Pour mon voyage de noces, j’ai voulu faire un voyage atypique. Partir en voiture pour explorer les Balkans. Un voyage culturellement très riche, qui m’a permis de découvrir des pans d’Histoire méconnus, à travers des paysages magnifiques. Je ne ferai pas ici le récit chronologique de ce voyage : ce n’est pas le lieu. Mais en revanche je veux présenter ce pan d’Europe qui gagnerait à être mieux connu…
Cette chaîne de montagnes du sud-est de l’Europe est un véritable carrefour où se rencontrent les mondes latin, slave, byzantin et ottoman. Les Balkans, aux paysages très variés, nous font passer d’un monde à l’autre, d’un univers à l’autre, en un instant. C’est précisément cette superposition de cultures qui m’a fasciné tout au long de mon road-trip. En quelques centaines de kilomètres, les langues changent, les alphabets aussi, les clochers cèdent la place aux minarets, puis réapparaissent quelques rues plus loin. Rarement une région d’Europe donne avec autant d’évidence le sentiment de traverser des siècles d’histoire en quelques heures de route.
Sommaire
- Un peu de géographie
- Une région, des siècles d’histoire
- Les Balkans avant les Romains
- Les Balkans dans l’Empire romain
- Les Balkans entre Occident et Orient
- Catholiques et orthodoxes : une même foi, des traditions différentes
- À partir du Moyen Âge, l’influence de Venise sur l’Adriatique
- L’influence ottomane dans les Balkans
- L’influence austro-hongroise
- Le Pont Latin de Sarajevo et le déclenchement de la première Guerre mondiale
- La Yougoslavie entre les deux guerres
- La Yougoslavie communiste
- L’éclatement de la Yougoslavie
Un peu de géographie
Le territoire exploré correspond grosso modo à celui de l’ancienne Yougoslavie. Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Albanie, Macédoine, Kosovo et Serbie, tels sont les nombreux petits pays que j’ai traversés en quelques jours.
Une longue chaîne de montagnes
Il s’agit donc de paysages montagneux. Même lorsque nous pouvons prendre l’autoroute, celle-ci est souvent sinueuse et pentue, traversant d’immenses territoires parfois quasiment vides de toute construction. Les paysages changent très vite. Je comprends pourquoi les Balkans ont donné naissance à l’adjectif « balkanisé », qui désigne un espace fragmenté, très compartimenté, très cloisonné, à l’image de ces montagnes abruptes. Nous avons vu des altitudes où il n’y a plus de végétation, et où l’autoroute se promène sur les crètes au-dessus du vide, des zones au contraire très boisées, des espaces très verts et d’autres plus arides. Nous avons eu des températures estivales mais pas étouffantes, qui diminuent bien sûr avec l’altitude. Notre périple nous a fait longer l’Adriatique du nord au sud, de la Slovénie à l’Albanie, puis remonter vers le nord plus à l’intérieur des terres. Notre point de départ : le Frioul italien, où habite la famille de mon compagnon.
Des paysages naturels très variés

L’un des aspects les plus marquants de notre road-trip a été l’extraordinaire diversité des paysages traversés. En Slovénie, nous avons découvert l’une des impressionnantes grottes karstiques, véritables cathédrales souterraines façonnées par l’eau pendant des millions d’années : non pas l’immense grotte de Postojna, que j’avais déjà visitée lors d’un précédent voyage, non pas la grotte de Škocjan que j’avais prévu de visiter mais où tous les créneaux étaient complets, mais la grotte de Divaška, un peu plus petite, certes, mais offrant une visite incroyable, dans des salles très vastes. Les concrétions elles-mêmes n’offrent pas une grande diversité, mais c’est la dimension des espaces souterrains qui m’a impressionné.

Le lendemain, les chutes de Krka nous offrirent un spectacle d’une tout autre nature. Ici, l’eau est partout : elle se divise en une multitude de cascades qui dévalent des barrières naturelles de travertin avant de se rejoindre dans des bassins aux reflets turquoise et émeraude. Les passerelles en bois permettent de progresser au plus près des chutes, au milieu d’une végétation méditerranéenne particulièrement luxuriante où se mêlent roseaux, saules, peupliers et forêts de chênes. Le bruit incessant de l’eau, la fraîcheur qui se dégage des cascades et la richesse de la faune et de la flore confèrent au parc une atmosphère paisible, très différente des paysages karstiques découverts la veille. Cette harmonie entre l’eau, la pierre et la végétation fait du parc national de Krka l’un des plus beaux espaces naturels de Croatie.
Le littoral de l’Adriatique, avec ses villages de pierre, ses criques et ses eaux d’un bleu profond, a ensuite laissé place au décor spectaculaire des bouches de Kotor, où la mer s’enfonce au cœur de montagnes abruptes. Elles offrent un paysage naturel spectaculaire où la mer Adriatique s’enfonce profondément dans les terres en dessinant une succession de baies étroites reliées entre elles par de minces passages. Souvent comparé à un fjord, ce site est en réalité un ancien canyon fluvial envahi par la mer à la fin de la dernière période glaciaire, lorsque le niveau des océans est remonté. Les eaux, d’un calme presque parfait, reflètent les montagnes calcaires qui s’élèvent brutalement jusqu’à plus de 1 000 mètres d’altitude, créant un contraste saisissant entre la surface lisse de la mer et les parois rocheuses escarpées. Les versants, couverts d’une végétation méditerranéenne mêlée de maquis, de chênes verts et de cyprès, plongent parfois directement dans l’eau. À mesure que l’on progresse vers l’intérieur des bouches, le paysage devient plus resserré, donnant l’impression que la montagne et la mer se rejoignent. Cette combinaison exceptionnelle de reliefs, de lumière et de reflets fait des bouches de Kotor l’un des plus remarquables paysages côtiers de toute la Méditerranée.

