Impossible de répondre à la question que l’on me pose aujourd’hui. Il suffit de rappeler que, contrairement à des époques antérieures, la période contemporaine se signale par l’affirmation d’esthétiques individuelles plutôt que par le rassemblement des poètes en des groupes, mouvements, écoles, qui permettraient de dégager au moins des chefs de file. Aussi n’est-il possible de se laisser guider que par des préférences très subjectives.
Je dirais même, au risque de déplaire à mon lecteur, que vouloir ne lire qu’un seul poète n’est pas une très bonne manière de découvrir la poésie contemporaine, dans la mesure précisément où il n’est pas aujourd’hui de poète dont on puisse dire qu’il condense le génie de toute une génération.
Cela vaut, du reste, pour toutes les époques. Choisir entre Ronsard et Du Bellay, entre Musset et Vigny, entre Rimbaud et Verlaine, entre Baudelaire et Mallarmé, c’est suivre des préférences personnelles qui ne sont pas illégitimes, mais qui ne permettent pas de déclarer tel poète plus grand qu’un autre.
Ne croyez pas, toutefois, que je cherche à esquiver la réponse. Il y a bien, en effet, des poètes qui, avec le temps, ont acquis une renommée certaine, tant dans les milieux poétiques que du côté de la recherche universitaire. Cette renommée est toutefois à relativiser fortement, quand on prend conscience que, pour peu que l’on sorte de ces milieux, nos poètes deviennent de parfaits inconnus. C’est là, d’ailleurs, une différence avec le roman : le grand public aura davantage entendu parler de Le Clézio ou de Modiano, voire peut-être de Michon, d’Echenoz ou d’Ernaux, que de Jaccottet ou de Deguy.
Il est difficile de mesurer au doigt mouillé la renommée d’un poète. Il y a cependant des indicateurs. Philippe Jaccottet, publié en Pléiade et récemment inscrit au programme de l’Agrégation de lettres modernes, jouit ainsi d’une reconnaissance qui est, à mon sens, totalement méritée, et je ne crois pas me tromper en affirmant qu’il a inspiré bien des poètes plus jeunes que lui. Mais il me semble qu’Yves Bonnefoy, récemment décédé, arrive ex æquo, même si son œuvre n’est pas encore, à ma connaissance, couchée sur papier Bible.
Mais je ne saurais vous conseiller d’en rester à ces deux-là. Le propre de la poésie contemporaine est d’être une poésie vivante. Dans un précédent article, je faisais la liste d’une dizaine de poètes d’aujourd’hui que j’estimais incontournables. Il s’agissait, bien entendu, d’un choix très subjectif, mais ce qui est sûr, c’est que tous les poètes que j’ai cités sont connus et reconnus.
Afin de rétablir, ne serait-ce qu’un petit peu, la parité dans un monde littéraire qui a encore bien des efforts à faire, j’ai également indiqué une liste de poètes féminins, pour ne pas employer le terme de « poétesse » que plusieurs d’entre elles refusent d’utiliser.
Je ne peux pas conclure cet article sans évoquer le poète auquel j’ai consacré plusieurs années d’études, et que je continue de lire et de relire avec autant de plaisir. Je suis en effet convaincu qu’Une histoire de bleu de Jean-Michel Maulpoix constitue une très belle porte d’entrée dans la poésie contemporaine.
Je terminerai en vous invitant à fureter un peu partout. Enivrez-vous de poésie, comme disait Baudelaire. Lisez de tout, de la grande poésie comme de la moins grande ! Lisez aussi de la mauvaise poésie, vous n’en apprécierez que mieux la bonne, et vous découvrirez peut-être, au détour d’une page, quelques vers sublimes.
La poésie d’aujourd’hui est beaucoup diffusée par des éditeurs artisanaux. Il y a des merveilles qui s’impriment chaque année dans l’indifférence presque générale. Il faut aller les dénicher, explorer ce petit monde, partir à l’aventure en découvrant des auteurs inconnus…


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