des « destinées féminines dans le contexte du naturalisme européen », pour reprendre l’intitulé du cours d’Agrégation. L’expression est prudente : Hardy et Fontane ne sont pas naturalistes au même sens que Zola, et il serait artificiel de les faire entrer de force dans une école littéraire française. Mais tous trois écrivent dans une Europe transformée par l’industrialisation, les transports, la démocratisation de la lecture et les mutations sociales ; tous trois interrogent, à leur manière, les rapports entre l’individu et les forces qui le dépassent.
Le mot même de destinée devient alors problématique. Faut-il invoquer le destin, la fatalité, la providence, le hasard ? Ou faut-il traduire ces vieux mots métaphysiques dans le langage moderne du déterminisme, de l’hérédité et des contraintes sociales ? Le fatum antique était littéralement ce qui avait été « dit », donc fixé à l’avance ; le roman du XIXe siècle semble remplacer les dieux par une multitude de puissances moins visibles : le corps, la famille, la classe sociale, la religion, l’argent, le mariage, l’honneur, l’État, l’Histoire.
Une difficulté supplémentaire apparaît : pourquoi ces destinées sont-elles précisément féminines ? Nana, Tess et Effi sont-elles seulement trois individus malheureux, ou leur sexe détermine-t-il en profondeur ce qu’il leur est permis de devenir ? Plus largement encore, ces romans racontent-ils l’histoire de trois femmes singulières ou construisent-ils, à travers elles, une certaine image de « la Femme » ? Comment Zola, Hardy et Fontane font-ils ainsi de la destinée féminine le lieu où se rencontrent fatalité romanesque, déterminismes sociaux et représentation de la femme au XIXe siècle ?
Trois Héroïnes face au destin
Tess face aux coïncidences
C’est sans doute dans Tess d’Urberville que le vocabulaire traditionnel de la fatalité demeure le plus sensible. Hardy construit son roman comme une succession de circonstances, de coïncidences, de signes et de bifurcations minuscules qui, rétrospectivement, paraissent avoir toutes conduit au désastre. Un mauvais choix, une rencontre, un retard, une lettre qui n’arrive pas à destination : à chaque fois, une autre vie semblait possible.
Le procédé est paradoxal. Le hasard devrait ouvrir le champ des possibles ; chez Hardy, il le referme. Les coïncidences deviennent catastrophiques et le narrateur dispose sur le parcours de Tess des présages que le lecteur ne comprend pleinement qu’après coup. Hardy peut ainsi évoquer ironiquement une « machinerie » des dieux réduisant les possibilités humaines.
Mais cette fatalité n’est pas simplement métaphysique. Tess est prise dans une Angleterre rurale qui appartient déjà presque au passé. Le Wessex est un espace profondément historique : les couches du temps s’y superposent, de Stonehenge à la conquête normande, tandis que la modernité — le train, les machines agricoles, l’exode rural — commence à bouleverser ce monde. Le destin de Tess possède ainsi quelque chose d’anachronique : elle est victime d’un ordre social et moral qui survit alors même que le monde autour d’elle commence à changer. Quelques décennies plus tard, dans un autre état de la société rurale, son histoire aurait peut-être été impossible.
À cette fatalité sociale s’ajoute le poids du christianisme. Tess intériorise le jugement dont elle est victime. Elle se croit pécheresse, là où Hardy invite précisément son lecteur à voir l’écart entre la loi sociale et la nature. La Bible, les prédicateurs, les formules religieuses deviennent presque un fatum verbal : les personnages pensent leur existence avec des mots qui les précèdent et les condamnent. Tess est donc moins écrasée par les dieux que par une société qui a pris leur place.
Effi : le destin sans dieu
Avec Effi Briest, la fatalité devient plus discrète encore. Fontane ne construit pas, comme Zola, une démonstration ; il ne souligne pas, comme Hardy, les moments où le destin vient de basculer. Tout semble au contraire léger, quotidien, presque anodin.
Et pourtant, dès le commencement, quelque chose s’est refermé sur Effi. Elle joue encore avec ses amies lorsque sa mère l’appelle pour lui présenter l’homme qu’elle épousera. Le passage de l’enfance au mariage s’effectue presque sans transition. Le détail prend rétrospectivement une force symbolique : tant qu’Effi joue, elle dirige encore son existence ; lorsqu’elle répond à l’appel maternel, elle quitte cet espace où elle était maîtresse du jeu. Elle n’atteindra symboliquement de nouveau le Freiplatz, le lieu où l’on est hors d’atteinte, qu’à la fin de sa vie.