En poursuivant notre route vers l’intérieur des Balkans, les reliefs sont devenus plus sauvages : montagnes boisées, vallées encaissées, hauts plateaux et routes sinueuses ont remplacé les stations balnéaires de la côte. Les paysages se sont succédé sans jamais se ressembler, passant des rivages maritimes aux massifs montagneux, des lacs aux plaines agricoles, des gorges profondes aux grandes villes historiques. Cette variété, concentrée sur quelques centaines de kilomètres seulement, donne le sentiment de traverser plusieurs pays, mais aussi plusieurs mondes naturels, chacun possédant sa propre identité.
De nombreuses frontières

Politiquement, on distingue les pays membres de l’UE : Italie, Slovénie, Croatie, et les pays non membres : Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Albanie, Kosovo et Serbie.
Au cours de ce road-trip, nous avons franchi de nombreuses frontières. Entre l’Italie, la Slovénie et la Croatie, membres de l’espace Schengen, les passages se font sans aucun contrôle : un simple panneau indique que l’on change de pays. En revanche, dès que l’on quitte Schengen – vers le Monténégro, l’Albanie, la Macédoine du Nord, le Kosovo, la Serbie ou la Bosnie-Herzégovine –, les postes-frontières réapparaissent. Il faut présenter sa carte d’identité ou son passeport, parfois patienter dans une file de voitures et répondre à quelques questions. Les contrôles ont été généralement rapides, sauf lors du retour dans l’UE, mais ils rappellent concrètement que les frontières demeurent une réalité bien tangible dans cette partie de l’Europe. En quelques jours, nous sommes ainsi passés de frontières presque invisibles à d’autres où l’on ressent pleinement le franchissement d’un État à l’autre.

D’une monnaie à l’autre
Du point de vue de la monnaie, l’Italie, la Slovénie et la Croatie utilisent naturellement l’euro, qui est également employé de facto dans les autres pays, même s’il n’en est pas la monnaie officielle et même s’il n’est pas accepté partout. En revanche, l’Albanie possède le lek, la Macédoine du Nord le denar macédonien, la Serbie le dinar serbe et la Bosnie-Herzégovine le mark convertible. Dans les zones touristiques, l’euro est souvent accepté, mais ce n’est pas une règle. Au cours de notre voyage, nous avons ainsi dû retirer des denars en Macédoine du Nord et des marks convertibles en Bosnie-Herzégovine pour régler certains achats.
Un moyen de conversion simple en Bosnie est de considérer qu’un Euro vaut approximativement 2 BAM. En Macédoine, nous avons multiplié par soixante pour convertir les euros en denars.
Un patchwork de langues
Du point de vue linguistique, nous avons rencontré plusieurs familles de langues : romanes (italien), slaves (slovène, croate, macédonien, serbe, bosnien), et la langue albanaise, qui constitue à elle seule une branche à part entière. Toutes appartiennent à la grande famille indo-européenne, mais n’utilisent pas le même alphabet. On passe de l’alphabet latin, parfois orné de signes diacritiques particuliers (č, š, ë, đ…) à l’alphabet cyrillique, surtout connu pour écrire le russe.


