Une Coupole de poésie

Cela fait maintenant plusieurs années que j’assiste et participe aux soirées que les Journées Poët Poët organisent à la Coupole, le centre culturel de La Gaude. Un lieu exceptionnel, à l’architecture unique, dont les multiples espaces sont investis chaque fois d’une façon différente. Cette année encore, nous avons eu droit à des moments magiques.

Souvenirs gaudois

Sous la coupole gaudoise, j’ai déjà vu Serge Pey manger le feu, Marc Alexandre Oho Bambe enflammer la foule, Valérie Rouzeau vrouzir, Laurence Vielle faire tourner la terre, James Noël chanter le monde… Chaque année, j’ai aimé le grain de folie de cette soirée, avec des propositions toujours insolites et inattendues. Je me souviens encore de Sabine Venaruzzo émergeant de son van rouge, accompagnée d’une violoniste, en préférant des notes d’opéra. Ou de Charles Pennequin arrivant en tractopelle, un mégaphone à la main. Autant dire que, d’une année à l’autre, la barre est placée haut.

Depuis trois ans, les Journées Poët Poët se sont lancées un défi supplémentaire, qui est d’impliquer les enfants des écoles de La Gaude dans ce projet un peu fou. Des ateliers d’écriture ont eu lieu en classe, les enfants ont produit leurs propres textes, qu’ils sont venus performer, non plus en tant qu’élèves, mais en tant qu’artistes, évoluant parmi les poètes, danseurs, plasticiens… Cette année, des classes des deux écoles de La Gaude, Jean Monnet et Marcel Pagnol, se sont pleinement investies dans le projet : un grand merci à leurs enseignants.

Les enfants sur le toit (Photo personnelle)

Un spectacle pluriel

Outre les enfants des écoles, de nombreux poètes et artistes sont intervenus lors de cette soirée gaudoise.

C’est toujours le plasticien qui ouvre le bal. De 19 h à 20 h, a eu lieu le vernissage de l’exposition Dérives argentiques de Danielle Androff et Jean-Marie Rivello. Les murs du centre culturel étaient en effet ornés de compositions photographiques en noir et blanc montrant des fragments de corps humain nu. Pendant le vernissage, qui précède le spectacle proprement dit, le public est libre d’évoluer dans tout l’espace sous la Coupole, avant le discours des officiels et le lancement de la première performance d’Olivier Debos.

Vernissage de l’exposition (Photo Romain Pierre)

Olivier Debos, comédien, clown et formateur de clowns, animateur de stages de qi gong et de poésie, a une réflexion sur la poésie et le corps qui est tout à fait passionnante. Il intervient depuis longtemps dans le festival et il reste membre du PoëtBuro. C’est un artiste et un humain que j’apprécie beaucoup. Cette année, il a voulu proposer un hommage à Jean-Pierre Verheggen, ancien parrain des Journées Poët Poët, et Belge comme le parrain de cette année, avec des performances où le texte s’incarne profondément dans le corps. Tchouc tchouc nougat !

Olivier Debos (photo personnelle)

Emmanuelle Pépin a investi le toit du centre culturel, sur la terrasse jouxtant les trois statues qui surplombent l’édifice. Cette danseuse a proposé une écriture poétique du corps, revenant à l’étymologie du mot chorégraphie. Le geste dansé n’est plus simplement un accompagnement gracieux de la musique, mais une véritable réflexion poétique, qui se passe par moments de tout accompagnement musical. Debout sur une pile de livres, s’arrachant des mèches de cheveux postiches, puis évoluant dans l’espace de la terrasse, elle a proposé une prestation insolite.

Emmanuelle Pépin (Photo Romain Pierre)

Isabelle Servol, performeuse et danseuse, a joué ce soir le rôle de Dame Poësie, autour de laquelle gravitant le choeur des poètes de l’école Marcel Pagnol de la Gaude. En robe de mariée, elle guidait par ses ponctuations corporelles les élèves de CM1 qui avaient écrit leurs propres textes et les ont performés comme de véritables artistes.

