Ça c’est Palax !

Nice, 21 h, ce mercredi 10 janvier. Rue Defly, à mi-chemin entre le MAMAC et l’ancien hôpital Saint-Roch, le Swing est rempli à bloc. Pourquoi cette foule ? C’est que ce bar LGBT-friendly accueille le spectacle de la troupe de l’association Polychromes, qui a donné une représentation drôle, joyeuse et haute en couleurs.

Une grande liberté de ton

Au menu, pour la troisième fois, la joyeuse troupe menée par Michaël Brice interprétait une version revisitée des sketches cultes de l’émission Palace, dont la liberté de ton a fait les grandes heures de la télévision des années 1980. À l’époque, c’étaient des acteurs tels que Valérie Lemercier, Philippe Khorsand, Jean Carmet, Claude Piéplu, Jacqueline Maillan ou encore François Rollin qui officiaient au Palace, pour le plus grand plaisir des téléspectateurs. La version 2023 est beaucoup plus moderne, et bien sûr beaucoup plus gay.

Du Palace au Palax

Du Palace au Palax, le principe est resté le même : dans un hôtel de luxe, le client est roi, et tous ses désirs, aussi loufoques soient-ils, aussi indécents soient-ils, peuvent et doivent être satisfaits. Cette trame générale sert de fil conducteur à une suite de saynètes toutes plus drôles les unes que les autres. La version revisitée par Michaël Brice y ajoute ce qu’il faut d’humour gay, jouant avec les stéréotypes dans une caricature qui parvient à ne pas tomber dans le cliché. Car le risque était là : que le gay devienne un simple bouffon ridicule, un sujet de moquerie. Ici, on rit avec les gays, au lieu de rire d’eux. Et c’est un rire qui fait du bien.

Le ton est donné dès le premier sketch, où un client du Palax lance à la cantonade : « S’il vous plaît, mesdames et messieurs, excusez-moi de vous déranger, mais mon mari et moi cherchons des partenaires pour partouzer. Est-ce qu’il y en a que ça intéresse ? » Bien vite, les résidents de l’hôtel se donnent rendez-vous, et fixent les détails comme s’il s’agissait de la chose la plus normale au monde.

Le Palace a aussi vocation à accueillir des congrès. Dans la version originale des années quatre-vingts, Valérie Lemercier présidait l’association de celles qui ne ressemblent pas à Madonna. Le Palax, lui, accueille le congrès de ceux qui ne ressemblent pas à Harry Styles. Et le président est formel : il est obligé d’exclure un membre qui, avec ses nouveaux abdos, ressemble tout à fait à Harry Styles. La transposition fonctionne parfaitement, comme en témoignent les rimes hilares du public.

Dans ce Palace, un client, accompagné de sa femme, avoue à son ami de vingt ans que, lorsqu’il couche avec sa femme, il pense en fait à lui. L’ami est d’abord interloqué, et montre une distance toute hétérosexuelle. Mais, contre toute attente, la femme argumente en faveur de son mari, et l’ami est désormais tout excité. C’est le mari qui, tout à coup, se met à repousser son ami, surpris de n’être considéré que comme un morceau de viande par son ami de vingt ans, de plus en plus entreprenant…

Brèves de comptoir

Les sketches se succèdent et sont entrecoupés de « brèves de comptoir ». Succéder à Jean Carmet, capable de proférer les plus grandes âneries avec un flegme et un sérieux impayables, était une gageure. Y parvenir en portant une robe moulante, des talons hauts et une perruque noire, cela n’avait rien d’évident. Chapeau l’artiste. Exemple de brève de comptoir : « C’est incroyable les petits points à la surface des œufs. Et dire que la poule a fait ça avec son cul. »

Dans le Palace des années quatre-vingts, en cas de baisse d’audimat, on appelait au secours de ravissantes jeunes femmes dont la seule fonction était de montrer leur poitrine. Instantanément, l’audimètre remontait. Au Palax, et on ne s’en plaindra pas, Michaël Brice donne de sa personne en révélant son slip noir Calvin Klein sous un manteau de Monsieur Loyal, pour un blind test musical. Le public ne se fait pas prier pour se prêter au jeu. Michaël lance des capotes aux gagnants.

Le dernier sketch est évidemment le clou du spectacle. Un couple d’hommes a invité un couple d’amis, gays eux aussi. Les hôtes sont assez libertins et voudraient tenter une expérience à quatre avec leurs invités. Mais ils savent bien que c’est un couple beaucoup plus réservé et traditionnel, aussi, se répètent-ils avant l’arrivée des invités, il ne faudra jamais parler directement de sexe et toujours procéder par métaphores. Arrivent les invités, et là, évidemment, les hôtes mettent les pieds dans le plat. Loin d’être subtils, ils se montrent rapidement très explicites, mais les invités sont si naïfs qu’ils ne comprennent rien. Les hôtes multiplient les allusions graveleuses, les poses lascives, les gestes suggestifs, jusqu’à une pluie de sous-vêtements sexys et de godemichets, mais rien n’y fait, les invités restent imperturbables, pour le plus grand plaisir du public.

Un pari réussi

J’ai été heureux d’assister à cette troisième représentation, qui offrait une ampleur supplémentaire par rapport au spectacle donné cet été sur une terrasse privée. La joyeuse troupe a réussi son pari, alors même que jouer dans un bar, face à des gens occupés à boire et à manger, n’avait rien d’évident. J’ai à nouveau ressenti l’appel de la scène, le bonheur d’être sur les planches et d’y être tout à la fois soi-même et quelqu’un d’autre : je sais bien que, tôt ou tard, je m’y remettrai. La troupe de Polychromes permet aux acteurs de mettre leur homosexualité sous les projecteurs, et cela doit être extrêmement jouissif et libérateur. Certes, la société évolue dans le bon sens, mais malgré tout, pour éviter les regards moqueurs ou désapprobateurs, nous dissimulons au quotidien une partie de nous-mêmes, en de très nombreuses occasions. Au théâtre, nous pouvons la montrer et même en rire. Et cela fait un bien fou. Aux comédiens, dont on voit bien qu’ils s’amusent comme des petits fous (ou folles, c’est selon). Et, par conséquent, au public, qui ne peut qu’adhérer face à tant de joie communicative et d’humour qui ne boude pas son plaisir.

Michaël Brice fait savoir que la troupe recrute. Les répétitions ont lieu le mardi à 19 h dans un théâtre du Vieux-Nice…


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