Une grande richesse culturelle et historique
Ce qui frappe le plus dans les Balkans, c’est sans doute la densité de leur patrimoine. En quelques centaines de kilomètres, nous avons traversé des villes romaines, vénitiennes, byzantines, ottomanes et austro-hongroises. Le palais de Dioclétien à Split rappelle la puissance de l’Empire romain ; Perast et Kotor témoignent de l’influence de la République de Venise ; Prizren, Skopje et Sarajevo portent encore l’empreinte de plusieurs siècles de domination ottomane ; Zagreb évoque l’Europe centrale des Habsbourg. À cela s’ajoute l’histoire plus récente de la Yougoslavie et de son éclatement dans les années 1990, dont les traces sont encore visibles dans les paysages, les monuments et les mémoires. Rarement une région permet de parcourir plus de deux mille ans d’histoire européenne avec une telle continuité. Ce voyage m’a appris beaucoup de choses, et s’il m’a fait voyager dans l’espace, il m’a fait aussi voyager dans le temps. Ce que j’ai apprécié dans ce voyage, c’est son incroyable diversité.
Une région, des siècles d’histoire
Les Balkans avant les Romains
L’histoire des Balkans ne commence évidemment pas avec l’Empire romain. Dès la Préhistoire, la région est un important foyer de peuplement et de développement des premières sociétés agricoles d’Europe. Les archéologues y ont mis au jour certaines des plus anciennes traces de métallurgie du cuivre, ainsi que des cultures néolithiques particulièrement avancées, comme celle de Vinča, qui s’est développée il y a plus de 7 000 ans sur le territoire de l’actuelle Serbie.
À partir du IIᵉ millénaire avant notre ère, les Balkans sont occupés par de nombreux peuples, parmi lesquels les Illyriens sur la côte adriatique, les Thraces à l’est et les Daces plus au nord. Les Grecs fondent ensuite plusieurs colonies sur les rivages de la mer Adriatique et de la mer Noire, apportant avec eux leur langue, leur commerce et leur culture.
Bien avant l’arrivée des Romains, les Balkans constituent donc déjà un espace de contacts, d’échanges et de métissages entre les mondes méditerranéen, danubien et oriental. Cette diversité ancienne explique en partie la richesse culturelle qui caractérise encore aujourd’hui la région.
Les Balkans dans l’Empire romain
À partir du IIᵉ siècle avant J.-C., Rome entreprend la conquête des Balkans. Peu à peu, les royaumes et les peuples de la région sont intégrés à l’Empire. Les Balkans deviennent alors un territoire stratégique : ils relient l’Italie aux provinces orientales et constituent une frontière essentielle face aux peuples installés au-delà du Danube. Rome y construit des routes, des ponts, des villes et des fortifications, dont l’empreinte est encore visible aujourd’hui.
L’une des figures majeures de cette période est Dioclétien (vers 244-311). Né en Dalmatie, sur l’actuelle côte croate, il devient empereur en 284, à une époque où l’Empire romain est plongé dans une profonde crise : guerres civiles, invasions, difficultés économiques et instabilité politique se succèdent. Pour rétablir l’ordre, Dioclétien engage de vastes réformes administratives, militaires et fiscales. Son innovation la plus célèbre est la Tétrarchie : estimant qu’un seul homme ne peut plus gouverner un territoire aussi immense, il partage le pouvoir entre quatre empereurs. Deux « Augustes » dirigent l’Empire, chacun assisté d’un « César », appelé à lui succéder. L’objectif est de mieux défendre les frontières, de réagir plus rapidement aux crises et d’assurer une transmission du pouvoir plus stable.
Dioclétien est également connu pour avoir lancé, à partir de 303, la dernière et la plus importante persécution contre les chrétiens de l’Empire romain. Les autorités ordonnent la destruction de nombreuses églises, la remise des Écritures aux autorités et imposent des sacrifices aux dieux traditionnels de Rome. De nombreux chrétiens sont emprisonnés ou exécutés. Cette politique échoue toutefois à enrayer la progression du christianisme. Quelques années plus tard, l’empereur Constantin accordera la liberté de culte avec l’édit de Milan (313), avant que le christianisme ne devienne progressivement la religion dominante de l’Empire.
En 305, après vingt ans de règne, Dioclétien accomplit un geste presque sans précédent : il abdique volontairement. Il se retire dans le gigantesque palais qu’il a fait construire au bord de l’Adriatique, près de Salone, la capitale de la province romaine de Dalmatie. Pendant plusieurs années, ce palais accueille la cour impériale et constitue l’une des principales résidences du pouvoir romain. Split peut ainsi être considérée comme l’une des capitales de fait de l’Empire romain tardif.

Ce qui rend Split unique, c’est que ce palais n’est jamais tombé en ruine. Au fil des siècles, les habitants s’y sont installés, ont transformé les bâtiments et les ont intégrés à la ville. Aujourd’hui, le centre historique de Split se confond avec le palais de Dioclétien, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. On y circule entre les portes monumentales, le péristyle, les caves impériales, le mausolée de Dioclétien devenu la cathédrale Saint-Domnius, des maisons, des commerces et des terrasses de cafés. Peu de lieux permettent de ressentir avec autant de force la continuité entre l’Antiquité romaine et la ville contemporaine.

