À l’heure où sort sur grand écran la grandiose adaptation cinématographique de Denis Villeneuve avec Timothée Chalamet, je voudrais revenir sur la saga de Franck Herbert. Ces romans de science-fiction ont bercé mon adolescence. Je voudrais donc vous expliquer pourquoi j’aime Dune.
Ce qui distingue ce roman de tant d’autres, c’est qu’il ne se contente pas de raconter une histoire, il développe tout un univers, et un univers cohérent de surcroît. Un univers différent du nôtre, et qui a ses propres lois.
La richesse de cet univers est exceptionnelle : Franck Herbert a imaginé un empire galactique, dirigé par l’Empereur Padishah Shaddam IV, son fonctionnement politique, ses rapports de force et de pouvoir entre les grandes Maisons nobiliaires et la Guilde des marchands, son économie particulière basée sur l’épice, son Histoire marquée par le Jihad Butlérien, la géographie de la planète Arrakis, son système écologique, mais aussi et surtout ses religions.
En effet, Franck Herbert a imaginé un futur lointain où les religions pratiquées par les humains ont un lointain rapport avec celles que nous connaissons aujourd’hui. Il y a la Bible Catholique Orange, qui est un ensemble oecuménique mêlant plusieurs religions d’aujourd’hui, le Zensunni (où l’on reconnaît le Zen qui est une forme de bouddhisme japonais et la Sunna qui est un terme d’Islam), la religion des Fremen et l’ordre des Bene Gesserit… La lecture des romans suggère que leur auteur avait une connaissance approfondie des religions du monde réel, et des langues qui en sont le support. En particulier, les habitants du désert d’Arrakis ont une culture qui peut évoquer les civilisations de l’Islam. Certaines expressions du langage fremen sont d’ailleurs empruntées à l’arabe (par exemple bahr bela ma pour « océan sans eau », le désert des Fremen). Le nom de famille du héros Paul Atréides fait penser à la lignée grecque des Atrides, dont faisaient partie Agamemnon, Ménélas, Oreste… Et cette imagination foisonnante est cependant particulièrement cohérente. On a l’impression que cet univers vit dans l’esprit de l’auteur, loin de n’être qu’un décor de façade.
C’est sans doute assez rare en science fiction, mais ces questions religieuses ne sont pas des données annexes de l’intrigue mais en constituent le coeur. Les soeurs du Bene Gesserit façonnent les croyances des peuples selon leur intérêt, et arrangent des mariages dans le but de façonner progressivement, de génération en génération, un être suprême, le Kwisatz Haderach (terme emprunté à l’hébreu). Les Fremen voient en Paul Atréides un Élu, un Messie, le « Lisan al-Gaib ». Le héros est amené à jouer ce rôle, jusqu’à devenir une sorte de dieu.
Franck Herbert a imaginé un monde qui tourne autour de l’épice, cette production du désert que l’on ne trouve nulle part ailleurs dans l’univers que sur la planète Arrakis, ce qui explique que celle-ci soit au centre des convoitises politiques. L’épice est produite par les monstrueux vers des sables, les Shai-Hulud, parfois appelés aussi les Faiseurs. Ces monstres sont donc tout à la fois dangereux et nécessaires. L’épice est une sorte de drogue qui procure à celui qui la consomme le don de prescience. Elle est nécessaire au vol intersidéral, les navigateurs de la Guilde ayant besoin de prédire l’avenir pour se frayer un chemin entre les étoiles lorsqu’ils portent leurs vaisseaux à des vitesses supra-luminiques. Par conséquent, celui qui contrôle la production d’épice contrôle la galaxie.
Le pouvoir. C’est bien cela qui anime tous les personnages. Il n’y a guère de figure désintéressée dans Dune. Le héros lui-même, Paul Atréides, ne se comporte pas vraiment comme un enfant de coeur. Les personnages féminins sont tout aussi redoutables que les masculins, à l’image de Dame Jessica, la mère de Paul, sorcière Bene Gesserit. Les cruels Harkonnen, avides de retrouver leur contrôle séculaire sur l’épice, ne sont pas les seuls opposants de Paul. L’Empereur et son armée de Sardaukars, les Tleilaxu, les Ixiens, et les Fremen eux-mêmes sont tous de potentiels ennemis.
Dune est une saga fascinante. J’ai lu avec plaisir, il y a maintenant pas mal d’années (j’étais lycéen), les romans successifs, intitulés Dune I, Dune II, Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune, L’Empereur-Dieu de Dune, Les Hérétiques de Dune et La Maison des Mères. J’ai vu le premier film de David Lynch, la série télévisée et maintenant cette dernière adaptation grandiose. Ces adaptations sont sans doute une bonne porte d’entrée dans l’univers de Dune, mais je ne peux que vous conseiller de lire aussi les romans.
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Très beau résumé de Dune, que je dévorais adolescent. Quand j’ai vu le film de Villeneuve, j’en ai eu les larmes aux yeux car j’ai eu la chance d’effectuer des fouilles archéologiques en Jordanie, un des lieux de tournage…
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Super !
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