Samedi soir, dernier jour de septembre, on terminait l’été sur la terrasse de Nathalie Léger et Lou Spry. C’est dans cet espace, intimiste mais à ciel ouvert, que la troupe de théâtre amateur de l’association Polychromes a revisité quelques-uns des sketches de « Palace », la série humoristique de Jean-Michel Ribes.
Vous vous souvenez peut-être de cette excellente série parodique diffusée à la fin des années 1980 à la télévision. Des humoristes tels que Valérie Lemercier, Philippe Khorsand, Jean Carmet, Claude Piéplu, Jacqueline Maillan ou encore François Rollin se succédaient dans une suite de saynètes ayant en commun l’espace du Palace, un grand hôtel où le client est roi, et où le moindre de ses désirs, aussi loufoque soit-il, doit être satisfait. La liberté de ton de cette émission a atteint un degré rare à la télévision, proposant une satire au vitriol de la vie de luxe et de débauche des nantis, mais aussi des diktats de l’audimat, et des hypocrites conformismes de façade.
Le metteur en scène Mickaël Brice a réussi le pari de réactualiser ces sketches tout en demeurant fidèle à l’esprit de la série originale. Et cela, avec très peu de moyens, puisque la représentation a été donnée sur une terrasse privée, sans véritable scène, mais avec malgré tout de véritables éclairages de scène et une bonne sonorisation.
Tout commence dans le hall de l’hôtel, où un résident lance à la cantonade : « S’il vous plaît, mesdames et messieurs, excusez-moi de vous déranger mais mon mari et moi cherchons des partenaires pour partouzer, est-ce qu’il y en a parmi vous que ça intéresse ? » Le ton est donné : on garde l’esprit libertin de la série originale, en le LGBTifiant et en l’actualisant.
Les sketches longs sont entrecoupés par les « brèves de comptoir ». Dans la version originale, c’était Jean Carmet qui, un verre à la main, énonçait le plus sérieusement du monde des maximes absurdes et des remarques loufoques. Il est ici admirablement remplacé par un comédien portant perruque noire, talons hauts et robe de simili-cuir, interprétant une femme délurée, drôlatique et passablement alcoolique.
J’ai beaucoup ri aussi avec la réunion de l’association de ceux qui ne ressemblent pas au chanteur Harry Styles. Un nouveau membre est applaudi pour sa non-ressemblance frappante avec Harry Styles. Un autre est exclu car il a désormais un point commun. « Comprenez-moi, explique le président de l’association, je suis obligé d’être très strict avec le règlement, sinon notre association ne voudrait plus rien dire. Moi-même, j’ai été exclu du groupe de ceux qui ne ressemblent pas à Conchita Wurst, car j’avais la même implantation de barbe. »
Cela est presque palpable : ce qui fait la réussite de cette représentation, c’est la belle cohésion d’équipe de la joyeuse troupe. On sent que tous les comédiens participent avec entrain, avec un bonheur non dissimulé, qui se révèle communicatif. Cela fait du bien, aussi, de pouvoir rire, avec bienveillance, d’une homosexualité qui n’est pas toujours facile à vivre au quotidien pour tout le monde. En LGBTifiant les sketches, la troupe a réussi son pari : le rire n’est jamais moqueur, les personnages sont touchants, et l’on rit avec plaisir des clichés gays.
On sent que Mickaël Brice a su fédérer la troupe, lui communiquer son dynamisme enjoué, et le plaisir de tous les comédiens d’être sur scène est évident. Cela m’a rappelé les joyeuses répétitions et représentations de théâtre auxquelles je participais avec le Centre Culturel de Cagnes-sur-Mer. On ne peut que souhaiter longue vie à ce beau projet, en espérant qu’il puisse se développer, et répandre de joyeuses barres de rire couleur arc-en-ciel sur toute la côte d’Azur.
Pour en savoir plus : site internet de l’atelier théâtre de l’association Polychromes, association culturelle LGBT.
Voici quelques images de cette joyeuse soirée. Cliquez sur la photo pour l’afficher en grand.






À l’issue de la représentation, les hôtes Nathalie Léger et Lou Spry ont proposé une performance artistique et poétique. Elles ont indiqué collaborer sur le plan artistique depuis 2015. Il ne s’agissait pas, cette fois-ci, d’humour, mais d’un questionnement sur le corps, en particulier le corps féminin, à partir de l’origine du monde de Courbet. Au mur, des reproductions d’oeuvres plastiques de Nathalie Léger. Au sol, un empilement de briques rouges, sur lesquelles étaient écrits des poèmes lus à haute voix. Un accompagnement sonore accompagnait le tout. Merci à elles pour cette performance.

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Un commentaire sur « Le Palax, on l’aime aussi pour ça »