Fondée au tournant du IVᵉ siècle par l’empereur Dioclétien, Spalatum naît autour de l’immense palais qu’il fait construire sur la côte dalmate pour y passer sa retraite après son abdication en 305. À la chute de l’Empire romain d’Occident, ce palais devient un refuge pour les habitants de la cité voisine de Salona, détruite au VIIᵉ siècle lors des invasions slaves et avares. Peu à peu, les salles impériales, les temples et les galeries sont transformés en habitations, en ateliers et en églises, donnant naissance à une ville vivante à l’intérieur même des murs romains. Au fil des siècles, Split passe sous domination byzantine, croato-hongroise, puis vénitienne, ce qui enrichit son patrimoine d’influences romanes, gothiques et renaissantes. À partir du XIXᵉ siècle, la ville connaît un essor économique sous l’Empire austro-hongrois, avant d’intégrer successivement le royaume de Yougoslavie, la Yougoslavie socialiste puis, en 1991, la Croatie indépendante. Malgré ces bouleversements politiques, le cœur historique a conservé son extraordinaire continuité urbaine. Aujourd’hui, les cafés, boutiques et appartements occupent toujours les anciens appartements impériaux, les caves et les rues antiques. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, le palais de Dioclétien constitue l’un des ensembles romains les mieux préservés au monde. Split est ainsi un exemple remarquable d’une cité où près de dix-sept siècles d’histoire se sont superposés sans jamais interrompre la vie urbaine.
Les Balkans entre Occident et Orient
Après Dioclétien, les divisions administratives de l’Empire deviennent progressivement permanentes. En 395, à la mort de l’empereur Théodose Ier, l’Empire romain est déjà partagé entre deux entités : l’Occident, dont la capitale était Ravenne (en Italie), et l’Empire romain d’Orient, plus connu sous le nom d’Empire byzantin, dont la capitale est Constantinople (l’actuelle Istanbul).
En 476, le dernier empereur romain d’Occident, Romulus Augustule, est déposé par le chef germain Odoacre. Cet événement marque traditionnellement la fin de l’Empire romain d’Occident et le début du Moyen Âge en Europe occidentale.
Les Balkans occupent alors une position singulière : ils se trouvent à la frontière entre ces deux empires. La côte adriatique occidentale reste davantage tournée vers Rome, tandis que l’intérieur de la péninsule et les régions orientales subissent une influence croissante de Constantinople. Cette séparation n’est pas seulement politique : elle concerne aussi la langue (le latin à l’ouest, le grec à l’est), l’administration, la culture et, progressivement, la religion.
Cette fracture s’accentue au fil des siècles. En 1054, le Grand Schisme sépare définitivement les Églises d’Occident et d’Orient. Les catholiques reconnaissent l’autorité du pape de Rome, tandis que les orthodoxes se placent sous l’autorité de leurs patriarches.
Le plus beau témoignage de cette époque byzantine que nous avons vu est sans conteste le monastère de Gračanica, au Kosovo. Construit en 1321 par le roi serbe Stefan Milutin, il appartient à l’école dite serbo-byzantine, qui marie les traditions architecturales byzantines aux influences locales. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il est encore aujourd’hui un monastère orthodoxe en activité. Son plan en croix, ses cinq coupoles et ses remarquables fresques illustrent le rayonnement artistique de Byzance plusieurs siècles après la chute de Rome.

L’héritage byzantin ne se limite d’ailleurs pas aux monuments médiévaux. À Podgorica, nous avons visité la monumentale cathédrale de la Résurrection-du-Christ, consacrée en 2013. Bien qu’elle soit contemporaine, son architecture reprend les grands codes de l’art byzantin : coupoles, façades en pierre, vastes mosaïques et fresques couvrant l’intérieur. Elle témoigne de la vitalité actuelle de la tradition orthodoxe dans les Balkans et montre que l’héritage de Byzance n’appartient pas seulement au passé : il continue d’inspirer l’architecture religieuse du XXIᵉ siècle.

Catholiques et orthodoxes : une même foi, des traditions différentes
Pour un visiteur venu d’Europe occidentale, les églises orthodoxes peuvent sembler très proches des églises catholiques. Et pour cause : catholiques et orthodoxes partagent l’essentiel de la foi chrétienne. Ils reconnaissent les mêmes Évangiles, les principaux sacrements, la divinité du Christ, sa mort et sa résurrection, ainsi que les grands conciles des premiers siècles. Leur séparation ne tient donc pas à un désaccord fondamental sur le christianisme, mais à une divergence progressive qui aboutit au Grand Schisme de 1054.
Les différences portent surtout sur l’organisation de l’Église et sur certains points de doctrine. Les catholiques reconnaissent l’autorité universelle du pape, évêque de Rome. Les orthodoxes, eux, sont organisés en plusieurs Églises autonomes (grecque, serbe, roumaine, bulgare, etc.), dirigées par leurs propres patriarches ou archevêques, sans chef unique. Ils rejettent également l’ajout du Filioque au Credo latin, selon lequel le Saint-Esprit procède « du Père et du Fils », et n’acceptent pas plusieurs développements doctrinaux propres au catholicisme, comme le dogme de l’Immaculée Conception ou celui de l’infaillibilité pontificale.
Au quotidien, ces différences se traduisent surtout par des pratiques liturgiques particulières. Les offices orthodoxes sont généralement plus longs et très chantés, les fidèles restent souvent debout, les églises sont richement décorées d’icônes qui occupent une place centrale dans la prière, et l’iconostase – une cloison couverte d’images sacrées – sépare le sanctuaire de la nef. Les prêtres orthodoxes peuvent être mariés s’ils l’étaient avant leur ordination, contrairement aux prêtres catholiques de rite latin. Enfin, le signe de croix s’effectue de droite à gauche chez les orthodoxes, alors qu’il se fait de gauche à droite chez les catholiques. Malgré ces différences, les deux traditions demeurent très proches et conservent un héritage chrétien commun remontant aux premiers siècles de l’Église.

