Amis poètes et amateurs de poésie, réjouissez-vous, puisqu’un nouveau lieu culturel et convivial est né à Nice, le Bistrot Poète, rue Tonduti de l’Escarène. Plusieurs manifestations intéressantes y auront lieu en ce mois de septembre. Hier après-midi, j’ai ainsi assisté à la lecture-dédicace du livre de mon ami Ariel Tonello. Un livre que j’ai beaucoup aimé, et qui nous fait voyager bien plus loin qu’on l’imagine…
Ariel, mon ami poète

Ariel Tonello est né à Buenos Aires en 1988. Poète, professeur de langues vivantes (anglais, espagnol), enseignant dans des collèges et des instituts supérieurs privés, il a publié aux éditions Maïa, avec Marcel « Fotocello », un livre de poésie intitulé Les monstres sous le lit. Membre du PoëtBuro, il participe à l’organisation du festival Poët Poët qui a lieu chaque année dans le sillage du Printemps des Poètes. Il est également sportif, et a participé à plusieurs compétitions de triathlon. C’est ainsi que, passionné de course et de natation, il a découvert cette troisième discipline qu’est le vélo. Grâce à une amie, il a voulu relever le défi des trajets longs à vélo. Son livre est ainsi centré sur un voyage à vélo de Nice à Clermont-Ferrand.
Ce livre s’est d’abord intitulé Nice Clermont-Ferrand 2021. Ce premier titre, sans doute pas assez vendeur, dit assez l’originalité de cet ouvrage tout entier centré sur un voyage qui est en même temps un exploit sportif. Si le thème du voyage est courant en poésie, il est ici traité avec une grande originalité par Ariel Tonello. Je ne connais que Jacques Réda qui ait fait du vélo un élément essentiel de sa poésie, mais ce dernier se promène plus qu’il ne voyage, redécouvrant par ce biais Paris et sa banlieue. Le projet d’Ariel est tout autre.
Un voyage initiatique

Comme tout voyage, il s’agit autant de s’ouvrir vers l’extérieur que de se redécouvrir soi-même. « Je pars surtout / Pour franchir mes limites / Pour apprivoiser mes peurs / Pour nourrir la bête vorace / Qui demeure insatiable / Au creux /// de mes enfers ». Il y a, dans ce voyage à vélo, une essentielle notion de dépassement de soi, de confrontation avec les limites du corps, mais aussi celles de l’esprit. Ariel évoque beaucoup les « monstres », les « vampires », les « ombres », les « fantômes », que l’on lit comme des métaphores d’un tourment intérieur. Le poète évoque ces angoisses tout en restant très pudique à leur endroit. « Ainsi la plus grande terreur / Je l’ai laissée sous le matelas // À la maison. »
Le surnaturel côtoie ainsi le quotidien de façon fluide. Je me suis d’ailleurs demandé s’il n’y avait pas là une influence du réalisme magique, ce courant littéraire très vivant en Amérique du Sud. Les remarques volontairement prosaïques, sur les nécessités du voyage, le besoin de se repérer, l’oubli des clefs, côtoient ainsi des conversations avec le vent, « la musique des esprits ». Le monde apparaît comme une vivante symphonie agencée par un mystérieux « chef d’orchestre ». Le poète respire la nature à pleins poumons, et vit des moments d’harmonie et de plénitude autant que de souffrance physique, quand le dénivelé et le mauvais temps se combinent pour compliquer la route. Les références mythologiques font ainsi de ce voyage une Odyssée.
Une Odyssée, avec ses épreuves et ses joies
Cet itinéraire initiatique comprend des moments de doute où le poète se retrouve « complètement dépossédé », qui se lisent comme des épreuves sans doute nécessaires. Le Vent apparaît comme un adjuvant, un guide dans cette initiation. Leur conversation en anglais y ajoute une aura de mystère. L’épreuve est presque méditative, et c’est en acceptant de lâcher prise, de se laisser traverser par le vent, que le poète obtient le droit de passer et de poursuivre sa route. Le voyage sportif est en même temps une quête spirituelle.
Après les épreuves de l’eau et du vent, le poète intitule « Feu dans la forêt » l’avant-dernière section de ce livre riche en symboles. La forêt est pleine de sirènes, comme autant de tentations de recréantise. Mais le poète ne perd pas de vue son objectif final, et malgré cette ultime épreuve du feu, la présence d’un voleur, il parvient à Clermont-Ferrand, qui devient sous sa plume rien moins que le centre de l’Univers…

Les images oniriques de « Fotocello »
Ce livre à quatre mains s’accompagne de magnifiques montages photographiques de « Fotocello », qui ne sont pas de simples illustrations mais bien un pendant visuel et artistique au texte. C’est pourquoi les deux noms d’Ariel et de Fotocello apparaissent sur un pied d’égalité sur la couverture. Ces images oniriques empruntent à la tradition du « shibari », l’art japonais du ligotage. Cet art est proche, en pratique, de ce que l’on nomme en Occident le « bondage », c’est-à-dire le recours au ligotage comme fantasme érotique. Mais s’y ajoute une dimension artistique, voire spirituelle : selon Fotocello, la personne ligotée, placée dans l’impossibilité de bouger, est contrainte à un lâcher-prise qui évoque la pratique de la méditation. Les images de Fotocello utilisent le shibari comme métaphores des étapes de ce voyage initiatique. Les montages ont un aspect onirique qui transcende la dimension sensuelle et font du shibari un art du beau.
☆
Je ne peux conclure autrement qu’en vous invitant à découvrir ce livre plein de beauté, de mystères et d’enseignements. Puisse-t-il vous faire voyager, vous aussi, à la découverte de l’univers symbolique d’Ariel, en même temps qu’à la redécouverte de vous-mêmes…




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😉
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Bravo Ariel ! J’ai adoré ton livre !
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