On me propose aujourd’hui un sujet que j’ai trouvé intéressant à évoquer: « Comment la technologie a-t-elle changé votre travail? » J’ai trouvé cette question intéressante à évoquer dans le cadre de mon métier d’enseignant. C’est peut-être un aspect du métier qui est peu visible de l’extérieur. De fait, un enseignant aujourd’hui passe beaucoup de temps derrière son ordinateur.
Comment la technologie a-t-elle changé votre travail ?
Mes parents instits
Mes parents étaient tous deux instituteurs, ce qui me permet d’avoir du recul sur la question. Je revois ma mère sur la grande table du salon, équipée d’une grande paire de ciseaux orange et d’un tube de colle, en train de faire des « montages ». Je veux dire par là qu’elle découpait des morceaux de photocopies, par exemple pour faire tenir un épisode de lecture sur une seule feuille A4, ou encore pour assembler des exercices issus de manuels différents. C’était une activité qui occupait pas mal ses soirées et ses week-ends, à côté des corrections et de tous ces travaux de préparation méconnus du grand public.
Et puis un PC est arrivé à la maison. Ce devait être en 1996 ou 1997. J’étais au collège. Il tournait sous Windows 95. Mon père, surtout, s’est emparé de cette technologie. Assez vite, il s’est mis à préparer des supports de cours sur Word. Il utilisait aussi le logiciel de dessin vectoriel Corel Draw, notamment pour la géométrie ou la géographie. Il avait aussi un gros classeur Excel pour y entrer les notes des élèves et calculer des moyennes. Ma mère, elle, utilisait sa fidèle calculatrice à énergie solaire.
Comme j’étais assez dégourdi pour utiliser l’ordinateur, ma mère me demandait parfois de créer des documents pour elle, comme des questionnaires pour les élèves, par exemple.
La préparation de supports de cours
En ce qui me concerne, l’essentiel de mon travail sur ordinateur consiste à préparer des supports de cours. J’ai toujours conçu moi-même la plupart de mes cours, ce qui me permet d’être le plus adapté possible aux besoins des enfants, et de prendre en compte des aspects que les manuels ignorent. J’ai eu, en début de carrière, beaucoup de cours atypiques, comme des doubles niveaux CE1-CM1 et CE1-CM2. J’avais souvent besoin qu’une partie de la classe puisse travailler en autonomie pendant que j’enseignais une nouveauté à l’autre groupe.
J’ai également créé énormément de supports de cours l’année où j’enseignais dans une école bilingue franco-italienne à Menton, une école dite « Émile » où il s’agissait moins d’enseigner l’italien que d’enseigner en italien. On me demandait d’enseigner les programmes français en italien, ce qui rendait presque impossible l’utilisation de supports partagés par des collègues italiens.
Créer mes propres supports me permet aussi de proposer des photocopies qui ne soient pas simplement des « fiches », mais de réelles activités de recherche. En particulier, je mets en forme mes activités de littérature de manière à ce qu’elles ne se réduisent pas à des questionnaires mécaniques.
Dès le début de ma carrière, j’ai donc passé énormément de temps derrière l’ordinateur, à concevoir des cours et des supports de cours adaptés à mes besoins et surtout à ceux de mes élèves.
Le logiciel que j’utilise le plus est Corel Draw, que je manie avec aisance puisque je le manipule depuis l’enfance. Quand j’étais petit, nous avions une version en anglais du logiciel. J’utilise désormais une version en français. Ce logiciel de dessin vectoriel me permet de créer des mises en page soignées. Lorsque j’ai besoin d’aller vite et qu’il n’y a pas de nécessité de recourir à des outils de dessin, j’utilise tout simplement Word.
La gestion de la classe
Pour la gestion de la classe (appel, relevés de notes, cahier journal), j’ai d’abord utilisé les outils classiques Word/Excel, puis le logiciel Ecole One Click qui a l’avantage d’être gratuit et utilisable hors ligne, puis l’appli en ligne payante Edumoov, disponible de n’importe quel opérateur relié à Internet, et plus ergonomique.
Le recours à la vidéo-projection
Un outil dont je me passerais difficilement aujourd’hui, c’est la vidéo-projection. Le must, c’est quand il est possible de projeter sur un tableau blanc type Velleda, ce qui permet d’écrire par-dessus. Je projette toutes mes fiches d’exercices, ce qui fait que mes élèves savent immédiatement passer du tableau à la fiche. On gagne un temps considérable en éliminant des difficultés matérielles pour permettre aux élèves de se concentrer sur le coeur du problème.
Je trouve qu’il est d’une richesse incroyable de pouvoir à tout moment illustrer un propos par une image, une brève vidéo. Je propose quotidiennement une écoute musicale à mes élèves, d’abord sans images puis avec pour qu’ils puissent confirmer par eux-mêmes leurs intuitions. J’ai aussi des exercices projetables que je crée moi-même grâce à Power Point ou qui sont associés aux manuels utilisés.
Enseigner en temps de pandémie
Et puis il y a eu la crise sanitaire, qui a bouleversé le fonctionnement des écoles. Du jour au lendemain, élèves et professeurs ont dû apprendre à travailler sans se voir, à distance, par technologie interposée.