À partir du Moyen Âge, l’influence de Venise sur l’Adriatique

À partir du XIᵉ siècle, une nouvelle puissance s’impose progressivement sur les rives de l’Adriatique : la République de Venise. Grâce à sa formidable flotte marchande et militaire, la Sérénissime contrôle les principales routes maritimes reliant l’Orient à l’Europe occidentale. Pendant plusieurs siècles, elle étend son influence sur une grande partie de la côte dalmate, non pour conquérir un vaste territoire, mais pour sécuriser ses ports, protéger son commerce et affirmer sa domination sur l’Adriatique, qu’elle considère presque comme son « golfe ».
Cette influence est particulièrement visible dans plusieurs villes que nous avons visitées. Split, bien que fondée autour du palais de Dioclétien, passe sous domination vénitienne à partir du XVe siècle. Les palais, les façades de pierre, les loggias et l’organisation de la vieille ville témoignent encore de cette période de prospérité commerciale.

C’est toutefois dans les Bouches de Kotor que l’héritage vénitien est le plus spectaculaire. Kotor, qui se trouve aujourd’hui au Monténégro, appartient à la République de Venise de 1420 à 1797, sous le nom de Cattaro. Derrière ses impressionnantes murailles se déploie une cité médiévale où se mêlent influences romanes, gothiques et vénitiennes. Les palais des familles patriciennes, les places pavées, les ruelles étroites et la cathédrale Saint-Tryphon rappellent que la ville était l’un des ports les plus importants de la côte adriatique.
Quelques kilomètres plus loin, Perast offre également une image emblématique de la puissance maritime vénitienne. Cette petite ville, étonnamment riche pour sa taille, doit sa prospérité au commerce et à la navigation. Également située dans le « fjord » de Kotor, ses palais baroques, ses églises, son élégant front de mer et les îlots de Notre-Dame-du-Rocher et de Saint-Georges évoquent immédiatement la culture de la Sérénissime. Pendant des siècles, les capitaines de Perast ont servi dans la marine vénitienne, faisant de cette petite cité un symbole de la présence de Venise sur l’Adriatique. Dans le restaurant où nous avons dîné à Perast, une vaste carte murale en italien des Bouches de Kotor rappelait l’influence italienne dans cette région.

La disparition de la République de Venise en 1797 ne marque pas la fin de l’influence italienne sur l’Adriatique. Au XIXᵉ siècle, le mouvement de l’unification italienne (Risorgimento) fait naître l’idée des « terres irrédentes » (terre irredenti), c’est-à-dire des territoires considérés par les nationalistes italiens comme devant être rattachés au royaume d’Italie en raison de leur importante population italophone. Parmi eux figurent notamment l’Istrie, Trieste, Fiume (aujourd’hui Rijeka) et une partie de la Dalmatie. Au XXe siècle, le poète Gabriele D’Annunzio s’empare de Fiume sans mandat du royaume d’Italie, et y instaure un régime autoritaire qui sera considéré par les historiens comme un laboratoire du fascisme mussolinien.
L’influence ottomane dans les Balkans
Profitant de l’affaiblissement de l’Empire byzantin, une petite principauté musulmane, initialement dirigée par Osman (dont le nom est à l’origine du mot « ottoman »), va prendre de l’ampleur jusqu’à devenir un vaste empire contrôlant notamment une partie des Balkans. Sous les règnes d’Orhan, de Murad Ier puis de Bayezid Ier, les Ottomans franchissent les Dardanelles au milieu du XIVᵉ siècle et s’implantent durablement en Europe.
Cet héritage est omniprésent dans les lieux que nous avons visités. À Prizren, sans doute la plus belle ville du Kosovo, la mosquée Sinan Pacha domine toujours la vieille ville. Avec ses minarets, ses coupoles et ses fresques intérieures, elle a été construite en 1615 par Sofi Sinan Pasha, bey de Budim. Elle domine aujourd’hui la vieille ville, à proximité de la rivière et du pont de pierre, construit au XVe siècle.

À Skopje, capitale de la Macédoine du Nord, nous avons pu découvrir le contraste saisissant entre la vieille ville ottomane, avec son bazar très animé, et la ville moderne, aux larges avenues ensoleillées désertées par les piétons, où poussent de monumentaux édifices publics de style néo-classique. Notre hôtel était au cœur de la vieille ville, blotti dans un dédale de ruelles pavées où les maisons basses jouxtent les gratte-ciels, dans l’enchevêtrement des fils électriques. Au petit matin, on se réveille au chant du muezzin qui se répercute d’un quartier à l’autre, tandis que les premières échoppes du Grand Bazar soulèvent leurs grilles de fer. On flâne alors dans ce marché fondé à l’époque ottomane, l’un des plus vastes des Balkans, où se succèdent bijoutiers, tailleurs, artisans du cuir, ateliers de cuivre, cafés à la turque et pâtisseries au parfum de miel. En levant les yeux, on observe les flèches élancées des minarets qui percent le ciel, vestiges d’une présence musulmane pluriséculaire, et l’on se croirait presque à Istanbul, si ce n’est l’atmosphère beaucoup plus calme, presque provinciale, qui règne ici. Il suffit pourtant de franchir le pont de pierre sur le Vardar pour changer brutalement de décor : derrière les façades flambant neuves et les colonnades massives de la ville moderne, les statues géantes et les bâtiments néo-classiques dressent le décor d’une capitale en quête d’identité, offrant un contraste presque irréel avec le charme patiné de la vieille Skopje.




