Ça y est, les Journées Poët Poët ont commencé aujourd’hui ! Et notre premier poète invité est David Giannoni, qui a participé aux trois événements de la journée. Je vous présente aujourd’hui celui qui se présente comme un « thérapoète ».
Qui est David Giannoni ?
Né à Nice d’une famille originaire de Toscane, David Giannoni a quitté la capitale azuréenne à l’âge de quinze ans. Après des années de lycée à Rome, sa famille s’installe en Belgique, suivant les déplacements professionnels du père qui travaille pour la diplomatie italienne.
Dès cette époque, juste après le lycée, David Giannoni fonde une revue d’art contemporain, dont paraîtront trois numéros. Il crée en 2003 les éditions Maelström, qui lancent la collection de poésie « Bookleg », à petit tarif (3 €). En 2007, naît le festival du même nom à Bruxelles.
Quand on lui demande comment il est venu à la poésie, David Giannoni évoque spontanément l’influence d’un père qui n’avait pas fait d’études, mais qui était passionné par le fait de raconter des histoires, de conter avec des variations, d’improviser en chantant.
Il a également été nourri par les années lycée en Italie, un pays où le lycée dure cinq ans. Il y a découvert la littérature italienne, notamment Dante, mais aussi la littérature anglaise, qui l’a beaucoup marqué. Dans le champ contemporain, il cite de nombreux poètes belges qu’il édite dans sa maison d’édition.
Sa poésie puise également dans les sagesses du monde entier : le Zen et ses koan énigmatiques, le Tao et ses équilibres énergétiques, l’Inde et ses mantras, les Amérindiens et leur vision du monde différente de la nôtre, sans omettre bien entendu la culture occidentale.
David Giannoni s’est formé en psychologie, en hypnose, et il intervient comme travailleur social auprès des plus démunis, des sans abris. Cet aspect de sa vie nourrit évidemment sa pratique poétique, même si, de nos jours, ses activités poétiques ont pris davantage de place que son engagement social. Il est attaché à écrire une poésie qui fasse du bien, et il se présente lui même volontiers comme un « thérapoète ».

Qu’est-ce qu’un « théra-poète » ?
David Giannoni l’explique en termes simples : les mots peuvent infliger des blessures aussi graves que les coups physiques, mais ils peuvent aussi faire beaucoup de bien. La poésie, comme toute activité humaine, est une question de choix, de responsabilité. Il s’agit d’écrire de la façon la plus consciente possible.
Inspiré par le Zen et par le soufisme, David Giannoni pense qu’il « faut savoir choisir son chant ». C’est le titre de l’un de ses recueils, qui prend la forme de « poécontes », écrit à un moment où le poète devait faire le deuil de deux amis. Ces cent-huit poécontes sont un peu comme des mantras indiens, ces phrases chantées à valeur curative qu’il faut répéter cent-huit fois.
La métaphore du maelström est également chère à David Giannoni, qui évoque une pensée en tourbillon, et fait référence à un conte d’Edgar Allan Poe. Le poète en tire une leçon de sagesse : pour survivre au tourbillon, il faut tomber le plus lentement possible. Tôt ou tard, quoi que l’on vive, la catastrophe s’arrête. Tous nos problèmes, quels qu’ils soient, sont limités dans le temps. Il s’agit donc de tenir jusqu’à ce que ça s’arrête.
Le concept de « thérapoésie », coinventé avec Antonio Bertoni, consiste en un mouvement de « réévolution poétique ». Le thérapoète est conscient que les mots sont importants, qu’ils créent le monde et qu’ils peuvent produire aussi bien des astres que des désastres. Il est là pour tenter de faire du bien. Il ne s’agit pas d’ignorer naïvement ce qui va mal, mais de se tourner vers la lumière. Renversant l’adage traditionnel, David Giannoni affirme que « tout revers a sa médaille ».
En somme, toute catastrophe est l’occasion d’un miracle. David giannoni rappelle que, dans le symbole du Tao, il y a du noir dans le blanc et du blanc dans le noir. Nous autres occidentaux parlons du Yin ET du Yang, alors que dans la pensée taoïste il n’y a qu’un seul yin-yang.
L’influence de la psychologie
David Giannoni s’inspire de la psychologie, et notamment de l’école de Palo Alto, pour dire que « le problème c’est la solution ». Souvent, notre mal-être provient moins des problèmes que nous avons que des solutions inappropriées avec lesquelles nous y répondons. Souvent, nous sommes accrochés à de mauvaises solutions auxquelles nous tenons. Il ne faut pas avoir peur de changer.
Cela implique la collaboration active du patient, que David Giannoni propose par conséquent de renommer un « actient ». Il leur demande parfois : comment est-ce que tu FAIS ta dépression ? On retrouve le faire, à l’origine de toute poésie (poïein). Aussi s’agit-il de sortir du schéma enfermant anamnèse, pronostic, diagnostic, au profit d’une véritable place laissée à l’individu, acteur du changement en lui.
Il faut se détacher, se désidentifier, ne pas être prisonnier de sa propre carcasse. Nous disons souvent « je », mais ce n’est souvent que le masque de l’égo. Nous oublions que « mon nom est légion », et que nos identités sont multiples, à l’image de la légende iranienne du Simorgh.
Le thérapeute doit être vraiment disponible à l’autre, et cette disponibilité est essentielle aussi pour le poète. Chacun demande à être entendu et reconnu, ce qui demande du temps et de la disponibilité. comprendre l’autre n’est pas le plus important, car nous sommes tous incompréhensibles, mais il faut faire le mouvement vers l’autre, essayer de comprendre. Il faut donc entendre, écouter, essayer de comprendre.
L’actient va être amené à dissocier puis réassocier les plans sexuel/instinctif/créatif, corporel/besoins/physique, émotionnel et mental. Parfois on a très bien compris mentalement mais pas émotionnellement.
Retrouvez David Giannoni lors des Journées Poët Poët

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3 commentaires sur « Connaissez-vous David Giannoni ? »