Morituri

Tous les latinistes connaissent cette célèbre phrase prononcée par les gladiateurs et adressée au souverain au début des jeux : « Morituri te salutant », littéralement « Ceux qui vont mourir te saluent ». C’est cette phrase qui a été choisie comme titre pour la série télévisée « Those about to die », dont les dix épisodes sont disponibles sur Prime Video. Je vous recommande cette série très prenante et fascinante à plusieurs titres.

Le réalisme historique

Bien entendu, toute adaptation télévisée est avant tout une œuvre d’art et non un documentaire historique. Pour autant, je trouve que la vérité historique est plutôt bien respectée. La succession des empereurs flaviens (Vespasien, Titus, Domitien) situe le cadre de cette série au premier siècle après Jésus-Christ, au temps de l’Empire, à l’époque de la construction du Colisée et des guerres judéo-romaines.

L’explosion du Vésuve, en 79, sous le règne de Titus, qui a provoqué l’ensevelissement de Pompéi, apparaît également dans la série comme un effet de réel. Il est exact que Titus, à peine arrivé au pouvoir à la mort de son père, dut organiser les secours et recevoir de nombreux réfugiés de Pompéi à Rome. En revanche, la pluie de cendres n’atteignit pas la capitale romaine, contrairement à ce que montre la série, où une neige noire floconne dans certaines scènes.

Outre les trois empereurs, la série présente des personnages tels que Bérénice, reine de Judée et favorite de Titus, ou encore Scorpius, célèbre aurige, qui ont réellement existé. Le rôle des Vestales, l’évocation de la chaise curule, l’organisation de batailles navales au sein du Colisée sont autant de détails qui montrent que les réalisateurs ont pris le temps de se renseigner correctement avant de tourner la série.

Le Circus Maximus au centre de l’intrigue

Les représentations de Rome sont saisissantes de réel. Et le monument central dans la série, c’est bien le Circus Maximus. Selon Wikipédia, « le Cirque Maxime demeure à ce jour la plus vaste enceinte sportive que le monde ait jamais connu ». Cela montre bien l’importance des courses de chars dans la Rome impériale, tout à fait comparable à l’engouement que suscite aujourd’hui le football.

Un tableau du XIXe siècle représentant une course de chars (Wikipédia)

Si les jeux étaient un grand divertissement populaire, ils suscitaient aussi l’intérêt de la noblesse, puisque les différentes équipes (les factions) étaient sponsorisées par de riches familles patriciennes, si bien que des enjeux politiques se mêlaient fréquemment aux enjeux strictement sportifs. Il me semble que la série montre très bien cela.

Conformément à la réalité historique, la série fait état de quatre équipes, chacune représentée par une couleur, faisant courir deux quadriges (chars à quatre chevaux). L’épreuve consiste en sept tours de piste. Comme à l’époque, les tours sont comptabilisés par des statues de dauphins. Et la série montre très bien le danger mortel que constituaient ces courses où tous les coups étaient permis, y compris de faire basculer un char ou de le piétiner pour gagner.

Une intrigue plurielle

Mais, sans trop dévoiler l’intrigue, je peux dire que, fort heureusement, celle-ci ne se limite pas à montrer des courses de chars. La série présente toute une galaxie de personnages, qui au départ ne se connaissent pas, et qui finissent par se croiser. Monarques, patriciens, plébéiens, esclaves gravitent autour du Circus Maximus, et l’intrigue est tout à la fois sportive, politique, stratégique, amoureuse…

On voit que la série est bien du XXIe siècle dans le fait qu’elle accorde de l’importance à des personnages issus de toutes les strates de la société, dans une Rome résolument cosmopolite où se mêlaient des personnes issues de tout le monde connu. La série répond ainsi à l’injonction contemporaine d’insérer des personnes de toutes ethnies, mais elle le fait habilement, d’une façon compatible avec la réalité historique.

Le rôle des femmes est essentiel dans cette série. Une mère numide, dévouée et courageuse, une patricienne arriviste et manipulatrice, une reine juive désabusée, une jeune femme découvrant l’amour… Cela fait la modernité de cette série, par rapport à des péplums plus anciens où le premier rôle restait dévolu aux hommes. Autre élément de modernité, la mention de relations homosexuelles autant qu’hétérosexuelles, notamment de la part du cruel Domitien qui n’hésite pas à jouer avec ses conquêtes.

Des personnages fascinants

Statue de l’empereur Domitien (Wikipédia)

J’ai également apprécié le fait que cette galaxie de personnages présente des figures fascinantes, aucune ne pouvant être banalement rangée du côté des « gentils » ou des « méchants ». Tous ont fait de l’adage machiavélien, « La fin justifie les moyens », leur devise.

Nous avons donc un Domitien, perturbé, délicat, subtil, extrêmement cruel et vicieux, magnifiquement incarné par Jojo Macari. Nous avons aussi le gérant des paris sportifs, Tenax, un arriviste et un ambitieux, mais finalement capable de bonté et de tendresse, interprété par Iwan Rheon. La patricienne Antonia, complotiste et intrigante, est superbement incarnée par Gabriella Pession. La fratrie de palefreniers venus faire concourir leurs chevaux blancs est composée d’acteurs magnifiques. L’éphèbe de Domitien a la beauté d’un ange. Mention spéciale à l’actrice franco-portugaise Sara Martins, que vous connaissez peut-être pour son rôle dans la série Meurtres au paradis, et qui interprète la courageuse Cala, la mère de trois enfants dispersés et vendus en esclavage.

*

Je vous recommande donc cette série en dix épisodes diffusée cet été sur Amazon Prime. Je regrette simplement que son titre n’ait pas été traduit en français. Il n’eût pas été bien difficile d’intituler la série Ceux qui vont mourir, ou même de récupérer le participe futur latin Morituri, pour faire encore plus court. Vous verrez que chaque épisode donne envie de regarder le suivant.

Si vous avez vu la série, qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à donner votre point de vue, positif ou négatif, sur cette série.


L’image d’en-tête, trouvée sur Wikipédia, est une photographie qui montre une partie d’une maquette de la Rome antique, centrée sur le Circus Maximus. Ce plan en relief a été réalisé par Paul Bigot au XXe siècle. Quant à la photographie elle-même, elle a été prise par Pascal Radigue et déposée sur Wikipédia sous licence Creative Commons.

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2 commentaires sur « Morituri »

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