À Pristina, capitale du Kosovo, plusieurs mosquées ottomanes rappellent également cette période, témoignant de l’implantation durable de l’Empire ottoman dans la région. Leurs dômes couverts de plomb, leurs portiques à colonnes et leurs fontaines d’ablutions au centre des cours, souvent entourées de petits bazars, inscrivent ces édifices dans la vie quotidienne de la ville.
À Sarajevo, la vieille ville de Baščaršija, fondée au XVe siècle par le gouverneur Isa-Beg Ishaković comme cœur commercial d’une nouvelle cité ottomane, offre sans doute le plus bel ensemble urbain ottoman de toute l’ex-Yougoslavie. On y déambule dans un dédale de ruelles pavées bordées de petits magasins artisanaux, dans une atmosphère à la fois orientale et balkanique. Aujourd’hui encore, Baščaršija demeure le cœur culturel et touristique de Sarajevo, un lieu où se croisent fidèles se rendant à la prière, flâneurs, touristes, étudiants et artistes, et où l’héritage ottoman reste vivant dans l’architecture comme dans les gestes du quotidien.

Autre exemple d’architecture ottomane, le pont de Visegrad. Nichée dans la vallée de la Drina, Višegrad est une petite ville de l’est de la Bosnie-Herzégovine, marquée par la rencontre des influences ottomanes, serbes et austro-hongroises. Son principal joyau est le pont Mehmed-Pacha Sokolović, construit entre 1571 et 1577 par le grand architecte ottoman Mimar Sinan sur ordre du grand vizir originaire de la région. Avec ses onze arches de pierre enjambant la Drina, il est considéré comme l’un des plus beaux ouvrages d’art de l’Empire ottoman et est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007. Immortalisé par Ivo Andrić dans son roman Le Pont sur la Drina, prix Nobel de littérature en 1961, il est devenu le symbole de l’histoire mouvementée des Balkans. Aujourd’hui, le pont offre un panorama exceptionnel sur la rivière émeraude et demeure le cœur historique et culturel de Višegrad.

Plus largement, nous avons eu l’occasion de traverser en voiture des zones rurales en Serbie, où les villages de montagne peuvent tout à fait évoquer nos villages alpins, si ce n’est que le clocher de l’église est ici le minaret d’une mosquée. J’ai eu l’impression que les différentes religions vivent aujourd’hui dans une relative bonne entente ; je suppose que des tensions peuvent resurgir parfois, comme cela est normal, mais cette région des Balkans, très multi-confessionnelle, montre une coexistence somme toute assez paisible aujourd’hui.
L’influence austro-hongroise
À partir de la fin du XVIIᵉ siècle, l’Empire ottoman recule progressivement en Europe. Son principal rival, la monarchie des Habsbourg, étend alors son influence vers le sud-est. Après le compromis de 1867, qui donne naissance à l’Empire austro-hongrois, Vienne et Budapest dominent une grande partie de l’Europe centrale ainsi que plusieurs territoires balkaniques. Les Balkans deviennent dès lors un véritable espace de transition entre l’Europe centrale et l’Orient.
Cette rencontre de deux mondes est particulièrement visible dans les villes que nous avons traversées. Zagreb, aujourd’hui capitale de la Croatie, évoque immédiatement l’univers des Habsbourg : larges avenues, places monumentales, façades néoclassiques et Art nouveau, parcs soignés, tramways… L’atmosphère y rappelle davantage Vienne ou Budapest que les villes ottomanes rencontrées plus au sud. Un long temps d’attente à la douane nous a empêché de visiter amplement la capitale croate, mais celle-ci, à seulement trois heures de route de Cividale, pourra être visitée une autre fois…
Mais c’est incontestablement Sarajevo qui incarne le mieux ce « carrefour des civilisations ». Fondée et développée sous l’Empire ottoman, puis profondément modernisée par l’Autriche-Hongrie à partir de 1878, la ville réunit en quelques rues des héritages culturels et religieux exceptionnels. On y trouve des mosquées, des églises catholiques, des églises orthodoxes et des synagogues à quelques centaines de mètres les unes des autres. Cette proximité vaut à Sarajevo le surnom de « Jérusalem de l’Europe ». Cathédrale chrétienne, mosquée et vieille synagogue (aujourd’hui musée du judaïsme) sont construits à quelques mètres l’un de l’autre. Malheureusement, lors de notre passage, le musée était fermé, nous privant de la découverte d’un pan essentiel de cette histoire multiculturelle.


