Il n’y a pas de commencement
Il n'y a pas de commencement
Pas de nuit des temps
Le commencement est une asymptote
Le temps zéro est inaccessible
Ta pensée, tes calculs, tes expériences
Ne peuvent que l'approcher
Pas l'atteindre
Il n'y a pas de temps zéro
Pas d'origine absolue concevable
Seulement un zéro virgule quelques poussières
Qui n'est pas zéro
Au commencement est le mystère
Inconcevable est le commencement
Étant hors de l'espace et hors du temps.
Quel que soit le temps que tu atteins
Il a un avant, aussi minime soit-il :
L'origine est humainement inaccessible.
Voici donc le temps
Et avec lui le mouvement,
La transformation,
La naissance et la mort.
Voici donc le temps
Et avec lui le rayonnement
L'énergie les particules
Et ça grouille
Ça s'agite, ça s'entrechoque,
Ça se sépare, ça se distingue,
Ça s'agrège, ça s'assemble :
CLINAMEN !
C'est un jeu de briques,
Un assemblage atomique
Dans la danse des électrons.
Voici donc l'espace
Concentrique
Une chose est, si et seulement si
Elle est faite d'éléments plus petits
Et est contenue dans plus grand
Univers-oignon, poupée gigogne à l'infini
Mise en abyme sans fin
Que l'on n'a jamais
Fini d'explorer.
Et Dieu dans tout ça
Existe-t-il ou non ?
Avant de te poser la question
Demande-toi ce qu'est Dieu
Et ce que signifie exister
Et si tu sais répondre à ces deux questions
Alors éventuellement
Tu peux te demander si Dieu existe
Mais sinon
Ne fais pas une fixette
Sur une question que tu comprends pas
N'essaie pas de répondre
À la place des autres
Vis, observe, savoure, questionne,
Toutes les réponses sont bonnes
Du moment qu'elles sont bonnes pour toi
Il n'y a pas de mauvais numéro
Alors bien sûr si tu imagines
Un vieillard barbu assis sur un nuage
Bon entre nous croire à ça
0u au Père Noël c'est kif kif
Mais si tu te dis
Que ça c'est juste une image
Un symbole, une illustration
Et qu'au-delà il y a
Quelque chose de plus abstrait
Quelque chose d'impalpable
Eh ben tout de suite c'est moins con
Bah moi c'que j'en dis
C'est que pt'être qu'à un certain niveau
D'abstraction
Exister et ne pas exister sont une même chose
Pisque y'a pas kéque chose qu'existe de sûr
De palpable, de tangible, de mesurable
Mais que quand même y'a un truc que tu sens
Un sentiment du sacré
Un sentiment océanique comme dirait l'autre
Et ça tu peux pas le nier
Tu peux pas faire comme si ça n'existait pas
Tu sens kékpart qu'il y a un truc
Que sans y manquerait kekchose
Tu sais pas comment dire
Mais tu le sens
Et pis v'la la danse des planètes
Les p'tites bouboules qui tournent
Qui tournent dans le noir
Qui tournent que feraient-elles d'autre
Hein Galilée t'en dis quoi
Elles tournent comme tombent les pommes
Que Newton achète du supermarché
Elles tournent sans perdre la tête
Les planètes
Et agrègent à elles
La matière qui leur tourne autour
Et quand elles sont assez grosses et denses
V'la qu'elles s'allument qu'elles s'embrasent
Loupiotes à hydrogène
Étoiles rondes comme la mer
Et pis kékpart sur l'une des bouboules
Y'a un truc comme ça
Qui s'est mis à être vivant
On sait pas comment ça se fait
On sait pas comment on passe
De la matière à la vie
Mais y'a un truc qu'a cessé d'être inerte
Et qui s'est mis à vivre
Inventant du même coup la mort
Un truc tout riquiqui
En apparence insignifiant
Mais vivant
Vivant !
Le truc de dingue !
Ça mange, ça chie, ça nique, ça clamse,
Bref ça vit !
