Inventer un monde, cela suppose d’imaginer toute une civilisation, avec son organisation politique, son histoire, son implantation géographique, mais aussi sa religion. Pour les besoins du roman ou du cinéma, des créateurs ont ainsi imaginé des religions complexes, souvent fascinantes. Petit tour d’horizon.
Née en 1986 à Perpignan, Laura Vazquez est l’autrice de quatre recueils primés. Dans L’idiote du village, elle a été invitée par les éditions Imec à parler de son travail à partir d’images. Entre poésie et métadiscours, elle livre un texte à la fois intime et réflexif. La citation du jour est extraite de ce livre (p. 37).
Les 4 et 5 juillet, au théâtre de l’Impasse, à Nice, la troupe de théâtre de l’association Polychromes proposera une adaptation théâtrale des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, dans une version modernisée, contemporaine, queer et passablement drôle…
Sous la lune pleine s’apaisent les pensées du monde Là où rien ne manque Dans le silence recouvré de la nuit première Devant le noir absolu d’une mer sans vagues Sur la plage nue Là où tout ralentit, s'apaise et respire
Assis au bout de la digue de rochers Tu as laissé derrière toi les soubresauts De la ville, les lumières criantes, Les rumeurs incessantes, les sirènes hurlantes, Et tu contemples le rien nocturne de la mer Sous la lune pleine où s'apaisent les pensées du monde
Il y a la respiration presque imperceptible du ressac De vastes morceaux de nuit entre chaque étoile De longues plages de silence entre chaque pensée Il y a l'obscurité sereine de la nuit La fusion parfaite de la mer et du ciel Juste le regard rond de la lune souriante
Nuit de la conscience, là où il n’y a plus Ni visage ni paysage, là où rien ne s’accroche À rien, dans le plein silence de l’accueil, Il n’y a plus que de la joie, Une immense joie puissante et rayonnante, Dans le sourire discret du monde.
Et cette joie sans centre ni périphérie Rayonne de toutes parts dans le noir de la nuit Dans la vacance silencieuse de la mer nocturne Où il n'y a rien qu'une respiration ample et paisible ; Rien à penser désormais, Tout est déjà là dans le silence du monde.
Ce dimanche, je vous emmène dans la conjugaison fantaisiste et savoureuse des saisons de Milène Tournier. Ce poème est extrait de Et m’ont murmuré les campagnes, paru en 2025 aux éditions du Castor Astral (p. 148). Née à Nice en 1988, Milène Tournier, docteure en études théâtrales, professeure documentaliste, réalise des vidéo-poèmes sur YouTube.
C’est un double statut qu’il n’est pas rare d’observer chez les poètes d’aujourd’hui, qui concerne plusieurs grandes voix de la poésie contemporaine, et qui, à mon avis, influence tout à la fois la façon d’écrire la poésie et la façon d’en faire la théorie. Depuis Baudelaire qui considérait que tout poète est « nécessairement, fatalement critique », la poésie moderne a tendance à être auto-réflexive, métadiscursive, incluant sa propre théorisation. Le double statut de poète-universitaire renforce cette dimension, associant création et analyse de façon fondamentale.
Aujourd'hui, 20 mai, À 11 heures rendez-vous est donné À la mairie de Cagnes. Crissement Du Bic Sur les cases d'un formulaire Deux signatures Accolées Avec toute la rigueur protocolaire Sur une feuille de papier.
Aujourd'hui, 20 mai 11 heures La République Française Va apposer son tampon En regard de nos deux noms. Ce petit mot : "pacsés" Dans un registre posé Sur le bureau encombré D'une mairie de province Au-dessus d'une liasse de cerfas bleutés.
Il n'y aura pas de marche nuptiale Pas de cérémonie solennelle Pas de fleurs à cette heure cruciale Pas de blanches colombes ni d'hirondelles Qu'importe !
Aujourd'hui, 20 mai 11 heures, Entre le grincement d'une chaise Et le crachat d'une imprimante On entendra peut-être De ma mère une larme Versant son émotion au dossier.
Aujourd'hui, à 11 heures le 20 mai, J'écrirai mon nom qui est celui de mon père, Portant l'une des cravates qu'il m'a léguées, Et je penserai à lui en regardant la lumière Qui inonde de la grande baie vitrée.
Dans quelques heures maintenant Je sortirai de la blanche mairie Tenant la main de mon amour À peu près comme j'en serai entré Mais j'aurai dans la poche Un petit papier à en-tête officiel Avec nos deux noms accolés Il sera onze heures trente, le vingt mai.
Je n’avais pas prévu de tourner ainsi mon article pour la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie. J’avais pensé à quelque chose de plus festif, voire de plus poétique. Mais l’actualité récente montre qu’il est urgent d’expliquer, de dire les choses avec pédagogie. Sans doute est-ce là une déformation professionnelle : je pense que l’éducation a un rôle majeur à jouer.
Directrice artistique des Journées Poët Poët depuis vingt ans, Sabine Venaruzzo développe, parallèlement à son activité de passeuse de poésie, une œuvre personnelle remarquable par son esthétique, son authenticité, sa sincérité, son engagement. Après Et maintenant, j’attends (L’Aigrette, 2020) et Nos vies dansent tout ce qu’on espace (2024, Al Manar), voici La densité du squelette (Maelström, 2026). J’ai choisi pour ce dimanche un poème satirique et tendre à la fois, très savoureux.
