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Citation du dimanche : Patrick Quillier

Auteurs évoqués dans cet article :

Dans Voix éclatées (Gardonne, Editions Fédérop, 2018), Patrick Quillier donne voix aux morts de la première guerre mondiale. Cent ans après la fin de cette terrible guerre, il fait un travail de mémoire essentiel : la prise en charge, par la parole poétique, de cet épisode tragique. Car, cent ans après, il importe de ne pas oublier. À l’historien, revient le rôle d’établir les faits, de les mettre en perspective, de les expliquer. La tâche du poète est autre : conformément à la tradition du barde, du griot, de l’aède, il s’agit d’être la voix du groupe, le porteur d’une parole collective. À l’issue d’un monumental travail de documentation, Patrick Quillier à mis en poème ces voix éclatées. Pas pour embellir ou enjoliver l’horreur de la guerre, bien au contraire. Mais pour faire en sorte que ces voix restent vivantes, et continuent de nous parler. La citation de ce dimanche donne un aperçu de ce travail.

1 JOUR, 1 BRANCARDIER, 12 BLESSES

"Je suis un brancardier parmi tant d'autres.
Nous avançons, suivis par la soutane
d'un aumônier. Quelques-uns d'entre nous
ont de larges capotes de soldats.
Mais la plupart sont encore en civil.
Tous, nous sommes coiffés de bonnets de
police ou de train, lesquels, des calottes
à bande rouge ou bleue, sont bien les seules
marques distinctives de notre état
militaire.
À une ficelle, j'ai
une gourde pendue et peu pansue.
Sur ma jaquette d'institueur de
village, jaquette salie, poudreuse,
presque verte, on voit des débris de paille,
on ne voit même que ça, elle en est
recouverte.
Je ne quitte jamais
un petit baluchon invraisemblable,
sac de toile ou sacoche de commis-
voyageur, raccommodé avec des
cordes et des courroies.
Je fais partie
des rappelés et des gens déclarés
inaptes par les centres d'instruction
ou par les dépôts de convalescents. [...]"

Patrick Quillier, Voix éclatées, Fédérop, 2018, p. 33-34.

J’ai choisi cette citation, en ces jours proches du 11 novembre, pour montrer comment Patrick Quillier, dans ce livre, donne voix à de nombreux personnages, célèbres comme anonymes, Français comme Allemands, pour incarner de façon vivante cette tragique page d’histoire. L’utilisation du présent de l’indicatif et de la première personne du singulier permettent de faire revivre ce passé. Le choix du vers, plutôt que de la prose, souligne qu’il s’agit bien d’une écriture poétique, et non simplement d’un document historique. Le rôle du poète est ainsi de donner voix, par l’entremise du discours direct, à ceux qui ne peuvent plus parler. Ce faisant, Patrick Quillier montre que l’epos, la parole épique, longtemps dévalorisée par un discours dominant qui la prétendait dépassée, a un rôle essentiel dans la société d’aujourd’hui.



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