Après avoir remis au goût du jour les célèbres sketches de l’émission Palace de Jean-Michel Ribes, après avoir modernisé la pièce Cuisine et dépendances d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, la troupe de théâtre de l’association Polychromes, dont je fais partie, prépare une version queer et engagée de La Belle et la Bête.
Un conte « féministe » ?
Le conte de La Belle est la Bête est déjà, en soi, très moderne et engagé. Il en existe deux versions, toutes deux dues à des autrices, ce qui est notable pour l’époque, où les femmes étaient très peu nombreuses à publier des livres. La version la plus connue, qui est aussi la plus courte, est celle de madame Leprince de Beaumont. C’est plutôt la version de Gabrielle de Villeneuve, plus longue et plus engagée, qui a retenu l’attention de Michaël Brice, le metteur en scène de la troupe.
J’aime beaucoup ce conte. Je l’ai enseigné à mes élèves, dans la version de Mme Leprince de Beaumont, à travers un album magnifiquement illustré par Anne Romby. Aussi, dans un précédent article de ce blog, en trouverez-vous toute une exploitation pédagogique, plutôt adaptée à des élèves de cycle 3. Et, dans un autre article, je remonte jusqu’à l’Antiquité, pour montrer que le conte trouve des sources dans L’Âne d’or d’Apulée, ainsi que dans le mythe d’Éros et Psyché.
C’est un conte « féministe » au sens où le personnage principal a un rôle actif. Ce n’est pas simplement une princesse qui attend d’être réveillée par un prince charmant. La Belle est celle qui sera capable de trouver de la bonté jusque dans l’hideuse Bête, et de permettre ainsi à cette dernière de conjurer le mauvais sort qui l’avait mis dans cet état. La Bête est en effet, au départ, un prince orgueilleux, imbu de lui-même, dépourvu d’empathie, puni par une Sorcière. Pour conjurer le mauvais sort, il devra se faire aimer d’une Belle au cœur pur. Il s’y prend, au départ, de manière très brutale, avant d’apprendre peu à peu la bonté, l’empathie, l’amour.
Ce conte résonne donc puissamment avec notre époque marquée par le mouvement Metoo. Il nous montre le passage de la pulsion animale à une gestion policée des sentiments. La Bête fait, en somme, l’apprentissage du consentement. Le conte nous montre que, en amour, il faut dépasser notre désir tout entier centré sur notre petite personne, pour réellement prendre en compte l’Autre. Une très belle leçon, universelle, mais qui résonne particulièrement avec notre temps.
Une version moderne et LGBT
La troupe de théâtre de l’association Polychromes, menée par Michaël Brice, s’est donc emparée de ce conte traditionnel, pour en proposer une version moderne et LGBT. Une version qui assume son goût pour la parodie, la caricature et l’excès, tout en proposant une intéressante relecture moderne de ce conte.
Ne vous attendez donc pas à des costumes d’époque, des robes de bal et des visages poudrés : la pièce est transposée dans notre XXIe siècle. En lieu et place d’un château de contes de fées, la pièce adopte pour décor un plateau TV : n’est-ce pas là, aujourd’hui, que convergent tous les regards ?
Notre « Bête » n’est donc pas un prince, mais un exécrable animateur de télévision, imbu de sa personne, méprisant envers autrui, et persuadé que l’univers gravite autour de lui. Il déchante lorsqu’il apprend la déprogrammation de son émission, et se retrouve défiguré par l’absorption d’un breuvage suspect. Ce n’est que grâce à la rencontre de Le Bel, figure androgyne et non-binaire, qu’il recouvrera son apparence humaine, non sans avoir fait l’apprentissage de l’amour véritable.
Représentations fin juin
Bien évidemment, je ne vous dis rien des détails de l’intrigue et des multiples surprises hilarantes que nous vous réservons. Je vous dis simplement que je joue le rôle d’un chanteur invité de l’émission, un personnage secondaire qui n’a pas de correspondant direct dans le conte originel, mais qui permet de faire un clin d’œil discret à la version de Disney qui est très musicale. Je trouve, pour ma part, que mon personnage évoque celui de Lumière dans le dessin animé, tout en étant très différent, et bien sûr très gay.
Je vous donne donc rendez-vous pour la fin du mois de juin, où trois représentations consécutives auront lieu au théâtre de l’Impasse, dans le Vieux-Nice. Ce sera le vendredi 27 juin à 19 h, le samedi 28 juin à 19 h et le dimanche 29 juin à 15 h.
En savoir plus sur Littérature Portes Ouvertes
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
Un commentaire sur « La Belle et la Bête, version queer et engagée, bientôt au théâtre »