(Pour les 86 étoiles parties bien trop tôt, après tout nous sommes tous des feux d’artifice)
Il y avait un soir d’été.
Un soir comme tant d’autres,
où l’on rentre chez soi
avec des projets dans la tête
et des petits riens dans les mains.Un travail commencé,
quelques lignes à terminer,
une tâche que l’on pensait reprendre demain.Un meuble dont les planches attendaient encore
d’être assemblées,
une pièce qui devait changer de visage,
un foyer qui devait continuer de grandir.Une partie de jeu vidéo laissée en pause,
un écran figé dans l’attente
d’un retour que personne
ne pouvait imaginer impossible.Des messages qui devaient être envoyés.
Des repas qui devaient être partagés.
Des matins qui devaient encore se lever.Il y avait tant de « demain »
dans leurs vies.Tant de rêves rangés quelque part,
prêts à éclore.Puis le temps s’est arrêté.
Et depuis,
dans certains foyers,
il existe des objets qui attendent encore.Un outil posé sur une étagère.
Une chaise qui garde une place.
Un livre ouvert à une page précise.
Une manette silencieuse
à côté d’un écran éteint.Des témoins discrets
d’une histoire qui devait continuer.Ils étaient venus regarder le ciel.
Voir les couleurs danser au-dessus de Nice.
Partager un instant simple.
Un moment de bonheur.Ils étaient venus vivre.
Et c’est cela que rien ne pourra effacer.
Pas des chiffres.
Pas des souvenirs lointains.Mais des vies entières,
avec leurs habitudes,
leurs passions,
leurs colères,
leurs éclats de rire,
leurs projets encore inachevés.Dix années ont passé,
mais certains lendemains
restent suspendus.Alors chaque feu d’artifice dans le ciel
porte une pensée pour eux.Chaque lumière qui monte
rappelle qu’ils avaient encore tant à donner.Car un rêve qui n’a pas eu le temps de naître
ne disparaît pas complètement.Il continue de vivre
dans ceux qui aiment,
dans ceux qui se souviennent,
dans ceux qui gardent précieusement
la trace d’une vie interrompue.Et peut-être qu’au-dessus de la mer,
là où les étoiles rencontrent les vagues,les quatre-vingt-six feux d’artifice
que la vie a laissés en suspensbrillent encore,
pour tous les rêves
qui auraient dû devenir réalité.
Pierre BRONZI, 14/07/2026
Pierre BRONZI est passionné de théâtre, de cosplay, de rap et de karaoké. Il est membre de la troupe de théâtre de l’association Polychromes. Il a écrit ce poème en souvenir des victimes de l’attentat qui a frappé la Promenade des Anglais, à Nice, le 14 juillet 2016, il y a tout juste dix ans.


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