Isabelle Servol et les enfants (Photo Romain Pierre)

Wianney Qolltan’, poète, ancien étudiant du Cours Florent à Paris, a proposé une performance sublime, très habitée, où le corps avait à nouveau toute sa place. Il est intervenu au centre de l’arène, aux côtés des élèves de l’école Pagnol, qui étaient le fil rouge tissant le lien entre les différentes performances. Le cri final de Wianney Qolltan’ était le signal pour que les enfants sortent en courant, entraînant avec eux le public dans les espaces extérieurs.

Wianney Qolltan’

Pascal Giovannetti, poète, animateur de la scène slam de la Cave Romagnan, attendait les gens dans les jardins, dans l’obscurité de la nuit. Un vidéoprojecteur affichait des textes sur son corps pendant qu’il déclamait ses propres poèmes, dans une performance insolite où le poète semble comme saturé par les mots.

Pascal Giovannetti

Un peu plus loin dans le jardin, Leila Chaix, simplement assise sur un rocher, a prononcé, sans emphase aucune, une performance très engagée, portant un jugement sans appel sur les dysfonctionnements de notre société et l’urgence de vivre de façon plus humaine.

Leila Chaix

À nouveau, les enfants ont fait le trait d’union avec la suite, avec une performance située à l’entrée du cinéma, avant que les gens ne soient invités à entrer.

Chakib

À l’intérieur du cinéma reconverti en salle de spectacle, le musicien Chakib a déployé ses ambiances électroniques, tantôt planantes, tantôt inquiétantes.

Laurie Camous a proposé une performance d’objets, utilisant le rétroprojecteur comme théâtre d’ombres, déplaçant des feuilles découpées, dessinant un des transparents, dans une scénographie projetée. Elle a ensuite placé une bassine d’eau sur le plateau du rétroprojecteur, dans lequel elle faisait tomber des gouttes d’encre qui se diffusaient en volutes. Des figurines d’animaux plongées dans l’encre rouge ont évoqué une étrange hécatombe.

Tristan Blumel, poète, performeur et animateur d’ateliers d’écriture dans les écoles, a invité les élèves de l’école Jean Monnet à le rejoindre sur scène. Les enfants se sont passé le micro pour réciter les poèmes qu’ils avaient écrits, dans un joyeux désordre, comme s’ils prenaient la scène en otage.

Enfin, Dominique Massaut, poète, slammeur, parrain de cette 18e édition des Journées Poët Poët, a été le clou du spectacle. Son poème sur le cassoulet a fait rire petits et grands. Son poème sur les « zinzins » était à la fois drôle et poignant. Il a terminé avec un poème sur les « Jean », les Jean qui rient et les Jean qui pleurent, les Jean Darme, les Jean Peux plus, etc., en invitant le public à s’emparer de certains « Jean » et à les proférer à leun tour sur scène.

Ce que j’ai aimé, et qui aurait peut-être pu être encore davantage marqué, c’est le fait de transformer la dizaine de performances différentes en un spectacle unique, comme si c’était une seule et même histoire dont chaque intervenant racontait un chapitre, un seul et même voyage au pays de la poésie. Les spectateurs sont invités à devenir des explorateurs du monde de la Pouasie, et à en découvrir les différents continents. Cette année, le fil rouge entre les interventions était incarné par les enfants, qui ont pleinement joué leur rôle. Chaque année, je me fais la même réflexion, je suis fasciné par le talent scénographique de Sabine Venaruzzo, qui cette année est restée dans l’ombre, sans intervenir elle-même en tant qu’artiste, mais qui parvient en quelques heures à fédérer ces intervenants qui ne se connaissent pas ou peu, à faire en sorte que la sauce prenne, à entraîner chacun dans son délire, un délire auquel j’adhère totalement car je crois que j’ai à peu près le même, et à faire des soirées gaudoises un moment unique.

L’homme arc-en-ciel avec Dame Poësie

Quant à moi, mon rôle a été d’encadrer les enfants dans la loge et de fluidifier les déplacements des gens. Un petit rôle, mais que j’ai pu réinvestir d’une dimension artistique en incarnant l’homme arc-en-ciel, qui fait que ça passe, que ça circule, que ça avance…


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