L’occupation austro-hongroise ajoute une nouvelle couche à cette mosaïque. De grands boulevards sont percés, des bâtiments administratifs sont édifiés, un tramway est inauguré – l’un des premiers d’Europe – et une architecture inspirée de Vienne fait son apparition. Pourtant, quelques minutes de marche suffisent pour retrouver les ruelles de Baščaršija, les bazars, les caravansérails et les minarets hérités de l’époque ottomane. Peu de villes permettent de passer aussi naturellement d’une ambiance orientale à une avenue typiquement centre-européenne.
En parcourant Sarajevo, nous avons eu le sentiment de traverser plusieurs siècles d’histoire en une seule promenade. Cette extraordinaire diversité culturelle constitue sans doute l’une des plus grandes richesses des Balkans. Mais elle explique aussi pourquoi la région a souvent été convoitée par les grandes puissances européennes. À la veille du XXᵉ siècle, les aspirations nationales des Slaves du Sud se heurtent aux ambitions de l’Autriche-Hongrie. Cette tension fera bientôt des Balkans la célèbre «poudrière de l’Europe ».
Le Pont Latin de Sarajevo et le déclenchement de la première Guerre mondiale
Cette tension est particulièrement perceptible en Bosnie-Herzégovine. Après plusieurs siècles de domination ottomane, la province est occupée par l’Autriche-Hongrie à la suite du congrès de Berlin de 1878, avant d’être officiellement annexée en 1908. Cette décision est très mal accueillie par le royaume de Serbie et par de nombreux Slaves du Sud, qui rêvent de réunir dans un même État les populations serbes, croates, slovènes et bosniaques vivant sous domination austro-hongroise.

