Né en 1990 à Calcutta, Sonnet Mondal est l’une des grandes voix de la poésie indienne d’aujourd’hui. Sa participation à de nombreux festivals, ses publications dans de nombreux pays en plusieurs langues, font rayonner sa poésie tout autour du monde… et jusqu’à Nice et Saorge, puisqu’il était récemment l’invité d’honneur des Journées Poët Poët 2025. Il a publié notamment Karmic Chanting et An Afternoon in My Mind, et ses poèmes figurent régulièrement dans des revues internationales prestigieuses. Aujourd’hui, je vous présente un poème qu’il a tout récemment partagé sur les réseaux sociaux, dans une traduction personnelle.
LENGTH OF MY LIFE
Day always rises
from those rice fields
in front of the house where I was born
and evening too spreads out from there.
They are lodged at some point
between earth and sky.
I have been running for years
to reach this point, but the distance
seems to be my life.
LA LONGUEUR DE MA VIE
Le jour se lève toujours
au-dessus de ces champs de riz
devant la maison de ma naissance
et le soir aussi se déploie à partir de là.
Ils sont renfermés en quelque point
situé entre terre et ciel.
J'ai couru pendant des années
pour atteindre ce point, mais la distance
semble celle de ma vie elle-même.
Sonnet Mondal donne à lire une poésie de l’origine, qui s’ancre dans un lieu fondateur. Le poème s’ouvre sur une double référence au jour et au soir qui naissent et s’épanouissent depuis les rizières, en un lieu précis et intime : « devant la maison où je suis né ». Il y a ici une volonté de retour aux racines, à un paysage familier, rural et symboliquement nourricier. Ce décor devient le point de départ d’un itinéraire existentiel, une sorte d’alpha poétique autour duquel gravitent les sensations du poète. Mais ce lieu, aussi réel soit-il, se mue peu à peu en un espace de mémoire : on ne sait pas s’il est encore accessible ou s’il n’existe plus que dans le souvenir. La simplicité des images (le jour qui se lève, le soir qui tombe) suggère une cyclicité rassurante, presque cosmique, qui contraste avec l’errance évoquée par la suite.
La géographie intérieure du poète se situe ainsi, symboliquement, entre ciel et terre. « They reside somewhere / between the earth and the sky. » Le pronom « they » (« ils ») fait référence, en effet, au couple du ciel et de la terre, évoqué plus haut. Le jour et le soir apparaissent comme deux présences insaisissables. Ils n’existent pas seulement dans la réalité physique mais dans une zone de flottement, entre le haut et le bas, entre matière et spiritualité. Ce « quelque part » désigne un entre-deux poétique, peut-être même une métaphore de l’existence humaine elle-même, suspendue entre sol et infini. Ce vers introduit une dimension métaphysique : le poète ne cherche pas seulement à retrouver un lieu géographique, mais un état d’être, un équilibre fragile entre enracinement (la terre) et aspiration (le ciel). On peut y lire une forme de quête intérieure, une volonté de retrouver une harmonie perdue.
La vie apparaît en somme comme un mouvement inachevé. La dernière strophe condense le drame du poème : « Cela fait des années que je cours / pour atteindre ce point, mais la distance / semble être celle de ma vie elle-même. » Ici, le poète fait de sa vie une course, un chemin sans fin vers ce « point » — qu’on peut comprendre comme l’union rêvée des deux moments du jour, ou comme un lieu d’accomplissement personnel. Pourtant, cet objectif reste hors de portée, toujours différé. La distance, au lieu de s’effacer, devient l’essence même de l’existence. Ce paradoxe donne toute sa force au poème : la vie ne serait pas ce qu’on atteint, mais ce qu’on traverse. Il s’agit d’un sentiment à la fois très moderne et sans doute également universel, où le poète refuse toute illusion d’arrivée ou de repos. Son regard est lucide, mais non dénué de douceur. On sent dans ce poème une acceptation subtile du mouvement, de l’inachèvement, qui n’est pas nécessairement tragique mais profondément humain.
En quelques vers très sobres, Sonnet Mondal condense une métaphysique poétique de l’existence, mêlant le souvenir d’un lieu d’enfance à une quête inlassable de sens. Le poème oscille entre ancrage et élévation, intimité et universalité, course et contemplation. Il dit la fragilité de l’homme, sa nostalgie, mais aussi sa capacité à transformer la fuite du temps en une forme de beauté. Si ce poème vous a plu, je vous invite à consulter son très beau recueil Karmic Chanting, dont il faudra que je vous reparle à l’occasion…




En savoir plus sur Littérature Portes Ouvertes
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Minimaliste, néanmoins éloquent. Quelque chose passe (et se passe).
La traduction du dernier verset me semble compliquée. Pas sûr qu’une traduction littérale convienne ici.
J’aimeAimé par 1 personne
Merci pour cet éclairage 😉
J’aimeJ’aime