Et ce truc-là, cette cyanobactérie,
Cela se répand, cela se diversifie
Et paf l'ammonite !
Comment ça je saute des étapes ?
C'est mon poème je fais ce que je veux
Où en étions-nous ?
Ah oui paf
Ammonite, mégalodon, ptérodactyle
Ça gagne la terre et le ciel,
Bien au-delà de la mer primordiale.
La planète se recouvre de vie
De toutes formes et couleurs
Et là nouveau rebondissement
Boum l'astéroïde qui tue presque tout sur son passage
Mais préserve quelques bêtes à poils
Dont on reparlera tantôt
Car voici quelques millions d'années plus tard
Que l'un de ces animaux
Se redresse sur ses jambes
Qu'il se met à tailler des outils
À parler
Et surtout
À se penser intrinsèquement différent
Des autres créatures
Comme si y'avait une différence
Non pas seulement de degré mais
Aussi de nature
Comme si le monde autour de lui
Était à sa disposition
Comme si c'était à lui
Et quéque part tu vois c'est pas faux
Tu peux pas y donner tort
Mais quand même un peu
Y se croit tout permis
Y pense pas que l'monde là
N'est pas qu'à lui
Enfin tant qu'y s'contentait
D'un peu de cueillette
Et quelques bestioles par-ci par-là
Ça posait pas de problème
Y laissait pas de trace derrière lui
Y n'abîmait pas son monde
Mais un jour il a eu l'idée
De maîtriser ses ressources
De lui-même faire pousser
Les plantes qu'il mangeait
Et d'élever les animaux
Pour plus avoir à leur courir après
Et ça c'est le plus gros événement
De toute son histoire
Ça a tout changé
C'était à la fois génial et terrible
Ça lui a apporté confort et sécurité
Mais aussi sentiment de propriété
Voici que l'homme modèle son monde
Le façonne
Invente la richesse et la pauvreté
Invente la possession et l'envie
Le désir et la jalousie
Enfin y'a quelques humains
Moins cons que les autres
Qui ont vu le danger d'une accumulation
Sans limites
Et ils vont poser des limites
En inventant des religions
Qui obligent à offrir le surplus aux dieux
Qui obligent à détruire le surplus
Au cours de rites
Qui régulent l'accumulation
Les religions inventent le sacré
Certaines portions de la nature deviennent
Intouchables
Et c'est sans doute ça
Qui a permis aux civilisations
De ne pas courir immédiatement à leur perte
Car si elles bouffent leurs ressources
Plus vite qu'elles ne se renouvellent
Ben ça peut pas durer longtemps
Mais t'as toujours un gars futé
Qui a pigé le truc
Qui va essayer de gruger
De garder le surplus pour lui
Qui va dire que les dieux sont morts
Donc tout est permis
Qui va se dire qu'il est plus malin
Que le système
Et bien sûr tant qu'il est seul
À faire ça
Enfin tant que ce n'est
Qu'une minorité qui se gave
C'est pas la crise tout de suite
Ça se voit pas trop
Et des systèmes comme ça peuvent durer
Des centaines d'années
Passage de la préhistoire à l'Antiquité
Naissance d'empires surpuissants
Invention de l'esclavage
Et ça marche parce que
Les puissants justifient l'inégalité
La font apparaître comme normale
Comme étant dans l'ordre des choses
Comme si certains humains étaient des presque dieux
Tandis que les autres devaient trimer pour eux
Et c'est parce que les masses demeurent pauvres
Et ignorantes
Que ces sociétés restent suffisamment viables
Écologiquement
On sait aujourd'hui que ces sociétés polluaient
La cloaca maxima de Rome déversait
Des tonnes d'immondices dans la nature
Mais ça pouvait durer longtemps comme ça
Sans que ça soit trop gênant
Parce que les hommes étaient peu nombreux
Et que la plupart étaient maintenus
Dans la pauvreté
Passage de l'Antiquité au Moyen-Âge
N'est qu'une
Réorganisation pas une
Révolution
Autres empires, autres règles, autres religions
