Stonewall Ill

En ce « mois des fiertés », je vous propose aujourd’hui un nouveau poème extrait de mon recueil Du Néon aux Étoiles. L’une de ses sections est consacrée à la nécessaire mémoire de l’Histoire des luttes LGBT. En voici un épisode.

Cela se passe à New York, dans le quartier
De Greenwich Village, où, depuis la guerre
Se sont installés de nombreux anciens militaires,
Et parmi eux, une bonne quantité de gays.

Cela se passe au Stonewall Ill, un bar mal famé
Tenu par la mafia, où se retrouvent les marginaux,
Les sans-abris, les travestis, les prostitués, les camés,
Seul lieu où il était possible de se retrouver pour les homos.

Quelques années plus tôt, un arrêté du maire
Avait imposé la fermeture de ce genre de repaires
Interdit la vente d’alcool et la danse entre homosexuels
Afin, selon lui, de donner de la ville une image plus belle.

Mais le bar de Stonewall, lui, continuait à exister,
Car les tenanciers étaient généralement prévenus
Des descentes de police, et ainsi résistait
À la répression, malgré quelques déconvenues.

Le 28 juin 1869, un samedi soir,
Les policiers arrivèrent bien plus tard
Qu’à l’habitude, et commencèrent à contrôler
Les clients, pour les plus rebelles engeôler.

La règle était simple : ceux qui avaient des papiers
En règle pouvaient partir, en revanche les employés
Et tous ceux qui n’étaient pas normalement habillés
Se faisaient interpeller et menotter sans plus de formalités.

Mais une femme lesbienne, vêtue comme un garçon,
Refusait de se laisser entraîner dans le camion,
Malgré ses menottes, elle se débattait, hurlait,
Vociférait, et commença à héler ses compagnons.

“Mais faites quelques chose, les gars !”
Et les spectateurs involontaires de cette arrestation
D’abord passifs, hébétés, immobiles, qui se tenaient là,
Laissèrent parler leur colère et leur indignation.

Il n’était plus question de se laisser faire.
Et très vite, assiégés les policiers se retrouvèrent.
Quatre cents agents en renfort arrivèrent,
Mais tous les habitants du quartier s’y opposèrent.

Pendant cinq jours se poursuivirent les émeutes,
Où la police ne parvint pas à disperser la meute,
Preuve que, malgré les différences d’âge, de condition,
De revenus, d’origines, de races et d’opinions,

Une communauté unifiée s’est spontanément formée,
Afin d’affirmer haut et fort qu’il n’était plus question,
Que l’on soit méprisé, jugé, arrêté, discriminé,
Pour son apparence, son identité ou son orientation.

L’année suivante, le 28 juin, plusieurs manifestations
Commémorèrent l’anniversaire des émeutes de Stonewall,
Et depuis, chaque année, au début de l’été,
Nous marchons pour proclamer notre fierté.

Mercredi 30 octobre 2024
Gabriel Grossi

Du Néon aux Etoiles est un voyage poétique et coloré, partant du constat de la violence homophobe, toujours bien présente aujourd’hui, pour aller ensuite vers des cieux plus sereins. Le recueil parcourt l’ensemble des couleurs de l’arc-en-ciel, afin d’explorer les multiples facettes de nos amours plurielles. De la tristesse à la joie, de la solitude à la fraternité, de la haine à l’amour, vous passerez par le spectre de toutes les émotions humaines. Un hommage à la différence sous toutes ses formes, qui n’oublie pas la joie, l’humour et la fête !

Du Néon aux Etoiles, deuxième recueil de Gabriel Grossi, est disponible sur Amazon : https://www.amazon.fr/dp/2958574334


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