Le mariage lui-même n’est pas juridiquement forcé. Effi pourrait dire non. Mais tout est organisé de telle manière que ce « non » devient presque impensable. La liberté formelle existe ; la liberté réelle beaucoup moins.
C’est peut-être là que Fontane est le plus subtil. La société ne se présente jamais comme un tyran visible. Elle agit souterrainement, à la manière du Schloon, ce cours d’eau caché qui menace sous le paysage. Elle est faite d’habitudes, de convenances, de réputation, de carrière, de devoir, de « qu’en-dira-t-on ». Même Innstetten, qui condamnera Effi, est prisonnier du code de l’honneur et d’une conception prussienne du devoir. La victime n’est donc pas seulement Effi : l’homme qui exerce la contrainte est lui-même contraint.
Le véritable adversaire n’a plus de visage : c’est la société intériorisée.
Nana : du destin individuel au déterminisme
Chez Zola, enfin, le vocabulaire change radicalement. Ce que les anciens appelaient destin devient déterminisme. Nana appartient à une famille, les Rougon-Macquart, dont Zola veut écrire l’« histoire naturelle et sociale ». Elle est fille de Gervaise et de Coupeau ; ses frères eux-mêmes portent sous des formes différentes les marques de cette généalogie. Son histoire individuelle s’inscrit donc dans un immense dispositif familial, social et historique. Nana n’est que le neuvième roman d’un ensemble de vingt volumes : l’individu ne peut être entièrement compris hors du système dont il procède.
Les dossiers préparatoires montrent combien Zola insiste sur l’hérédité et sur le milieu. Nana peut changer de décor, fréquenter l’aristocratie, accumuler le luxe : elle demeure celle qui vient de L’Assommoir. Le romancier organise méthodiquement autour d’elle toute une typologie de la prostitution et cherche l’exhaustivité dans la représentation du théâtre, du demi-monde et de ses différents milieux.
Mais un événement historique impose également sa loi : 1870. Nana naît avec le Second Empire et disparaît avec lui. Zola lui-même reconnaît avoir dû comprimer la destinée de ses personnages parce que l’Empire s’était effondré plus tôt qu’il ne l’avait prévu. Le roman commence en 1867 et s’achève en 1870 : l’Histoire devient elle aussi une puissance déterminante.
Ainsi se dessinent trois formes différentes de nécessité : chez Hardy, la coïncidence prend l’allure d’une fatalité ; chez Fontane, les conventions sociales emprisonnent silencieusement les individus ; chez Zola, l’hérédité, le milieu et l’Histoire composent un système déterministe.
Mais une autre évidence s’impose : ces mécanismes ne frappent pas de la même manière les hommes et les femmes.
Être une femme au XIXe siècle : une destinée sous condition
Le mariage, horizon et piège de la destinée féminine
Le XIXe siècle romanesque fait volontiers du mariage l’horizon de la vie féminine. Pour le héros masculin, réussir signifie souvent conquérir une position, de l’argent, une carrière, le monde ; pour la femme, le récit semble au contraire orienté vers le choix d’un homme. On peut rappeler à ce propos la formule terrible de Mme de Staël : la société n’aurait laissé à la destinée féminine qu’un seul véritable espoir, le mariage. Une fois le lot tiré, tout serait joué.
Or les trois romans font précisément éclater cette promesse.
Effi se marie et le mariage devient le mécanisme de son enfermement. Tess épouse l’homme qu’elle aime et c’est précisément ce mariage qui provoque sa catastrophe lorsque Angel refuse de lui pardonner le passé qu’elle lui avoue. Nana, elle, demeure extérieure au mariage bourgeois : elle en exploite les désirs, les frustrations et les hypocrisies.
Effi Briest, roman du mariage, est en même temps roman social et politique, puisque l’institution conjugale reproduit à petite échelle l’organisation de la société. Le couple est une petite polis. L’adultère n’est donc jamais seulement une affaire privée : il menace un ordre.
La faute féminine est irréversible
L’inégalité apparaît plus brutalement encore dans la sexualité.
L’homme peut avoir un passé ; la femme doit arriver intacte au mariage. Angel lui-même peut confesser une faute sexuelle, mais il ne supporte pas d’apprendre que Tess n’est pas vierge. L’expérience masculine peut être une étape ; l’expérience féminine devient une identité.