Mais si tu dézoomes tu vois bien
Que la rupture n'a rien à voir en termes d'impact
Avec la révolution néolithique
Les sociétés restent structurées en castes
La majorité laborieuse permet à la minorité chanceuse
De faire prospérer les arts, les lettres, les sciences
Et si y'a pas une révolte chaque matin
Contre ce système inégalitaire
C'est parce que cette inégalité est
Présentée comme juste
Les puissants sont censés protéger les autres
Ceux qui se battent
Ceux qui prient
Ceux qui travaillent
Trois ordres
Et ça a duré comme ça
Très très longtemps
Puis tu connais l'histoire
La Révolution est venue
Non pas des plus miséreux
Mais de ceux qui avaient
Les moyens de vivre comme des nobles
Et n'en avaient pas le droit
Tu sais que la Révolution n'a pas tout changé
Tu sais qu'aujourd'hui encore
Les inégalités sont patentes
Surtout à l'échelle de la planète
Et quelle que soit la façon dont on tourne
Le problème, on voit qu'il n'y a pas
De solution
La politique est une aporie
On peut bien faire tomber des têtes
D'autres les remplacent
Les inégalités se déplacent
Mais ne se résorbent pas
Y'en a qui pensent que la société
Estompe les inégalités naturelles
D'autres, que les hommes libres dans l'état de nature
Sont rendus inégaux par la société
En fait l'égalité n'est ni dans la nature
Ni dans la culture
Les hommes naissent inégaux
Et la société déplace ces inégalités
En efface certaines et en crée d'autres
L'égalité demeure un idéal
Mais imposer l'égalité est d'une violence sans nom
Il n'y a pas de solution toute faite
Alors que faire de cette petite genèse portative
De cette terre qui tourne et tourne
De ces hommes qui tournent avec elle
Embarqués dans une histoire mais laquelle
De ces hommes qui tirent qui tirent
Sur la corde de la vie
Espérons que ça soit pas jusqu'à ce qu'elle rompe
De ces hommes qui font partie de la nature
Et qui se croient en dehors d'elle
Oubliant un peu vite que leur monde humain
Ne tient debout que tant qu'il y a un lien
Avec la nature
S'élever au-dessus oui mais
Pas jusqu'à perdre pied avec elle !
On en est là. À ce chapitre sans titre
D'une histoire cahotante
Belle d'être imprévisible
Glorieuse d'être bancale
Dont les héros sont imparfaits
Mais on n'en a pas d'autres
Une histoire
Mal barrée dès le départ
Sublime, entièrement sublime
Tragique souvent, mais drôle aussi parfois
Oui, un drôle de spectacle
Avec beaucoup de ratés
Les aléas du direct
Mais des personnages touchants
Avec un coeur gros comme ça
Et une langue de vipère
Impulsifs au possible
Prêts à en découdre pour un rien
Mais amoureux de la vie
Et s'ils font souvent des conneries
C'est juste qu'ils sont terrorisés
À l'idée de la mort
Angoissés au-delà du possible
Au point qu'ils font n'importe quoi
Y compris et surtout cela même
Qui précipite leur propre anéantissement
Oui c'est pas très futé j'avoue
Mais ça fait de bons rebondissements
À cette histoire sans fin
Et y'a juste à espérer
Que tout ça finisse pas trop mal
On sait pas trop comment
S'écriront les prochains chapitres
Mais ça devrait être grandiose
Et complètement barré aussi
Comme une superproduction
Avec plein d'effets spéciaux
Comme une parodie de blockbuster
Avec plein de guest stars
Mais tu piges rien au scénar
Ça reste mal écrit
Y'a souvent de faux raccords
Et le scénariste sous acide
A pondu un truc à la va-vite
Mais ça te tient en haleine
Tu veux savoir la suite
Malgré les coupures pub
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Un nouvel épisode
De la
Vie.
Gabriel Grossi, avril 2023
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