Norbert Paganelli, né en 1954 à Tunis, docteur en sciences politiques, est le Président de la Maison de Poésie de Corse. Il écrit depuis de nombreuses années une poésie en langue corse, qui paraît généralement en langue bilingue. Son seizième recueil, Cette eau sans maître, dont le titre n’est pas sans faire référence à René Char, est paru cette année. Je lui consacre la « citation du dimanche », avec le poème de la page 27.
LE JOUR QUI VIENT
On t’a dit que demain sera demain
Et qu’hier est derrière nous
On ne t’a pas dit grand-chose sur aujourd’hui
Peut-être que ce jour est fait d’hier
Qui pèse tant et plus
Peut-être aussi qu’il est plein de demain
Et c’est pour cela qu’on ne peut pas dire
On dit lorsque c’est différent
On dit lorsque c’est identique
On ne dit pas trop lorsque tout se mélange
Peut-être est-ce trop compliqué
Peut-être que les mots sont faits pour distinguer
Ne sont pas trop utiles dès que tout se mêle
On pourrait dire que demain sera fait d’aujourd’hui
D’hier et d’avant-hier
Des jours très anciens et de toutes les nuits qui viendront
Nuits sans sommeil et nuits où le songe est roi
Ils feraient mieux de ne rien dire
Ceux qui veulent en parler
Ils feraient mieux de se taire
Comme ils le font pour le temps présent
Norbert PAGANELLI, Cette eau sans maître, Jacques André Editeur, coll. « Poésie XXI », 2025, p. 27.
Ce poème m’a touché par la réflexion sur le temps qu’il développe, en nous invitant à méditer à notre tour sur cet impalpable, cet indicible, qu’est le temps qui passe. Le mouvement du temps a certes quelque chose d’inexorable, mais Norbert Paganelli nous montre que cela n’a rien de tragique, puisque chaque moment — passé, présent et futur — est contenu dans les deux autres. Disant cela, Norbert Paganelli nous fait toucher du doigt à la fois l’impermanence et l’éternité. Aussi le poème a-t-il quelque chose de profondément serein, parvenant à l’essentiel en quelques mots simples. Il suffit de peu de vers à Norbert Paganelli pour balayer toutes nos inquiétudes, tous nos tracas, toutes nos angoisses, et pour nous transporter dans une dimension autre, où le temps cesse d’être un problème, où la vie ne s’oppose plus à la mort, et où le silence vient couronner l’apaisement.
Si j’ai choisi ce poème, c’est aussi parce que, à l’image des autres poèmes du recueil, s’il trouve dans la terre corse et dans la langue corse son inspiration, il s’arrime d’emblée dans l’universel. Faire de la poésie corse, ce n’est pas s’enfermer dans des clichés de poète régional. Les beautés de l’île ne sont plus à prouver, il n’est plus nécessaire de les présenter. La langue corse montre ici sa capacité à évoquer bien au-delà que les réalités insulaires, et témoigne de sa vocation universelle.
Pour toutes ces raisons, je ne saurais que trop vous inviter à lire le très beau recueil de Norbert Paganelli, que je remercie de m’avoir adressé cet ouvrage.
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Bonjour Gabriel,
J’ai beaucoup aimé le poème de Norbert Paganelli. Mais je m’interroge sur le 2ème vers de la strophe 2 : « Qui pèse tant est plus ». Ne devrait-on pas écrire « Qui pèse tant et plus » ?
Merci de m’éclairer.
Sylvie Tiffet
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Évidemment. Je vais faire la correction tout de suite. Merci beaucoup pour votre vigilance.
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