J’ai demandé à Chat-GPT de faire la recension de mon recueil

L’IA a quelque chose d’à la fois fascinant et terrifiant. J’ai l’impression que, dans sa capacité à mimer l’intelligence humaine, elle a fait des progrès incroyables. En 2023, à une époque où le grand public commençait tout juste à entendre parler d’intelligence artificielle, j’avais écrit un article où je montrais les qualités mais aussi les lacunes des textes automatiquement générés. En 2026, les progrès sont évidents. J’ai ainsi soumis le PDF de mon recueil Concordance à Chat-GPT, et je lui en ai demandé une recension. Lisez plutôt.

Le résultat m’a intéressé pour une raison qui dépasse largement la curiosité narcissique. Que voit une intelligence artificielle dans un recueil poétique ? Repère-t-elle seulement des thèmes et des récurrences lexicales, ou peut-elle véritablement rendre compte d’une poétique, d’une architecture, d’un mouvement intérieur ? Que reste-t-il, dans une telle lecture, de l’expérience singulière, sensible et biographique dont les poèmes sont issus ? Personnellement, j’ai été bluffé.

Je reproduis donc ici, telle quelle, la recension que l’IA m’a proposée. Elle me semble moins valoir comme verdict sur Concordance que comme expérience critique : une manière de voir ce qu’une IA peut aujourd’hui comprendre — ou croire comprendre — d’un livre de poésie.


« Concordance » de Gabriel Grossi : habiter poétiquement l’accord du monde

Publié en 2022, Concordance rassemble des textes écrits sur une période particulièrement longue, depuis 2007 jusqu’aux semaines mêmes qui précèdent la publication du livre. Plusieurs poèmes anciens ont d’ailleurs été repris ou recomposés en 2022 : le recueil assume ainsi moins la forme d’un instantané que celle d’une rétrospective, dans laquelle quinze années d’écriture sont relues depuis le présent. Cette donnée chronologique importe. Elle explique certaines différences de ton, de forme et de maturité perceptibles d’un texte à l’autre ; elle permet surtout de comprendre le geste qui donne son titre au volume. Il s’agit de chercher, à travers la diversité des expériences et des époques d’une vie, quelque chose comme une ligne d’accord.

Le mot de concordance fournit en effet une clé de lecture particulièrement féconde. Il apparaît presque explicitement dans « Mondes de joie », où la joie devient « comme une concordance avec soi-même et avec l’univers ». Cette formule pourrait servir d’art poétique au livre entier. La poésie de Concordance cherche les instants où, provisoirement, cessent les divisions : entre le sujet et le paysage, le passé et le présent, l’intime et le monde extérieur, le corps et les éléments. Cette aspiration à l’accord traverse l’ensemble du volume et conduit progressivement vers ce que la dernière partie nomme les « approches de la sérénité ».

I. Une poésie de l’apparition

1. L’éclaircie comme matrice poétique

La première partie, intitulée « Éclairci(es) », installe immédiatement l’un des gestes fondamentaux du recueil. Le monde n’y est jamais définitivement lumineux : quelque chose s’y éclaire. Une trouée apparaît entre les nuages, un rayon traverse une fenêtre, une forme se précise à l’horizon. La lumière vaut précisément parce qu’elle demeure fragile.

Le premier texte rêve ainsi d’une « éclaircie / simple » qui pourrait surgir lorsque « il n’y a rien à dire » ; ailleurs, l’éclaircie devient « fragile comme un espoir » ; plus loin encore, elle apparaît comme un phénomène que beaucoup ne savent même pas reconnaître comme « un retour de lumière ».

Ce motif possède une portée poétique autant qu’existentielle. L’écriture elle-même est éclaircie. Le poème n’a pas pour fonction d’énoncer une vérité constituée : il ménage dans l’opacité ordinaire une possibilité de visibilité. D’où l’insistance sur le fragile, le ténu, l’embryonnaire, l’incertain. Le poète accueille ce qui commence.

