La citation du jour est d’Eve-Line Berthod, invitée des Journées Poët Poët de l’an dernier (édition 2024), et autrice d’un magnifique livre sur l’absence, dont voici quelques vers situés plutôt vers la fin du recueil.
« sur son front
les saillies racornies
d’une averse
d’un pardon
ses doigts
défont patiemment
le nœud des nuages
au-dessus de sa tête
passent des songes
l’échancrure du ciel
rafistolée par ses mains
froisser un à un
les plis de sa robe grise
chanson
c’est peut-être
le même silence
la même chute
des vrilles
des grappes
le même vertige
la même fin
un coin du ciel se plie
pique son front
dressé sous la lumière »
Eve-Line Berthod, Ce qui reste, Editions Empreintes, Chavannes-près-Renens, Suisse, 2022.
Eve-Line Berthod, née en 1982, est une poète suisse francophone. Professeur dans l’enseignement secondaire, rédactrice à la revue La Cinquième Saison, elle a publié en 2022 un premier recueil, Ce qui reste, qui évoque pudiquement l’absence à travers les maigres traces qui demeurent. Ce livre très émouvant ne compte que quelques vers par page : il faut imaginer que la citation ci-dessus apparaît en réalité sur six pages dans le livre imprimé. Cette rareté de la parole, ces larges espaces blancs, ne confèrent que plus de poids aux mots, lestés de silence.
J’ai été très heureux de rencontrer Eve-Line lors des Journées Poët Poët 2024, où elle a participé à des lectures « Grâce à la mer », sur le quai Rauba Capéu, à Nice, avant de prendre la route pour Saorge, où s’est déroulée une magnifique « Journée en Pouasie » dans le sublime écrin du monastère. À quelques semaines de l’édition 2025, j’avais envie de rappeler le souvenir de ces beaux moments.

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