C’est ici que l’idée de « destinée » prend une signification profondément sexuée. Une seule expérience peut fixer définitivement le sort d’une femme. Pour l’homme, au contraire, une faute n’est pas nécessairement « une fois pour toutes ». Alec peut changer de vie et devenir prédicateur ; Angel peut revenir sur son jugement ; Innstetten conserve sa position sociale après le divorce.
Effi et Tess finissent d’ailleurs par intérioriser elles-mêmes cette dissymétrie. Elles ne pensent pas d’abord en termes de droits : elles pensent en termes de faute. Elles se demandent si elles sont coupables plutôt que si elles ont été lésées. Le terrain juridique demeure masculin ; elles se placent spontanément sur le terrain moral ou religieux.
Le mécanisme de domination est alors d’autant plus puissant qu’il n’a plus besoin d’être constamment imposé de l’extérieur.
De la maison au monde : des femmes toujours « relatives à »
Cette dépendance se lit aussi dans l’espace.
Effi est transportée de la maison paternelle à celle de son mari. Ses déplacements dépendent largement de la carrière d’Innstetten. Tess semble beaucoup plus libre : elle marche, change de ferme, traverse le Wessex. Mais cette mobilité est trompeuse. Elle erre davantage qu’elle n’agit ; ses déplacements demeurent liés à Alec ou à Angel. Elle est dehors sans pour autant conquérir le monde. Le Wessex lui-même devient une immense prison géographique.
Nana paraît beaucoup plus autonome. Elle dispose des hommes, circule entre les milieux sociaux, transforme son corps en puissance économique. Pourtant, cette indépendance elle-même demeure déterminée par le désir masculin. Nana semble souveraine parce que les hommes la désirent : elle règne par ce qui, simultanément, l’enferme dans son corps.
Aucune des trois héroïnes ne satisfait donc pleinement à cette définition de l’autonomie formulée par Mme de Staël : faire en sorte que « l’existence parte de soi » et être « la force impulsive de sa propre destinée ». Effi cesse très tôt de l’être ; Tess ne le devient presque jamais ; Nana s’en approche davantage, mais son pouvoir demeure inséparable de son corps et de sa sexualité.
Voilà peut-être le point commun le plus profond des trois romans : la femme y existe toujours en relation. Fille, épouse, maîtresse, mère, courtisane, objet du désir ou de la répudiation, elle est rarement conçue comme un individu dont l’existence aurait en elle-même sa propre fin.
Et c’est ici que surgit une dernière difficulté. Ces romans dénoncent-ils cette situation — ou continuent-ils malgré tout à penser les femmes avec les catégories qui l’ont produite ?
Les femmes ou la Femme ?
Le XIXe siècle invente autant « la Femme » qu’il observe les femmes
Le paradoxe est frappant. Le réalisme et le naturalisme prétendent regarder le réel avec une précision nouvelle ; mais le XIXe siècle demeure saturé de représentations mythiques du féminin.
Ève, la Madone, la Muse, Vénus, Salomé, la femme-enfant, la mère, la vierge, la courtisane : la femme est sans cesse transformée en symbole. Elle est exaltée et redoutée à la fois. Elle est « autre âme », mais cette altérité signifie aussi qu’elle demeure seconde : celle qui accompagne l’homme plutôt que celle qui existe pour elle-même. En somme, la Femme symbolique finit par chasser les femmes de la vie. Autrement dit, plus une culture parle de la Femme, moins elle risque de voir les femmes concrètes.
Le réalisme apporte pourtant quelque chose de nouveau : il fait entrer dans la littérature des femmes auparavant peu visibles — domestiques, ouvrières, paysannes, prostituées, « femmes de peine ». Le travail féminin, longtemps effacé derrière l’image de la femme au foyer, devient enfin représentable.
Les trois romans se situent exactement dans cette tension : observer des femmes réelles tout en continuant à produire de puissants mythes féminins.
Trois conceptions de l’héroïne
Nana est le cas le plus spectaculaire. Elle n’est pas simplement une courtisane parmi d’autres. Zola peuple son roman de prostituées différentes, mais Nana les absorbe symboliquement toutes. Elle devient une sorte d’« hyperdestin » : son nom lui-même tend vers l’antonomase, comme si « une Nana » pouvait finir par désigner un type. Elle est simultanément individu, type social et mythe. Elle devient même davantage : une figure du Second Empire. Elle est « centrale », là où Tess et Effi demeurent périphériques. Tess vit dans un Wessex marginal ; Effi mène une histoire privée dont la Prusse pourrait presque ne rien savoir. Nana, elle, contamine symboliquement tout son monde. Son corps individuel finit par devenir corps politique.