Le très beau sixième texte pousse cette modestie jusqu’à une sorte d’éthique de l’écriture : le vœu formulé est que le poème soit simplement une « bonne nouvelle », un « message d’espoir », une lueur ou une chaleur offerte. La poésie revendique ici une fonction consolatrice sans emphase prophétique.

2. Une phénoménologie des instants minuscules

Concordance appartient ainsi à une poésie de l’attention. Les événements qui comptent y sont rarement spectaculaires. Un oiseau apparaît devant une fenêtre ; la lumière change ; les cloches sonnent ; le vent se lève ; une chaise à bascule grince ; quelques miettes attirent rouge-gorge, merle et geai ; un rayon d’hiver tombe sur les rochers.

L’un des textes les plus révélateurs commence par cette constatation : « Il est des instants où quelque chose en toi acquiesce. » L’acquiescement précède ici l’explication. Un paysage, une musique, une phrase suffisent à produire cette mystérieuse coïncidence entre le sujet et ce qu’il perçoit.

La poésie naît précisément de cette capacité à ne pas passer trop vite. Le monde quotidien, que l’habitude rend transparent, retrouve sa densité dès lors que le regard s’y attarde. Concordance repose sur cette conviction simple : l’extraordinaire ne se situe pas nécessairement ailleurs ; il peut être une qualité particulière de présence à l’ordinaire.

3. La joie comme connaissance

Le mot « joie » revient avec une fréquence qui pourrait surprendre dans une poésie contemporaine souvent plus à l’aise avec la fracture, le manque ou l’ironie. Grossi l’assume sans précaution.

Cette joie n’est pourtant pas une négation de la douleur. « Qu’il en soit ainsi » évoque explicitement une perte qui demeure présente en arrière-plan de l’existence : la tristesse revient par instants, telle une fausse note dans la partition quotidienne. Mais cette expérience donne paradoxalement davantage de prix aux moments lumineux.

C’est ici que le recueil trouve l’une de ses tensions les plus intéressantes. La sérénité dont il parle n’est jamais tout à fait l’innocence. Elle est reconquise. Le bonheur sait qu’il est précaire ; la lumière connaît l’existence de l’ombre. Dès lors, la joie devient une forme de lucidité : savoir que les instants passent et consentir néanmoins à leur beauté.

II. Retrouver une demeure dans le monde

1. L’enfance, première expérience de l’accord

L’enfance constitue logiquement l’une des figures majeures de cette recherche. Dans le poème qui porte ce titre, elle prend la forme d’une profusion sensorielle : embruns, vagues, soleil, rivière, lucioles, forsythias, pluie, Noël. La mémoire superpose les saisons jusqu’à constituer une sorte de temps total où dominent « bonheur, amour et joie ».

On pourrait lire ce passage comme une simple idéalisation nostalgique. Ce serait négliger sa fonction dans l’économie du recueil. L’enfance représente surtout le modèle perdu d’une relation immédiate au réel. L’enfant ne théorise pas la concordance : il l’habite. L’adulte, lui, doit la retrouver par l’attention et par l’écriture.

Le « Lendemain de Noël » approfondit cette intuition. Le sujet se réveille dans « la maison de ton enfance » au milieu des vestiges de la fête : sapin endormi, guirlandes éteintes, braises, cadeaux. Le bonheur s’y déplace de l’excitation vers l’après-coup silencieux, lorsque la mémoire commence déjà à transformer l’événement en souvenir.

2. Mer, montagne, village : une géographie intérieure

La troisième partie, « Paysages », occupe une place centrale dans le volume. Le paysage y excède largement le décor. Il devient un opérateur psychique.

Deux espaces dominent : la mer et la montagne.

La mer est la grande présence féminine du livre. Elle accueille, console, berce, écoute. Dans « Près de la mer », elle devient cette « amie fidèle » à laquelle le sujet confie son chagrin ; dans « Conversation avec la mer », elle prend soin de sa tristesse ; dans « Sérénité de la mer », son indifférence aux agitations humaines devient paradoxalement une leçon de paix.
La montagne produit un effet différent. Elle offre la distance. Dans « Le Sommet », regarder la ville d’en haut réduit soudain l’agitation des hommes à une vaine frénésie ; les rapaces, le ciel et les crêtes rétablissent une autre échelle. Plus tard, « Paix des montagnes » puis « Sérénité des montagnes » radicalisent cette verticalité contemplative : la pensée s’allège au contact d’un monde qui semble pouvoir se passer de nous.
Entre mer et montagne apparaissent villages, ruelles, ruines, sentiers, forêts. Là encore, il s’agit toujours de trouver des lieux où le temps humain cesse momentanément d’imposer sa cadence.