Cette année-là, j’étais à moitié dans une école maternelle et à moitié dans une école élémentaire en milieu social relativement défavorisé. Dans les deux cas, je savais que mes élèves n’auraient que très peu accès aux technologies, soit parce qu’ils étaient trop jeunes pour s’en servir, soit parce que les familles n’étaient pas suffisamment équipées. J’ai rapidement compris que le recours à la visioconférence n’était pas pertinent pour ces publics.
J’ai donc créé non seulement un certain nombre de fiches que certains pouvaient récupérer directement à l’école, mais aussi des vidéos postées sur YouTube accessibles depuis un simple téléphone. Pour les élèves de maternelle, j’ai créé des histoires sous forme de vidéos pour remplacer les lectures en coin regroupement, et j’ai envoyé de quoi permettre à chacun de construire un tapis de contes à la maison. J’ai eu beaucoup de retours positifs des enfants et de leurs parents.
Pendant cette période, j’ai mis l’ensemble de mes préparations sur ce blog, à destination d’autres enseignants de France potentiellement intéressés. Il me tenait à coeur, en ces temps difficiles et
angoissants, de faire quelque chose pour aider, et cela a été ma façon d’agir. Le blog a connu des pics de fréquentation incroyables. Mes supports ont été téléchargés des milliers de fois. Depuis, j’ai continué à publier régulièrement le contenu de mon travail. Vous le trouverez dans la rubrique « Enseignement » de ce blog (onglet en haut à droite).
Faire utiliser les outils numériques par les élèves eux-mêmes
La pandémie a sans doute contribué à placer les outils numériques sur le devant de la scène. Se pose ainsi la question de l’utilisation des outils numériques par les élèves eux-mêmes. Mes élèves viennent souvent à l’ordinateur de classe, pour faire défiler un diaporama par exemple, ou pour faire un exercice interactif. Lorsqu’il n’y a pas de salle informatique à l’école, suffisamment grande pour accueillir une classe entière, il est difficile de faire utiliser les outils numériques par les élèves eux-mêmes. D’autant qu’une telle activité doit avoir du sens.
Je suis assez déçu des tablettes car celles-ci ont généralement besoin d’une connexion Wifi pour fonctionner, et dès que l’on dépasse trois-quatre tablettes simultanément, ça rame énormément, voire ça ne fonctionne pas du tout.
En revanche, j’ai beaucoup travaillé cette année avec les Blue Bots, des robots programmables qui ressemblent de loin à des souris et qui permettent aux élèves de travailler sur la programmation et sur le repérage dans l’espace.
On m’a fait découvrir, et je les utilise depuis, des applications qui commencent par tester les élèves pour ensuite leur proposer des exercices ciblés à leurs difficultés. Il s’agit notamment de Lalilo et de Matheros. Les élèves peuvent travailler en classe mais aussi à la maison (sous condition qu’un adulte de la famille veille au grain). C’est un complément intéressant à ce que nous faisons déjà. Je les utilise notamment en APC.
Les à-côtés du métier
Le numérique s’invite aussi dans des aspects annexes du métier, mais qui tendent à prendre davantage de place. C’est ainsi que je reçois chaque jour de nombreux courriers électroniques, émanant de la hiérarchie, des syndicats, de divers partenaires institutionnels. Travaillant cette année dans trois écoles différentes, cela multiplie d’autant la quantité de messages reçus.
En ce qui concerne la communication avec les familles, le temps est loin où le cahier de liaison était le seul outil. Les échanges se font désormais aussi par e-mail, par téléphone, mais aussi via des applications dédiées comme Pronote, Beneylu School ou encore Edumoov, sur le modèle de ce qui se faisait déjà dans le Secondaire. Cela a incontestablement un côté pratique, mais cela a aussi un côté chronophage évident. En outre, la multiplication des supports n’est pas nécessairement une aide pour les familles.
Un autre à-côté du métier dont le grand public n’a pas forcément connaissance, c’est la formation continue, ce qu’on appelait naguère les « concertations pédagogiques ». Toutes les démarches d’inscription à ces formations obligatoires se font désormais en ligne, et surtout, un certain nombre de formations a désormais lieu à distance, que ce soit par la consultation de contenus déposés sur la plate-forme M@gistère, soit par des formations en visio-conférence avec des outils du même type que Zoom.
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Ainsi, le métier d’enseignant, s’il reste un métier de relations humaines et de pédagogie, implique désormais un recours important aux outils numériques. Cela est encore plus vrai pour les directeurs et directrices d’école, où la quasi totalité des démarches administratives s’effectue désormais par voie numérique (avec des outils spécifiques tels que Onde qui sent notamment à l’inscription des élèves). Une partie de ce travail me passionne, quand elle a trait à l’imagination, à l’inventivité, à la créativité : c’est la création de cours, de documents, de vidéos… Une autre partie, on l’aura compris, est nettement moins passionnante, mais cela fait partie aussi du métier. Un métier directement aux prises avec la société et ses évolutions, pour le meilleur et pour le pire.
(Je précise, au cas où ça soit nécessaire, que je n’ai aucune action ni intérêt d’aucune sorte chez les entreprises et marques citées. J’ai trouvé qu’il aurait été ridicule de parler des évolutions du métier d’enseignant en lien avec les progrès du numérique sans donner des exemples concrets et précis.)
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