C’est dans ce climat extrêmement tendu que survient l’attentat du 28 juin 1914. Ce jour-là, l’archiduc François-Ferdinand, neveu de l’empereur François-Joseph et héritier du trône austro-hongrois, effectue une visite officielle à Sarajevo. Il est venu assister à des manœuvres militaires et afficher l’autorité de la Double Monarchie sur cette province récemment annexée. Le choix de la date est toutefois particulièrement maladroit : le 28 juin correspond au Vidovdan, une fête nationale serbe qui commémore la bataille du Kosovo de 1389, haut lieu de la mémoire et de l’identité serbes.
Parmi les spectateurs se trouve Gavrilo Princip, un jeune nationaliste bosno-serbe de dix-neuf ans, membre du mouvement Jeune Bosnie (Mlada Bosna), soutenu par des éléments de la société secrète serbe de la Main noire. Son objectif est de mettre fin à la domination austro-hongroise en Bosnie-Herzégovine et de favoriser l’union des Slaves du Sud au sein d’un même État. Après l’échec d’une première tentative d’attentat, le cortège impérial modifie son itinéraire. Par un concours de circonstances resté célèbre, la voiture de François-Ferdinand s’arrête presque devant le café où Princip se trouve. Il s’avance alors et tire deux coups de feu : l’un atteint mortellement l’archiduc, l’autre son épouse, la duchesse Sophie Chotek.
En visitant le pont Latin, nous nous sommes trouvés exactement sur les lieux de cet événement qui allait bouleverser l’histoire du monde. L’assassinat n’est pas, à lui seul, la cause de la Première Guerre mondiale. Les tensions entre les grandes puissances européennes étaient déjà extrêmement fortes. Mais il fournit à l’Autriche-Hongrie le prétexte pour adresser un ultimatum à la Serbie. En quelques semaines, le jeu des alliances entraîne successivement la Russie, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni dans un conflit d’une ampleur inédite. Un attentat commis dans une rue de Sarajevo vient ainsi précipiter l’Europe dans la Première Guerre mondiale.
La guerre bouleverse profondément la carte des Balkans. Les empires austro-hongrois et ottoman disparaissent, laissant place à de nouveaux États. En décembre 1918 est créé le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, qui réunit la Serbie, le Monténégro et la plupart des territoires slaves du Sud ayant appartenu à l’Autriche-Hongrie. Ce nouvel État prendra en 1929 le nom de Yougoslavie, littéralement « pays des Slaves du Sud ».
La Yougoslavie entre les deux guerres
Après la Première Guerre mondiale, le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes naît en 1918 de la volonté de rassembler les Slaves du Sud au sein d’un même État. En 1929, il prend le nom de Royaume de Yougoslavie (« pays des Slaves du Sud »). L’objectif est ambitieux, mais les difficultés sont nombreuses. Les différentes populations ne partagent ni la même histoire, ni la même religion, ni toujours les mêmes intérêts politiques. Les tensions entre Serbes, Croates et autres peuples de la fédération s’aggravent progressivement. Face à cette instabilité, le roi Alexandre Ier instaure en 1929 une dictature royale afin de renforcer l’unité du pays, sans parvenir à faire disparaître les rivalités nationales. En 1934, il est assassiné à Marseille lors d’une visite officielle. Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie apparaît comme un État encore jeune, fragile et profondément divisé, des fractures qui pèseront lourdement sur son histoire ultérieure.
La Yougoslavie communiste
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Yougoslavie devient une fédération socialiste dirigée par Josip Broz Tito. Composée de six républiques (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro et Macédoine) ainsi que de deux provinces autonomes au sein de la Serbie (le Kosovo et la Voïvodine), elle rassemble des peuples aux langues, religions et histoires très différentes. Le régime est autoritaire : le Parti communiste monopolise le pouvoir, les opposants sont réprimés et les libertés politiques sont limitées.
Toutefois, la Yougoslavie se distingue rapidement des autres pays communistes. En 1948, Tito rompt avec Staline et refuse de se soumettre à l’Union soviétique. Le pays suit alors une voie originale, fondée sur le « socialisme autogestionnaire », qui accorde davantage d’autonomie aux entreprises, et devient l’un des principaux fondateurs du Mouvement des non-alignés. Les Yougoslaves bénéficient également d’une plus grande liberté pour voyager vers l’Europe occidentale que les habitants du bloc de l’Est. À la mort de Tito, en 1980, les équilibres commencent toutefois à se fragiliser : la crise économique, les rivalités entre les républiques et la montée des nationalismes conduiront, une décennie plus tard, à l’éclatement de la Yougoslavie.
L’éclatement de la Yougoslavie
Après la mort de Tito en 1980, la Yougoslavie entre dans une période de profondes difficultés. La crise économique s’aggrave, le pouvoir fédéral s’affaiblit et les revendications nationales ressurgissent dans les différentes républiques. Dans ce contexte, le dirigeant serbe Slobodan Milošević développe un discours nationaliste visant à renforcer le rôle de la Serbie au sein de la fédération. La chute des régimes communistes en Europe de l’Est, à partir de 1989, accélère encore le processus. En 1991, la Slovénie et la Croatie proclament leur indépendance, bientôt suivies par la Macédoine puis par la Bosnie-Herzégovine. Les guerres qui s’ensuivent sont particulièrement meurtrières, notamment en Croatie et en Bosnie-Herzégovine, où les populations serbes, croates et bosniaques vivent souvent dans les mêmes villes et les mêmes villages.Le conflit bosnien (1992-1995) est le plus dramatique. Sarajevo subit un siège de près de quatre ans, le plus long de l’histoire contemporaine, au cours duquel la population est quotidiennement bombardée et prise pour cible par des tireurs embusqués. En juillet 1995, la ville de Srebrenica, pourtant déclarée « zone de sécurité » par les Nations unies, tombe aux mains des forces serbes de Bosnie commandées par Ratko Mladić. Plus de 8 000 hommes et adolescents bosniaques musulmans sont exécutés en quelques jours après avoir été séparés des femmes et des enfants. Ce massacre, reconnu comme un génocide par les juridictions internationales, constitue le plus grave crime commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
À la fin des années 1990, la crise se déplace au Kosovo, province majoritairement peuplée d’Albanais mais faisant alors partie de la Serbie. Les affrontements entre les forces serbes et la guérilla indépendantiste de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) s’intensifient. Les opérations de répression menées par les forces de Belgrade provoquent d’importants déplacements de population et de nombreuses exactions contre les civils. En 1999, après l’échec des négociations diplomatiques, l’OTAN lance une campagne de bombardements contre la République fédérale de Yougoslavie, sans mandat explicite du Conseil de sécurité de l’ONU. Au terme de soixante-dix-huit jours de frappes, les forces serbes se retirent du Kosovo, qui est placé sous administration des Nations unies avant de proclamer son indépendance en 2008. Celle-ci est aujourd’hui reconnue par une majorité d’États occidentaux, mais demeure contestée par la Serbie et plusieurs autres pays.
Au total, les guerres liées à l’éclatement de la Yougoslavie ont fait environ 140 000 morts, des millions de déplacés et de réfugiés, ainsi que des destructions considérables. En parcourant aujourd’hui la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro, le Kosovo et la Macédoine du Nord, il est difficile d’imaginer que ces frontières sont si récentes. Pourtant, les cimetières militaires et les mémoriaux rappellent que cette histoire appartient à un passé très proche.
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Aujourd’hui, les Balkans constituent un espace dynamique et en évolution. Ils tournent la page de la guerre et commencent à devenir des destinations touristiques. La Slovénie et la Croatie ont intégré tout à la fois l’Union européenne, l’espace Schengen et la zone Euro. Les autres pays sont des candidats à l’intégration européenne, plus ou moins avancés dans le processus.
Ce que ce voyage m’a montré, c’est que les Balkans ne sont pas une périphérie de l’Europe. Carrefour historique entre les civilisations, ils sont au contraire au centre d’une histoire riche, mais peu étudiée à l’école française. Ce voyage m’a montré une autre Europe, multiculturelle et riche d’une belle diversité. J’ai beaucoup apprécié le fait de pouvoir voir en vrai des lieux chargés d’histoire dont je n’avais jusqu’alors qu’une connaissance livresque. Je ne prétends pas que cette semaine au cœur des Balkans m’a permis de tout connaître, loin de là, mais je pense qu’elle m’en a donné un bel aperçu.



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