C’est le thème du corps qui a été proposé par Marilyne Bertoncini pour la prochaine anthologie numérique de « Jeudi des mots.com ». J’ai bien envie de participer si j’en ai le temps, la date butoir se trouvant le 11 janvier. En attendant, je voudrais proposer une petite réflexion sur le corps en poésie.
Commençons par rappeler que l’Occident chrétien a imprimé dans les esprits une image négative du corps. Dans la dichotomie du corps et de l’esprit, ce dernier a toutes les qualités tandis que le corps a tous les défauts. Le corps est mortel, il n’est qu’un costume que l’on revêt au moment de naître et que l’on quitte au moment de mourir. On rattache les pulsions, les passions, les émois au corps. Le corps est en somme marqué par le péché. Aussi ce qui est de l’ordre du corps est-il considéré comme prosaïque, voire démoniaque. Le corps est donc regardé comme méprisable et en même temps comme terriblement désirable, d’un désir d’autant plus intense qu’il est interdit. Une façon de traiter le corps en poésie sera donc de l’idéaliser, autrement dit d’en effacer les traits trop prosaïques, ou au contraire d’exacerber ces derniers, dans une volonté de choquer le lecteur.
1. Le corps idéalisé : Ronsard
Ronsard était clerc même s’il n’était pas prêtre, et il n’a vraisemblablement jamais côtoyé de près cette Cassandre Salviati à laquelle il dédie de nombreux sonnets. Il y a certes une dimension érotique dans la poésie ronsardienne, une forte dimension érotique même, mais pour autant cet érotisme n’est pas incarné dans une représentation réaliste du corps. Le corps apparaît à travers des blasons du corps féminin, il est tout imprégné de mythologie et de références antiques. Il me semble que l’on peut parler d’un corps idéalisé, fantasmé, rêvé.
Le sonnet 42 des Amours de Ronsard peut donner une idée du traitement du corps dans la poésie ronsardienne.

Dès le premier vers, Cassandre Salviati n’est plus seulement une femme mais une « Déesse ». L’habillement de la femme aimée apparaît comme en un ralenti. La voici, richement vêtue, et ornée surtout de ses cheveux. Ronsard utilise ici, comme fréquemment dans ses poèmes, le terme de « rets », pour faire des cheveux de la femme aimée de véritables rayons, des réseaux de fils dans lesquels le regard aime à se perdre. Ce mot, aujourd’hui rare, peut être rapproché de l’italien rete qui signifie « réseau » : les « rets » chez Ronsard, ce sont des filets dans lesquels on se piège.

La deuxième strophe rapproche encore la femme aimée de la divinité, en la comparant à « l’écumière fille », autrement dit Vénus elle-même. Ronsard fait ici explicitement référence à la déesse gréco-romaine, née de l’écume, représentée par Botticelli comme surgissant de la mer à bord d’un coquillage, simplement vêtue de ses cheveux roux.
Les tercets recourent à l’énumération pour souligner le caractère incomparable de la femme aimée, dont aucune partie du corps ne trouve d’égal. Ronsard crée, par ce poème, l’idée d’une beauté surhumaine, indépassable sinon par Vénus elle-même.
Cette vision idyllique du corps montre un corps fantasmé, idéalisé, magnifié à la fois par les références mythologiques et les énumérations hyperboliques. Ronsard recourt fréquemment au genre du blason pour magnifier le corps féminin. Cette vision idéalisée du corps n’est pas sans érotisme, bien au contraire : le poète évoque à de nombreuses reprises les seins blancs de la femme aimée, par exemple, mais il s’agit d’un érotisme de convention, qui décrit moins une femme réelle qu’une créature totalement recréée sous la plume du poète, et qui est davantage un objet poétique qu’un être humain.
On trouvera un exemple de cet érotisme ronsardien dans le sonnet 41, où le poète décrit les seins de la femme aimée, avant d’imaginer se transformer en puce afin de pouvoir demeurer sur cette poitrine rêvée.