La presse régionale vient de se faire l’écho de la volonté d’élèves de passer certaines épreuves du baccalauréat, notamment les épreuves anticipées de mathématiques en classe de Première, en euskara, c’est-à-dire la langue du pays basque, bravant une interdiction. Cette information peut être le point de départ d’une réflexion plus large sur la place des langues parlées en France.
En voyage en Afrique, le Président de la République Emmanuel Macron a eu une phrase qui a fait beaucoup réagir : « L’épicentre de la langue française ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo ». Que penser de cette affirmation ?
Il pleut ce matin sur le Pool Malebo Dans le vrombissement des pirogues et des motos Dans les rires d'enfants autour d'une flaque d'eau De la rumba grésille d'un vieux poste de radio Il pleut ce matin sur le Pool Malebo
Il pleut ce matin sur ce bras du Congo La vendeuse au coin de la rue Remue de sa spatule La bouillie de maïs, de mil ou de sorgho Il pleut sur ce bras du Congo
On klaxonne ce matin dans les rues de Kinshasa On vend à la criée du pain et des beignets On marchande aux fenêtres des taxis Le français se mêle au lingala Dans les rues animées de Kinshasa
Dans la chaleur moite du marché Zando On serpente entre les étals On soupèse, on se hèle, on crie, on négocie On s’échange le manioc et le poisson fumé Dans les clameurs chaudes du marché Zando
Ça bat, ça bouge, ça bout, ça bruit, Ça chante, ça danse, ça crie, ça jouit, Ça échange, ça parle, ça bavarde, ça rit, Ça aime, ça bosse, ça peine, ça vit, Ça bouge, ça respire, ça partage, ça dit.
Ici tout revient, tout converge, Les voix baignées de fleuve, Les mots trempés de pluie, Les chants chargés de nostalgie, Ici tout revient, tout converge,
La poésie ce matin Habite dans le bassin Du Congo.
Il est aujourd’hui difficile de concevoir que, lorsque parurent Les Fleurs du Mal, en 1857, le recueil fit scandale. En effet, ce livre, incontournable pour tous les lycéens, est aujourd’hui très probablement le recueil de poésie le plus lu et le plus enseigné. Au terme d’un procès qui, au final, a aussi contribué à la célébrité de leur auteur, Baudelaire a été condamné à supprimer certains poèmes de son recueil. Que nous disent ces pièces interdites ? En quoi étaient-elles subversives à l’époque ? Que nous apporte leur lecture aujourd’hui ?
Ça y est, vous êtes amoureux. Pas de doute, les petits papillons dans le ventre sont bien là. Vous êtes épris d’un noble, généreux et puissant sentiment amoureux, et vous voudriez dire à la Terre entière quelle personne merveilleuse a l’heur de faire chavirer votre coeur. Mais voilà, devant la page blanche, les mots ne se précipitent pas comme ils devraient. Contrairement aux apparences, écrire un poème d’amour n’est pas si simple.
La presse vient de s’en faire largement l’écho : le ministre de l’Éducation Nationale, Édouard Geffray, souhaite sanctionner plus sévèrement l’orthographe aux examens du brevet et du baccalauréat. D’accord, mais comment remonter le niveau des élèves en orthographe ?
Sonnet Mondal est un poète indien de langue anglaise, qui vit à Calcutta. Les Journées Poët Poët ont eu l’honneur de l’inviter en 2025 et en 2026. Son dernier recueil, Clamour for a Handful of Rice, est moins méditatif, plus engagé que les précédents. Il y évoque l’horreur de la guerre. La citation de ce dimanche est extraite de ce recueil.
Le Banquet aurait été écrit il y a plus de 2400 ans. Pourquoi certains responsables américains tiennent-ils à censurer une ouverture aussi ancienne ? Pour vous, je suis allé me renseigner sur ce grand classique de la philosophie antique.
Sélim-a Atallah Chettaoui a publié Au Pieu en 2025 aux éditions La Contre-Allée. Elle y livre, comme un flux de conscience, son streaming intérieur, sa façon de gérer avec les injonctions sociales et le désordre intérieur, et le bonheur de rester au pieu ! La citation du jour est extraite de ce recueil dont je vous recommande vivement la lecture.
Sa prose automatisée se répand de plus en plus sur Internet, y compris sur les réseaux sociaux, dans des publicités, des messages politiques, ou de simples commentaires. Cela en devient lassant, car c’est toujours la même voix, le même ton, le même style. J’y vois, pour ma part, un risque d’affadissement de la pensée. Aujourd’hui, je voudrais vous apprendre à détecter le style de ChatGPT. Ce n’est, à vrai dire, pas si facile, mais il y a des marqueurs assez nets.
Elle était femme. Elle était Noire. Elle était Américaine. Elle était Lesbienne. Surtout, elle était poète. Tout cela, dans un XXe siècle, aux États-Unis comme ailleurs, profondément structuré par des traditions racistes, sexistes et homophobes. En France, l’œuvre d’Audre Lorde est restée longtemps peu visible en dehors des cercles militants et universitaires, malgré la force avec laquelle elle interroge encore aujourd’hui nos manières de penser le langage, le corps et la justice. À l’occasion de la Journée mondiale de la visibilité lesbienne, je consacre cet article à cette voix majeure de la poésie du XXe siècle.