À louer, petit studio, sans eau courante, sans cuisine ni sanitaires, pour poésie éphémère. Équipé de poèmes aux murs et de divers objets insolites. Idéalement situé en plein cœur de Nice, sur la Coulée Verte, à proximité de la statue de Masséna. Visites uniquement samedi 19 mars de 14 h à 16 h.
Une « petite maison de poésie »
C’est un cube noir et blanc qui attire le regard des passants. Une curieuse boîte, posée comme un paquet cadeau au bord de la pelouse. Son design épuré intrigue, car il ne dévoile pas d’emblée les surprises qu’il renferme. Au sommet, une enseigne affiche : « Petite maison de poësie ». Qu’es aco ?

Les passants intrigués approchent. Ils sont invités à s’emparer du lieu, à s’allonger sur les transats où les attendent des recueils de poésie, à se faire murmurer un poème à l’oreille, et bien sûr à approcher de cette curieuse boîte, dont la présence inattendue fait penser à une sorte d’OVNI.
On ne peut entrer que trois ou quatre à la fois, en ayant pris soin de retirer ses chaussures. On découvre alors des murs recouverts de tentures où sont écrits des poèmes. Mais pas seulement. Cet espace est habité, il est vivant. Un harmonica, un kalimba, des plantes en pot, une antique machine à écrire… La Petite Maison de Poésie n’est pas un musée. On a le droit de toucher à tout. C’est presque une vraie maison. C’est du moins une façon d’entrer dans la tête du poète Tristan Blumel.
Car, en effet, cette petite maison est habitée. Son locataire du jour est Tristan Blumel. La trentaine, chandail vert, pantalon bleu, chaussettes roses, le poète niçois est ravi de faire visiter son petit univers. Il accueille affablement, de sa voix douce, les petits et grands enfants. Mais ce n’est pas une visite guidée. Le public découvre seul cet espace singulier, et se l’approprie. Certains essaient de taper à la machine, d’autres se saisissent du kalimba. Tous lisent les poèmes qui recouvrent les murs. Il y a des petits papiers à côté d’une boîte d’épingles de nourrice. Certains ont l’idée de s’en servir pour accrocher un petit mot. La « petite maison de poésie » est bien cela : une installation vivante et éphémère.

Le visiteur se laisse ainsi transporter, pendant un instant, dans un autre univers, celui de la poésie. Le caractère inhabituel de la situation oblige à redevenir attentif à l’instant présent. L’expérience a quelque chose d’un retour en enfance, puisqu’il faut se prêter au jeu, accepter l’insolite de la situation et se laisser surprendre. L’intimité de la Petite Maison offre la possibilité de la contemplation, du recueillement, du retour à soi. Chacun fait sien cet espace, ses mots et ses objets.
Traces à la craie
À l’extérieur, les visiteurs sont attendus par Magali Revest. La danseuse retient les passants par son évolution dansée. Elle n’a pas besoin de musique pour que ses gestes envoûtants captivent. Elle tend de grosses craies aux visiteurs, invités, au sortir de la Petite Maison, à laisser quelques mots poétiques, à la craie, sur le bitume ou sur les murs mêmes de la Petite Maison. Nourri par cette visite, le spectateur porte à son tour ses propres mots, et inscrit des signes éphémères et anonymes.

Les pans noirs de la Petite Maison sont eux aussi une invitation à l’écriture. Les visiteurs sont ravis de laisser quelques mots poétiques, quelques impressions personnelles. Certains expliquent être profondément touchés par cette possibilité de laisser une trace éphémère et anonyme.

Performances ex situ
C’est alors que ce carré de bitume devient la scène d’une performance inattendue. Magali Revest et Tristan Blumel forment un duo éphémère. Le poète déroule un long ruban où défilent ses poèmes, et à mesure qu’il les clame, la danseuse s’en empare, s’entoure de papier, et poursuit sa démarche envoûtante. Les passants interrompent tous leur promenade pour se laisser happer dans cet univers de mots et de danse.
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Pari gagné pour cette première journée de festival : une foule nombreuse s’est laissée attirer dans le monde de la poésie, et les retours ont été très chaleureux. L’ambition était d’inviter à la poésie des gens qui n’étaient au départ pas venus pour cela. Le public était constitué des promeneurs du week-end de la Promenade du Paillon. Ils ont été nombreux à accepter de se prendre au jeu, à accepter de se laisser embarquer dans l’univers insolite de la poésie.
Le Festival continue aujourd’hui encore. Ce matin, rendez-vous à l’aube, à 8 h 08 précises, pour un petit déjeuner poétique sur la plage du Centenaire, à Nice, face au jardin Albert Ier. Une fois que vous serez confortablement installé sur une chaise, réchauffé par un plaid, un bon café et un délicieux croissant, vous pourrez découvrir l’univers poétique de Marilyne Bertoncini. Face à la Méditerranée, elle évoquera le tsunami de Fukyshima, et le drame poignant de la noyée d’Onagawa.




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