C’est sur le ton de l’exclamation que débute ce sonnet, ce qui permet au poète de faire éclater son admiration pour le corps de la femme aimée. Ronsard se concentre, dans ce poème, sur la poitrine féminine, idéalisée à travers les métaphores du « jardin » et du « gazon de lait ». Pour comprendre ces dernières, il faut se souvenir que le XVIe siècle valorisait les peaux douces et les teints pâles. Je vous ai mis en illustration un tableau anonyme de l’école de Fontainebleau, qui représente Gabrielle d’Estrées et sa sœur (source : Wikipédia, domaine public). Ce célèbre tableau du XVIe siècle montre une poitrine d’une blancheur immaculée.
Ces « petits monts jumelets » dont le téton est comparé au « rosier » nouveau du printemps provoquent l’émoi du poète, qui se « transforme en cent métamorphoses ». Pierre de Ronsard fait ici explicitement référence au mythe d’Europe, que Zeus a su amadouer en se transformant en taureau. Il s’agit d’élever la beauté de la femme aimée à la hauteur du mythe antique. Si Europe avait eu des seins aussi beaux que ceux de Cassandre, il n’y avait rien d’étonnant à ce que Zeus voulût se transformer en taureau.
Ronsard va encore plus loin, car il ne se contente plus d’emprunter au mythe antique : il brode à partir de celui-ci son propre mythe, et accentue la dimension érotique. Le dernier hémistiche du premier tercet prend ainsi la forme d’une exclamation : « Hé, que ne suis-je puce ! » Le poète rêve à son tour d’une métamorphose. Mais contrairement à Zeus, il ne souhaite pas devenir taureau, mais une minuscule puce : la forme idéale pour être au plus près de cette poitrine convoitée.
Le conditionnel « je mordroi » s’explique par la condition de puce en laquelle s’est métamorphosé le poète : mordre la peau est ce que font naturellement les puces. Mais ce geste prend ici une signification érotique qu’il n’est sans doute pas nécessaire de préciser. Le vœu final de retrouver forme humaine la nuit venue est également une allusion érotique, le poète souhaitant être en possession de toute sa vigueur masculine après avoir pu approcher sa belle.
Le corps chez Ronsard occupe une place centrale dans son œuvre poétique. En tant que clerc tonsuré, son expérience de la féminité ne pouvait être que fantasmatique, teintée par l’idéalisation et la mythification. Cette fascination se manifeste à travers une myriade de sonnets, tous uniques et différents, élevant la femme aimée à la hauteur du mythe antique, glorifiée telle une déesse et magnifiée dans une forme d’érotisation subtile à travers la virtuosité des blasons. La vision ronsardienne du corps féminin s’inscrit ainsi dans la lignée d’une tradition littéraire où la poésie sert de vitrine à la sublimation des désirs et à l’élévation de l’être aimé au rang de divinité.
2. Le corps libéré : Rimbaud
Il y aurait beaucoup à dire sur le corps chez Rimbaud. Retenons simplement que l’Ardennais était avant tout un adolescent, et que, par conséquent, il avait le goût de la provocation. Il se moque des « gros bureaux bouffis » qu’il croise sur les « mesquines pelouses », en insistant sur leur ronde « bedaine ». Il raille « les Assis ». Il rédige tout un sonnet sur le fait de pisser bien haut après avoir bu une bière, « avec l’assentiment des grands héliotropes ». C’est ici le bas corporel qui apparaît, les fonctions d’excrétion, habituellement passées sous silence et ici glorifiées par le poète irrévérencieux. En somme, Rimbaud ne tient pas compte des tabous sociaux sur le corps, il se fait un plaisir de choquer les petits bourgeois, jusqu’à écrire, dans les « Stupra », un sonnet sur une relation sexuelle homosexuelle. On peut parler d’un corps libéré des corsets bourgeois et des morales étriquées de l’époque.
Comme premier exemple du traitement du corps chez Rimbaud, j’ai choisi « Vénus Anadyomène », parce que ce sonnet permet de faire la comparaison avec Ronsard précédemment cité, et nous allons voir que c’est bien différent.