3. Sortir de soi

Cette poésie du paysage pourrait facilement devenir décorative. Elle l’évite lorsqu’elle pousse jusqu’au bout son mouvement de décentrement.

Dans « Qu’il en soit ainsi », au contact de l’eau, des arbres et du soleil, « s’estompe toute différence » entre le sujet et les éléments. Dans « Le Sommet », l’individu découvre l’insignifiance relative des préoccupations humaines. Dans « Sentier des douaniers », il sait qu’il n’est « que de passage » dans un territoire dont les goélands semblent les véritables propriétaires.
La sérénité devient alors moins possession du monde que renoncement à en occuper le centre.

C’est probablement l’un des acquis les plus solides du recueil : le sujet lyrique s’apaise à mesure qu’il accepte de n’être qu’une présence parmi les présences.

III. De la profusion du monde à la sérénité

1. Voyager : apprendre d’autres formes

La section « Lointains » déplace cette poétique hors du paysage familier. Égypte, Japon, Tunisie, Islande : les voyages donnent lieu à des écritures très différentes.

« Égypte » procède par accumulation sensorielle : foule, klaxons, étoffes, épices, marché, fleuve, poissons, ibis, désert. Le poème confronte la densité presque anarchique du monde humain à la permanence du Nil et aux tombeaux pharaoniques.

« Japon », au contraire, recherche l’épure : lignes, diagonales, courbes, géométrie. Le texte semble lui-même vouloir adopter la précision esthétique qu’il attribue au paysage japonais. « Tunisie » privilégie l’anaphore de « Ce sont », comme si l’expérience du voyage ne pouvait subsister qu’à travers l’inventaire émerveillé de ses images. Enfin, les « Haïkus d’Islande » poussent la condensation beaucoup plus loin encore.

Le voyage révèle ainsi une qualité importante du livre : malgré une prédilection évidente pour le poème en prose, Concordance expérimente plusieurs régimes d’écriture, du vers libre au haïku, de la description ample à la notation minimale.

2. Une poétique de la simplicité — avec ses risques

Cette simplicité constitue à la fois la force du recueil et l’endroit où celui-ci s’expose le davantage.

Grossi n’hésite pas à employer des mots que beaucoup de poètes contemporains entoureraient de précautions : joie, bonheur, beauté, lumière, amour, paix, sérénité. Le dernier ensemble du livre le montre sans ambiguïté : « Sérénité de la mer », « Sérénité des montagnes », « Océan », « Sérénité de la nuit ».

Cette confiance dans le vocabulaire élémentaire possède une véritable fraîcheur. Le livre refuse le cynisme et l’obscurité de principe. Il croit encore possible de parler d’une mer belle, d’un matin heureux ou d’une montagne paisible.

Cette option comporte cependant un danger. Certains textes anciens donnent parfois trop rapidement leur signification. « Sérénité africaine », notamment, repose sur une représentation de « l’Afrique » aujourd’hui assez problématique par son caractère généralisant et exotisant : pauvreté, sécheresse, guerre et maternité sont condensées dans une figure féminine largement allégorique. Le second texte nuance et complexifie le premier, mais l’ensemble reste marqué par une vision extérieure du continent.

Ailleurs, les accumulations de « joie », de « lumière », de « paix » ou de « sérénité » peuvent approcher la redondance. Concordance est d’ailleurs suffisamment conscient de ce risque pour l’intégrer avec humour : « Près de la mer » évoque les « plaintes caricaturales » et les « cris de mouette effarouchée » d’un sujet auquel la mer pardonne son « emphase », ses « trop longues phrases » et sa « grandiloquence mal placée ».

