Décédé en 2016, Yves Bonnefoy aurait eu cent ans cette année. C’est pour célébrer ce centenaire que la BMVR Louis Nucéra de Nice et l’association des Amis de l’Amourier ont organisé des lectures croisées de son oeuvre. La lecture était prévue pour se faire à quatre voix, avec Alain Freixe, Marie-Jo Freixe, Martin Miguel et Michel Séonnet. Ce dernier n’a pu être présent. L’auditoire a malgré tout profité de beaux moments de poésie, à travers des lectures qui, sans réellement constituer un panorama, donnent une idée de la poésie de Bonnefoy, et de son attachement à la « présence ».
Bonnefoy en quelques mots
Yves Bonnefoy est d’abord rapidement présenté par Alain Freixe.
Incontestablement, Yves Bonnefoy est une figure incontournable de la poésie française de la deuxième moitié du XXe siècle. Le 24 juin prochain, il aurait eu cent ans. En avril, la prestigieuse collection de la « Bibliothèque de la Pléiade », chez Gallimard, va faire paraître ses Oeuvres poétiques complètes. Bonnefoy fut poète, critique de poésie mais aussi d’art, grand traducteur, conférencier, et professeur au Collège de France de 1981 à 1993.
Ses débuts en poésie sont marqués par une certaine proximité avec le Surréalisme, dans les années d’après-guerre. En 1946, il fait paraître un premier texte, Le Coeur-Espace. Il vécut l’aventure de la revue L’Éphémère, entre 1966 et 1972, éditée par la Fondation Maeght, où une nouvelle génération poétique se fit connaître : Bonnefoy, Dupin, Du Bouchet…
Une quête d’authenticité
Pour Bonnefoy, dit Alain Freixe, l’expérience poétique est le moyen d’une expérience du réel. Comme Baudelaire, il avait le culte des images, le goût de la peinture, plus immédiate que les mots. Bonnefoy veut atteindre, dans ses poèmes, cette immédiateté, cette présence aux choses. « Nous sommes des êtres parlants, et ce qui nous donne le monde est en même temps ce qui nous en sépare. » Comme Rimbaud, et à sa suite, Bonnefoy voulait « changer la vie », réinventer l’amour, recoudre notre être avec la vie même, la réalité vraie, non masquée par nos illusions et nos doutes. Le langage fait sans doute écran à cette réalité nue et pourtant c’est le seul outil du poète, de tout poète. Il faut donc distinguer, chez Bonnefoy, entre la « mauvaise image » et la « bonne image ». Alain Freixe précise : « En un mot, la mauvaise image, c’est celle qui se prend les pieds dans l’absolu ». La bonne image laisse un certain espoir. Chez Bonnefoy, c’est le « comme si » qui l’emporte.
"D'une main certes, lever le fouet, injurier le sens, précipiter tout le charroi d'images dans les pierres, mais de l'autre, plus profonde, retenir."
En somme, la poésie oscille entre deux pôles que sont séparation et réparation. Jamais la poésie ne doit oublier, dans sa tâche de réparation, l’existence de la séparation, mais jamais la poésie, dans sa prise en charge de la séparation, ne doit omettre la réparation. Le poète se tient ainsi à mi-chemin entre ces deux pôles, dans un troisième sommet du triangle qu’on pourrait appeler obstination.
Lectures croisées
Après cette présentation générale de Bonnefoy, nous avons eu droit à de larges extraits de son oeuvre, successivement offerts par les différents intervenants. Il s’agissait notamment de :
- « La terre », Dans le leurre du seuil, 1975.
- Propos sur l’art, sur Tiepolo et Giacometti. Bonnefoy dit en substance à propos de Giacometti que, plus il soustrait de la matière, plus il donne des coups de burin qui enlèvent de la matière au personnage, plus il atteint la pleine vérité.
- De très larges extraits de Début et fin de la neige, qui est de loin l’un de mes recueils préférés de ce poète. La neige est sans doute une porte d’accès vers la présence, vers cet instant présent qui contient en lui le passé. Certains des poèmes de ce recueil se lisent comme de petites épiphanies, des moments un peu hors du temps où l’on reconsidère autrement toute chose, où l’on accède à la présence, à la plénitude de l’instant présent.
Pour en savoir plus sur Yves Bonnefoy
J’aime beaucoup la poésie de Bonnefoy, en particulier lorsque, avec des mots simples et un langage épuré, elle parvient à nous faire sentir ce que le poète lui-même nomme « vrai lieu » ou « présence », ces instants de pleine conscience où l’on est vraiment en phase avec l’instant présent. Vous trouverez dans ce blog de nombreux articles consacrés à Yves Bonnefoy, notamment des commentaires de poèmes sur la neige, qui est un thème que j’ai beaucoup étudié, pour avoir l’avoir enseigné à la fac.

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