Arthur Rimbaud prend ici un malin plaisir à prendre le contre-pied de la tradition notamment illustrée par Ronsard. S’il reprend à son compte la comparaison à Vénus, c’est ici dans l’idée de désacraliser le mythe. Chez les Grecs, Vénus était dite « anadyomène » (ἀναδυομένη), c’est-à-dire surgie vers le haut, née des eaux. Mais ici, elle ne surgit pas d’un noble coquillage émergeant de l’onde écumante, non, elle sort juste de la baignoire.
Et le poète multiplie les notations désacralisantes. La baignoire ? Elle ressemble à un « cercueil vert en fer blanc ». Et c’est une « vieille » baignoire. Les cheveux ? Ils sont « fortement pommadés »: on est loin des rets d’or ronsardiens. Sa posture ? Elle est « lente et bête ». Et en plus, elle a des « déficits mal ravaudés ». Bref, elle fait plus que son âge.
Rimbaud en remet une couche dans le deuxième quatrain. Son cou est « gras et gris ». Elle a les « omoplates » saillantes. Son dos est « court ». L’allitération en [r] dans « Puis les rondeurs des reins semble prendre l’essor » donne l’impression de hanches bien larges. Le poète évoque même la « graisse ». Bref, notre Vénus n’est pas très exactement un canon de beauté…
Le premier tercet va encore plus loin dans la dégradation du corps féminin, avec le terme d' »échine », qui s’emploie davantage pour parler des animaux que du corps humain. Son emploi pour parler du dos humain est donné par le CNRTL comme familier ou figuré (en italien, en revanche, le mot schiena est d’un emploi normal pour désigner le dos). L’enjambement permet de mettre en valeur l’adjectif « horrible », lui-même intensifié par l’adverbe « étrangement ». On a l’impression que Rimbaud décrit une créature hideuse, un monstre bien plus qu’une femme. Le poète évoque assez cruellement des « singularités qu’il faut voir à la loupe », donnant l’impression que la peau est criblée d’impuretés.
Le dernier tercet porte la dégradation du corps féminin jusqu’à son paroxysme. Le tiret instaure un effet d’attente, qui intensifie le trait final. Le terme de « croupe » apparente à nouveau la femme décrite au genre animal. L’oxymore « belle hideusement » introduit la mention de « l’ulcère à l’anus », par laquelle Rimbaud fait apparaître le bas corporel, le corps infâme, le corps dans ce qu’il a de répugnant et d’obscène.
Tout le poème, en réalité, prépare cette mention finale, qui est un véritable pied-de-nez adressé à la bien-pensance bourgeoise de la fin du XIXe siècle. Rimbaud reprend les codes du blason féminin et du sonnet, en les inversant. Il s’approprie la figure de Vénus Anadyomène pour en faire un portrait répugnant.
L’irrévérence de Rimbaud se fera encore plus nette dans l’Album Zutique, suite de poèmes parodiques qui imitent des poètes en vogue en leur faisant dire, bien entendu, des paroles scabreuses. Impossible d’évoquer le corps chez Rimbaud sans rappeler qu’il est l’auteur d’un Sonnet du Trou du Cul, qui reprend les codes du blason pour faire l’éloge de l’orifice anal et de la sodomie.
Il y aurait beaucoup à dire sur le corps chez Rimbaud, il aurait été possible en vérité de consacrer l’article entier au seul Rimbaud, mais j’ai préféré, aujourd’hui, vous faire voyager dans le temps. Le corps est un thème très présent chez Rimbaud, et il y aurait beaucoup à dire sur ce thème. Le « Bateau ivre » n’est-il pas un corps métaphorique du poète ?
3. Le corps érotisé : Genet
C’est un corps érotisé que décrit Genet. Le poète se place du côté des condamnés, des prisonniers, des parias, des personnes rejetées par la société. Il évoque une sexualité pénitentiaire, et il fait l’éloge du corps masculin, pas n’importe quel corps masculin mais celui du bagnard, du criminel. La poésie de Jean Genet est ainsi dans le prolongement de son théâtre, où le corps est très présent, qu’il s’agisse de celui des deux Bonnes qui jouent le jeu dangereux d’imiter leur patronne, ou de l’univers fantasmatique du Balcon, qui n’est rien d’autre qu’un bordel. Comme chez Rimbaud, dire le corps pour Genet est une façon de s’émanciper du carcan des morales bourgeoises, et de célébrer un corps libéré, érotisé, jouissif. C’est une revendication explicite de l’homosexualité, mais aussi d’une certaine violence : les poèmes ne parlent pas simplement d’amour entre hommes, mais entre criminels et condamnés à mort.
"J'ai tué pour les yeux bleus d'un bel indifférent
Qui jamais ne comprit mon amour contenue,
Dans sa gondole noire une amante inconnue,
Belle comme un navire et morte en m'adorant."
Jean GENET, Le condamné à mort et autres poèmes, Paris, Gallimard, coll. "Poésie", 1999.
4. Le corps énigmatique : Bancquart

(Wikipédia)
Impossible d’évoquer le thème du corps en poésie sans penser à Marie-Claire Bancquart, chez laquelle le corps est essentiel, ne serait-ce que pour des raisons biographiques. La poète a été profondément marquée par une enfance où elle est restée complètement plâtrée, clouée au lit pendant plusieurs années, à cause d’une tuberculose osseuse de la hanche, pendant la guerre, où elle voyait les éclopés défiler devant son lit d’hôpital. Au moment où elle était malade, il n’y avait pas de traitement disponible, et ce n’est qu’après plusieurs années d’immobilité totale qu’elle a pu guérir.
Cette expérience fondatrice, qu’elle raconte et commente dans Explorer l’incertain, explique l’importance qu’a pris le thème du corps pour Marie-Claire Bancquart. Le corps est avant tout, pour elle, une énigme, une réalité à laquelle nous n’avons que très peu accès. Reprenant à son compte le vocabulaire médical, elle évoque « en nous les aponévroses, les mastoïdes, les péritoines ». Le corps a ceci de particulier qu’il est à la fois extrêmement intime et éminemment étranger. Nous n’avons guère accès à ce qui se trame sous les replis de notre peau, au fonctionnement de nos viscères, aux ramifications de nos poumons.
« Dans la cage thoracique
l’arbre brumeux creuse sans arrêt son noir
[vers l’invisible
avant de disparaître
dévoré par la nuit. »
Marie-Claire Bancquart, Violente vie, Pantin, Le Castor Astral, 2012, p. 124.
Marie-Claire Bancquart, étrangère à toute forme d’anthropocentrisme, replace le corps humain parmi les corps végétaux et animaux. Elle regarde dans les yeux une mouche, dans un véritable face à face d’égal à égal, un partage entre deux êtres vivants. Marie-Claire Bancquart, enfin, ne passe pas sous silence le vieillissement du corps et la mort.