Tess occupe une position différente. Angel la transforme volontiers en image : jeune fille pure, enfant de la nature, représentante de la féminité. Mais le roman ne cesse précisément de montrer les dégâts provoqués par cette idéalisation. Angel aime moins Tess telle qu’elle est, qu’une certaine idée de Tess. Lorsqu’elle cesse de correspondre à l’image virginale qu’il avait construite, son amour s’effondre. Le sous-titre provocateur du roman — A Pure Woman — renverse alors le jugement social : Hardy affirme la pureté morale d’une femme que la société victorienne condamne.
Effi, enfin, résiste davantage au symbole. Fontane la laisse entourée d’un « quelque chose » difficile à définir. Son romanesque naît moins d’un concept préalable que d’une intuition, d’une image, d’un détail. Là où Zola part d’un programme — écrire le roman de la courtisane — Fontane raconte volontiers qu’Effi lui est apparue à partir d’une scène presque fortuite. Chez Zola, le concept précède le roman ; chez Fontane, on pourrait dire que le concept se dégage progressivement du roman.
Trois conceptions du personnage apparaissent ainsi : Nana tend vers le type et le mythe ; Tess vers la figure tragique ; Effi vers la singularité psychologique.
Trois « naturalismes »
C’est pourquoi il faut finalement revenir à l’expression « contexte du naturalisme européen ».
Zola représente évidemment le pôle le plus systématique. Il enquête, documente, prépare, classe, construit des séries, étudie les milieux. La documentation doit cependant être transformée en roman : Zola reste poète et dramaturge autant qu’observateur.
Hardy est beaucoup plus difficile à enfermer dans le naturalisme. Il partage avec lui l’attention au monde contemporain, aux transformations économiques, au travail, à la condition sociale ; il connaît Darwin et les pensées matérialistes de son temps. Mais son roman reste traversé de symboles, de coïncidences, de références bibliques, de présages, de philosophie schopenhauerienne et d’interventions du narrateur. La fatalité y paraît parfois presque mythique.
Fontane, enfin, se méfie de l’exhaustivité. Là où Zola veut dresser le tableau complet d’un milieu, Fontane observe sans prétendre tout expliquer. Son réalisme inclut non seulement les « faits », mais ce mystérieux « quelque chose » du cœur humain que les faits ne suffisent pas à épuiser.
Ce sont donc moins trois romans naturalistes au sens strict que trois réponses à une même question moderne : comment raconter un individu lorsqu’on ne croit plus tout à fait qu’il soit souverain de son existence ? Et c’est précisément pourquoi la femme constitue un personnage romanesque si puissant à la fin du XIXe siècle. Sa liberté étant historiquement plus étroite que celle de l’homme, sa destinée rend visibles avec une intensité particulière les contraintes que le roman moderne cherche à penser.
Conclusion
Nana, Tess et Effi meurent toutes trois, mais leurs morts n’ont pas la même signification symbolique. Tess est broyée par un enchaînement de contraintes sociales, morales et religieuses que le hasard transforme en destin. Effi, qui revient mourir dans la maison de son enfance, voit sa vie conjugale réduite à une parenthèse entre le jeu initial et le retour final. La mort de Nana, défigurée par la petite vérole au moment de la guerre de 1870, se confond avec la décomposition du régime dont elle fut l’une des figures. Ainsi, le naturalisme européen déplace la fatalité plus qu’il ne la supprime. Les dieux antiques disparaissent, mais le destin survit sous d’autres noms : hérédité, convention sociale, coïncidence tragique, ordre moral, classe, famille, religion, sexualité, mariage, réputation, corps, Histoire. Ce destin pèse différemment selon le genre : une femme peut être libre en droit et pourtant presque incapable de maîtriser son existence. Tess intériorise la loi qui la condamne, Effi n’envisage pas de contester l’ordre juridique, Nana conquiert une puissance exceptionnelle par le seul moyen auquel la société réduit la femme, son corps. Ces romans, plus qu’ils ne peignent des victimes, interrogent ainsi la liberté empêchée, posant cette question qui reste en suspens : dans quelle mesure une vie peut-elle véritablement nous appartenir ?
Image d’en-tête : Nana, Tess et Effi Briest, trois destinées féminines dans l’Europe de la fin du XIXe siècle — illustration générée par intelligence artificielle.


Laisser un commentaire