Arrête. Quand tu commences à t’emballer, simplement, arrête. N’attends pas. Arrête. Arrête et regarde. Arrête et retourne-toi.
Juste cela : s’arrêter. Sans attendre d’être paniqué. Tu ouvres ainsi une brèche dans le flux de tes pensées. Soudain, tu te souviens que tu n’es pas obligé de suivre le courant.
S’arrêter, observer. Il y a des émotions, il y a des pensées, il y a peut-être de la douleur, de la déception, de la frustration, de la colère, de la peur, de l’inquiétude, de l’envie, du regret… Quoi que ce soit, c’est là. Le voir, et se dire : c’est là. S’arrêter, et simplement constater.
Cette pause est ton salut. Voici que tu sors du courant. Tu n’es plus dans le tourbillon, mais sur la rive. La rivière est toujours aussi tumultueuse, mais qu’importe, tu es sorti de l’eau. Tu regardes tout cela de haut, en spectateur amusé, hors de portée des vagues. Ton avion est désormais au-dessus des nuages.
Tout cela, là, en bas, n’était qu’une comédie, qu’un jeu auquel tu n’es plus obligé de participer. Tu regardes les mauvais acteurs, leurs grands airs, leurs exagérations pathétiques. Tu n’es plus obligé de leur donner la réplique.
D’en haut, la vue est beaucoup plus large, plus claire. Tu regardes de loin le champ de bataille, comme un stratège et non plus comme un soldat. Tu peux alors décider d’agir en connaissance de cause, s’il y a des choses à faire qui dépendent de toi. Tu peux aussi remarquer que certains éléments ne sont pas modifiables. Ils sont là, c’est ainsi. Mais vus d’en haut, ils ne sont plus aussi impressionnants. Ils font simplement partie du décor. Tu cesses de lutter inutilement.
Cette grande tempête n’était donc qu’un tourbillon local dans un océan de calme. Même le plus gros des ouragans n’est finalement qu’un événement limité dans l’espace et dans le temps. Tu l’observes de loin, comme un satellite météo qui prend des photos des cyclones, dans la sécurité de sa lointaine orbite.
Et puis, tu considères ce qu’il y a tout autour. Tu n’y prétais pas attention quand tu étais emporté par le courant, trop occupé à ne pas perdre pied. Pourtant, c’était déjà là. Tout autour de la tempête, disais-je, un océan de calme. Une paix inaltérable. Un silence joyeux. Ce n’est pas seulement une absence de tourment. C’est un plein et non un vide. Un sourire discret du monde. Une joie lumineuse et rayonnante. Une énergie d’amour.
Et lorsqu’il t’arrive à nouveau de t’engluer dans la tourbe, de plonger dans la boue de l’inquiétude, dans les sables mouvants du tourment, dans la fange de la colère ou du désespoir, comme cela ne manque pas d’arriver constamment, il te suffit désormais d’y penser : arrête, arrête et regarde, arrête et retourne-toi. La rive est juste là.
En savoir plus sur Littérature Portes Ouvertes
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
très beau texte très juste
J’aimeAimé par 1 personne
Merci
J’aimeJ’aime
Waouh, c’est très beau, c’est très vrai.
Si simple et pourtant pas toujours facile à réaliser .
C’est ce que nous avons tous à faire: sortir du courant et regarder pour vivre enfin vraiment la vraie vie.
Bravo Gabriel
J’aimeAimé par 1 personne
Merci !
J’aimeJ’aime
Ya qu’à…oui, il suffit d’appliquer. Trouver la technique qui nous permet cette expérience et pratiquer avec régularité cf Montaigne, Pascal, Spinoza et alibi.
Merci pour le rappel.
J’aimeAimé par 1 personne
Ce texte dégage une telle douceur..
Un grand merci pour ce partage Gabriel 🙂
J’aimeAimé par 1 personne
Merci beaucoup !
J’aimeJ’aime