J’ai choisi ce poème — mais il y en aurait beaucoup d’autres à citer — parce qu’il insiste sur le corps jusque dans sa dimension biologique, physiologique, en évoquant les membranes et les organes internes du corps humain. Ce poème replace aussi l’humain dans la continuité du vivant, non seulement les mammifères que sont le « chimpanzé » et le « boeuf », mais aussi des insectes comme la « chenille » et même des invertébrés comme le « corail ». Marie-Claire Bancquart dit ailleurs : « L’anthropocentrisme m’est étranger ». La revendication finale du cri peut également se lire comme une expression du corps, comme une revendication, comme une manifestation puissante de vie.
☆
Il y aurait des livres entiers à écrire sur le thème du corps en poésie. Cet article ne prétend à rien d’autre qu’un rapide survol de la question, à travers des poètes choisis dans des époques différentes, et qui proposent chacun un traitement différent du thème. De Ronsard à Bancquart en passant par Rimbaud et Genet, il apparaît que le poète n’est pas un pur esprit, et que c’est aussi avec son corps qu’il écrit. La poésie, loin d’être une parole éthérée, émane d’un corps, est un chant du corps. La chercheuse Aude Préta de Beaufort considère que la poésie est tout à la fois « exercice spirituel » et « incarnation », et ces deux dimensions indissociables vont de concert. Le poète est, comme nous tous, un être incarné, et c’est dans l’incarnation que prend naissance sa parole. Qu’il soit idéalisé ou désacralisé, le corps apparaît ainsi comme un thème poétique essentiel.
Pour conclure, je vous invite à aller découvrir l’anthologie numérique en cours de construction sur le thème du corps, que vous pourrez lire sur le site Jeudidesmots.com. De très nombreux poètes ont répondu présents à l’invitation d’écrire sur le thème du corps, et je tenterai moi-même d’écrire quelque chose pendant ces vacances. J’ai trouvé intéressant de proposer ici un pendant historique, faisant retour sur les grandes voix poétiques du passé, à la passionnante proposition de Marilyne Bertoncini. Merci à elle !

Petit jeu : l’image d’en-tête a été composée avec un certain nombre de détails de tableaux célèbres (images libres de droits trouvées sur Wikipédia). Saurez-vous trouver de quels tableaux il s’agit ?

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Le thème du corps est un bon thème mais il y a des sujets je pense plus importants à traiter en poésie dans ce monde cruel !
« MOHAREBEH ? »
À l’heure des blessures
et des regards figés
par le poids des Mollahs
je hais leur puissance aveugle
qui pèse en silence
sur les femmes iraniennes
et sur un peuple soumis
à la volonté d’un homme
Aux champs des solitudes
tourbillonnent encore
la mémoire de ces mères courageuses
lorsque des larmes amères
soulèvent la révolte des opprimés
En proie à l’obscurité
la vérité s’impose
par-delà les ténèbres
comme une semeuse d’espoirs
sur des matins levants
parce que des cris en exil
s’évadent parfois
au travers des prisons
avec la rage au cœur
Sous le hijab
la parole progresse
et file les mots
des luttes qui s’engagent
pour le plaisir de vivre
tout en chuchotant
l’attente d’un jour meilleur
Qui condamnera au nom de l’Islam
cette terre impromise
sous l’évidence des tortures
et des violations en tous genres ?
Que sont devenues Sara, Arezou,
Marzieh, Raha, Ghasal, Atousa
ou Mona mises en prison
pour avoir seulement
oser lire un poème ?
Louanges à ces femmes indomptées
qui sont devenues
au fil du temps
sur l’échiquier des aubes à venir
l’empreinte de la liberté
Et gloire au poète Omar Khayyâm
messager des valeurs orientales
et qui doit
se retourner dans sa tombe
au prix de ces certitudes
qui ne sont pas au rendez-vous
Il est grand temps
je crois
d’ensemencer
un nouveau régime
car la résurrection
se fera passionnément
avec le langage du cœur
Stephen BLANCHARD (Dijon en France)
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres
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Bnonjour,
excusez-moi mais le lien de « Jeudi des mots.com » renvoie vesr un site commercial …
Cordialement Yves Renaud
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