Les mots ne me seraient d’aucun prix s’ils se résignaient à nommer ou décrire ce qui est, au lieu de se précipiter vers ce qui n’est pas. Leur aveuglement convient à l’irréductible rêveur que je suis. Ils ont leur manière propre de dissiper le mystère en l’aggravant et de ne rien me donner à voir dont ils n’aient tout d’abord déformé les traits. Je sais leurs tromperies et m’y suis résigné. Je ne compte plus m’approprier ce que je nomme : il me suffit d’esquisser le geste de le toucher des mains. Ne fût-ce que pour en aviver la douleur, je concède au langage le soin de courtiser l’impossible. Jamais l’écriture n’est trop riche de désirs ni de mensonges pour fait de ses masques un usage tragique. Sachant sa vanité, il n’y renonce point mais la cultive comme un poison. Dès lors, rien ne l’obsède davantage que cette duplicité à quoi il reconnaît qu’il est en passe de devenir un homme. »
Jean-Michel Maulpoix, Une histoire de bleu (1992),
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, p. 107.
Gabriel GROSSI est docteur ès lettres, spécialiste de poésie contemporaine. Après des études en hypokhâgne et khâgne au Lycée Masséna, il poursuit à l’Université de Nice jusqu’au doctorat. Il enseigne durant quatre années au sein des départements de Lettres et d’Information-Communication de l’Université de Nice. Il soutient en janvier 2015 une thèse portant sur « La Basse continue dans l’œuvre poétique de Jean-Michel Maulpoix ». Auteur de nombreux articles sur la poésie contemporaine, il a aussi publié deux recueils de poésie, « Concordance » et « Du Néon aux étoiles ». Il est par ailleurs professeur des écoles.
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