Cette auto-ironie est précieuse. Elle empêche de confondre entièrement la recherche de sérénité avec une esthétique naïve de la belle âme.

3. Une œuvre qui raconte aussi son propre apprentissage

L’intérêt particulier de Concordance tient finalement à son statut rétrospectif. Il serait artificiel de chercher une homogénéité parfaite entre des textes écrits à dix-neuf ou vingt ans et d’autres composés à trente-cinq ans. Le livre conserve les traces de cette histoire tout en intervenant parfois sur elle : certains poèmes de 2008 sont réécrits en 2022, et la table des matières fait apparaître une architecture très construite, depuis « Éclairci(es) » jusqu’aux « Approches de la sérénité », en passant par « Paysages » et « Lointains ».

On peut même percevoir une évolution stylistique. Les textes les plus anciens recherchent volontiers la métaphore, l’allégorie, le déploiement lyrique. Les textes plus tardifs font davantage confiance à l’observation précise : le rouge-gorge et le merle de « Matin de fin d’hiver », les rapaces du « Sommet », les pierres d’Aspremont, les oiseaux de « Au matin », le mimosa de l’Estérel. La poésie semble progressivement moins soucieuse de produire du « poétique » que de regarder suffisamment longtemps les choses pour que leur poésie propre apparaisse.

Cette évolution donne au recueil une dimension discrètement métapoétique. Un texte de 2022 décrit précisément celui qui sent quelque chose vouloir naître en lui, qui ignore encore s’il s’agira de peinture, de musique ou de poésie et qui espère simplement que quelqu’un « aime son petit poème ».

L’humilité finale de cette formule éclaire rétrospectivement le livre.

Une poésie du consentement

Concordance est donc moins un recueil consacré au bonheur qu’un livre consacré aux conditions de possibilité du bonheur. Il faut ralentir, regarder, écouter ; retrouver la mer, monter sur un sommet, entendre un oiseau, revenir dans la maison de l’enfance, accepter la tristesse lorsqu’elle resurgit, consentir à la brièveté des éclaircies.

La dernière partie accomplit ce mouvement. La sérénité recherchée depuis les premières pages devient moins un sentiment qu’une manière de se situer dans le monde. Dans « Sérénité de la nuit », deux univers se font face : l’immensité obscure de la mer et, de l’autre côté de la rue, la vie humaine avec ses restaurants, ses lumières, ses amitiés et ses amours. Le sujet se tient exactement à leur frontière, « heureux de contempler ces deux mystères ».

Cette position pourrait définir Concordance. Entre le monde et soi, entre l’immense et le minuscule, entre l’éphémère et ce qui semble demeurer, le poème cherche un point d’équilibre. Il ne prétend pas résoudre les contradictions de l’existence. Il cherche ces rares instants où elles cessent momentanément de se combattre.

Et c’est peut-être cela, finalement, que désigne le très beau titre du livre : non pas l’harmonie donnée une fois pour toutes, mais l’expérience intermittente d’un accord.


Alors, que pensez-vous de cette lecture ? Ce qui m’épate personnellement, c’est la capacité qu’a eue la machine à ne pas faire seulement un résumé, à ne pas se contenter de piocher quelques mots-clefs par-ci par-là, mais à tenter de donner une vision globale du livre, de son architecture, de son intention. Elle a même donné une petite réserve, à laquelle je souscris, à propos du danger de la simplicité. Franchement, le rendu obtenu est très supérieur à ce à quoi je m’attendais. Aussi, je crois que, en dépit des réserves éthiques et écologiques que soulève l’utilisation de l’IA, nous ne pourrons guère faire sans elle, et tout l’enjeu désormais est non pas de continuer à faire en dix heures ce qu’elle peut faire mieux que nous en dix secondes, et de refuser de laisser l’IA penser à notre place, pour en revanche penser avec elle. En tout cas, le débat est ouvert… et l’espace des commentaires est à vous !

Et bien sûr, si vous voulez vous faire votre propre opinion sur mon livre, il est disponible sur Amazon.

Et si vous lisiez Concordance face à la mer ?



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