Nous avons vu Sisyphe heureux à la Médiathèque Albert Camus

On ne pouvait sans doute pas rêver meilleur endroit que la médiathèque Albert Camus, à Antibes, pour faire résonner les vers de J’ai vu Sisyphe heureux. La poétesse Katerina Apostolopoulou était accompagnée, ce mardi 19 mars, par la danseuse et chorégraphe Lisie Philip. Le duo a immédiatement fonctionné, au service de la poésie.

Avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité, les deux femmes ont évolué chacune dans leur espace, mais chacune à l’écoute de l’autre. Il y a toujours le risque, lors d’une performance poétique, que le spectacle fasse écran aux mots, et c’est précisément ce que les deux artistes ont su éviter. Le geste corporel de Lisie Philip semblait au contraire donner vie aux personnages de Katerina Apostolopoulou, ces personnages tragiques qui ne peuvent échapper à la dureté de leur condition, mais qui acceptent pleinement leur destin, et font leur devoir, en tâchant d’y trouver un peu de bonheur.

Lisie Philip et Katerina Apostolopoulou (Photo : Olivier Baudouin)

Le vaste espace du hall de la bibliothèque, carrelé de noir, a été volontairement laissé nu. Quelques bateaux en papier, des bouteilles en verre remplies d’eau, des vêtements blancs entassés au centre, étaient les seuls objets présents, dans un décor sobre et minimaliste.

Cette simplicité allait de pair avec la justesse de ton des deux artistes. Pas de mise en scène ostentatoire, juste le poids des mots qui disent la mort, le deuil, la souffrance, mais qui entrevoient malgré tout de la lumière. Et la grâce du geste dansé, sublime.

Cette luminosité méditerranéenne des textes, appuyée par la lumière vespérale qui pénétrait par les larges baies vitrées, entrait en résonance avec le choix de musiques instrumentales grecques, lancées en coulisses par l’ami Tristan Blumel.

La grâce du geste dansé et la magie des mots (Photo : Olivier Baudouin)

Ces textes, j’ai déjà eu l’occasion de les entendre lors du festival, mais je les ai redécouverts ici, dans leur lumière tragique. Le geste dansé de Lisie Philip a appuyé la dureté de la condition humaine, comme si elle dansait compte tenu de la mort. J’ai mieux perçu combien les personnages de Katerina Apostolopoulou étaient des héros sublimes, des héros du quotidien, accomplissant chaque jour sans complainte la tâche qui est la leur, jouant leur rôle jusqu’au bout. La danseuse a su mimer la mort elle-même, dans un geste sobre et précis.

La gravité et la délicatesse mêlées de cette performance en ont fait un très beau moment de poésie. Nombre de spectateurs avaient les larmes aux yeux. Finalement, ce n’était peut-être pas une si mauvaise idée de placer ce Printemps des Poètes sous le signe de la grâce : nous en avons eu une parfaite illustration.

L’affiche de l’événement

Afin de garder trace de cette lecture si profonde et délicate à la fois, j’ai filmé avec mon téléphone nos deux artistes. Vous trouverez ici le lien de la vidéo : https://www.facebook.com/share/v/kJs8UQJwpXCJdvsq/

Je remercie Olivier Baudouin pour ses photographies magnifiques de cet événement. Il y en a d’autres, que vous retrouverez sur son mur Facebook.


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