Elles n’ont pas réellement de poil au menton, mais leur spectacle est vraiment couillu. Elles s’appellent Danielle Bonito Sales, Caroline Fay, Dominique Glory et Sabine Venaruzzo. Ces quatre chanteuses lyriques forment un quatuor déjanté. Et sillonnent depuis quinze ans les scènes de France pour y jouer un spectacle loufoque et intelligent, résolument féministe et humaniste. J’ai eu le plaisir d’assister à leur concert, hier soir, à Gréolières-les-Neiges.
Bien sûr, les Quatre Barbues rendent hommage aux Quatre Barbus au masculin, ces hommes qui, dans les années cinquante, revisitaient de grands airs de la musique classique et populaire en y ajoutant des paroles parodiques, subtilement inévérencieuses ou carrément loufoques, signées Francis Blanche, Pierre Dac ou encore Boris Vian.
Mais précisément, il ne s’agit pas seulement d’un hommage. Nos Quatre Barbues au féminin ont su transformer l’essai. S’approprier ce répertoire des années cinquante, et en faire quelque chose de résolument actuel. L’air de rien, elles nous parlent des années Covid, des scandales pharmaceutiques, des désastres climatiques, de la haine pandémique, en prenant le parti d’en rire.
Mêlant les voix d’opéra les plus pures au comique le plus clownesque, les Quatre Barbues ont tapé dans le mille. Même dans l’exagération parodique, elles parlent vrai. Le caractère extrêmement authentique de leur démarche apparaît d’emblée avec évidence. On voit qu’elles y croient, qu’elles y vont à fond, qu’elles n’ont pas besoin de se forcer, et que loin d’avoir peur du ridicule, elles le revendiquent. Et c’est ça qui fait qu’on accroche dès les premières minutes, et qu’on en redemande. Cette authenticité absolue.
Et c’est bien en tant que femmes, à la fois féminines et féministes, que les Quatre Barbues revisitent ces airs et ces chansons. Leurs corps ont une présence scénique incroyable, tantôt voilés de deuil, tantôt exhibés avec provocation, mais toujours engagés. Elles savent se montrer sensuelles et même sexy, juste ce qu’il faut pour provoquer sans choquer. Et dire les choses les plus graves avec un humour cynique décapant.
Elles savent même faire rire de la mort, c’est dire ! Ce n’est pas pour rien que le piano a une forme de cercueil. Le chant du rat crevé est à ce titre parfaitement jubilatoire.
Bref, le spectateur adhère sans réserve au parti d’en rire, après une heure et demie complètement survoltée, où nous sommes embarqués dans l’énergie trépidante de ces quatre fantastiques.
S’y est ajouté, pour moi, le bonheur de voir mon amie Sabine Venaruzzo dans une autre facette de son talent. Ses performances poétiques m’avaient déjà donné l’occasion d’écouter sa voix chantée, sublime. J’ai ici pu en profiter à foison. Je redécouvre Sabine dans cet autre art qu’est l’opéra parodique, et à vrai dire je l’y retrouve, parfaitement elle-même. Ce rôle lui va comme un gant. Et je suis sûr que, si je connaissais les trois autres dans la vraie vie, je ferais le même constat. Leur complicité sur scène laisse deviner une belle amitié.
Hélas, cette représentation était l’une des dernières, après quinze années où les Quatre Barbues ont sillonné les scènes azuréennes, avignonnaises et même parisiennes. Je crois qu’il en reste quelques unes : je vous laisse le soin de vous renseigner sur la page Facebook des Quatre Barbues ou de la compagnie « Une petite voix m’a dit ».


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2 commentaires sur « Les Quatre Barbues enflamment Gréolières »