Gérer un double niveau à l’école

Les effectifs des élèves obligent parfois les écoles à rassembler dans une même classe des élèves d’âges différents. Cette disposition n’entraîne pas d’inconvénients pour les élèves eux-mêmes, qui suivent leur programme quoi qu’il arrive, et peuvent même tirer profit de la présence d’élèves d’âges différents. En revanche, pour le professeur, cela demande une bonne gymnastique.

Un cours double reste une classe

Il ne faut pas perdre de vue que le cours double reste une classe. L’enseignant ne peut pas se dédoubler constamment, et les élèves ne peuvent pas faire des choses différentes en permanence. Il y a bien sûr de nombreux temps où les élèves travaillent des compétences différentes, et où le maître passe d’un groupe à l’autre, laissant la moitié de la classe en autonomie. Mais il est aussi possible de partir d’une base commune, de façon à enrôler la totalité de la classe dans un même projet, et de faire varier les consignes, les aides, les outils, les supports, la quantité.

Plusieurs types de double niveau

  • Le CE1-CE2 et le CM1-CM2 rassemblent des élèves de même cycle. Les programmes sont très proches. Il est très souvent possible de partir d’une activité commune et de différencier le degré d’exigence, la difficulté, la quantité, etc.
  • Le CE2-CM1 rassemble des élèves de cycles différents. Les programmes n’ont rien à voir en ce qui concerne la découverte du monde, d’une part, et l’histoire-géographie d’autre part. Les programmes de mathématiques sont également bien différents. Il y aura davantage de temps où la classe sera partagée en deux avec des activités totalement différentes. Pour moi, ça a été une année fatigante. Mais le groupe classe doit malgré tout vivre, et l’on pourra fonctionner en commun en littérature, parfois en étude de la langue, en langue vivante, en arts, en sciences…
  • Le CP-CE1 est un double niveau particulièrement difficile pour l’enseignant (je répète que pour les élèves, ça ne change rien). En effet, l’apprentissage de la lecture en CP demande beaucoup de vigilance de la part de l’enseignant, alors que l’autonomie des élèves de CE1 est toute relative. C’est pourquoi je connais des enseignants qui préfèrent faire un CP-CE2 plutôt qu’un CP-CE1.
  • L’an prochain, je découvrirai la GS-CP, rassemblant des élèves de grande section de maternelle et des élèves de cours préparatoire. C’est un double niveau atypique, mais l’effectif réduit et la présence d’une ATSEM devraient faciliter les choses. Je vais essayer de voir dans quelle mesure il est possible de faire des choses en commun, pour que vive le groupe classe, et de profiter du fonctionnement en ateliers propre à la maternelle, y compris pour les CP.
  • Enfin, plus rarement, il y a de grands écarts. J’ai déjà enseigné en CE1-CM1 et en CE1-CM2, avec des classes à fort effectif par surcroît. Il existe aussi des classes de CP-CM2. Souvent, les enseignants réticents au départ finissent par y trouver leur compte. Les possibilités de tutorat sont intéressantes : les grands viennent aider les petits.
  • Par ailleurs, la classe unique, du CP au CM2, voire de la PS au CM2, existe en zone rurale. C’est encore autre chose. Je conseille alors de fonctionner par cycles, en faisant deux à quatre groupes selon l’effectif.

Quel que soit le type de cours double, le temps de préparation est beaucoup plus important que dans un cours classique. Il faut avoir constamment vérifié que les activités prévues pour des temps d’autonomie soient réellement faisables par les élèves sans aide, sans quoi ils viennent solliciter l’enseignant qui travaille avec l’autre groupe. Il faut aussi minutieusement minuter les activités : les élèves qui finissent leur travail trop en avance risquent également de perturber l’autre groupe. Parfois, la réalité ne correspond pas à notre estimation, et il est alors important d’avoir un plan B, quelque chose de calme et silencieux à proposer aux plus rapides. Lorsque j’enseigne en cours double, je ne peux que rarement proposer les activités des manuels telles qu’elles y apparaissent, et je les modifie presque toujours sous la forme d’une fiche ou d’un atelier.

Un affichage pour le double niveau

Je vous propose un affichage permettant de matérialiser clairement les temps où l’enseignant se focalise sur un groupe et place l’autre en autonomie. Il est alors demandé au groupe en autonomie de ne solliciter le maître qu’en cas d’urgence. Cela suppose, bien entendu, de penser l’activité autonome de façon à ce qu’elle soit suffisamment motivante pour être réalisée avec envie et sans aide direc te de l’enseignant. En CM, les élèves y arrivent plutôt bien, et ce, même s’ils n’ont pas été habitués au double niveau avant. En cycle 2, cela prend du temps pour certains élèves peu habitués à ne pas être au centre de l’attention.

Je scotche ce document au tableau et j’utilise un aimant pour symboliser la présence du maître d’un côté ou de l’autre. Je complète l’affichage en écrivant à la main le nom des deux groupes, en écrivant à gauche le groupe placé à gauche dans la classe.

Des activités à faire en commun

Il est important que la classe vive aussi en tant que classe. Les temps communs facilitent aussi la gestion du groupe. Il est possible de travailler en commun pour :

  • la littérature : vous trouverez sur ce blog plusieurs projets en ce sens.
  • le calcul mental : j’ai l’habitude de vidéoprojeter les questions en séparant l’écran en deux.
  • la musique (tant l’écoute musicale que le chant)
  • les arts plastiques (avec des possibilités de différenciation et de tutorat)
  • la poésie avec des poèmes au choix, des temps de copie, de mise en voix, mais aussi de production…
  • les activités physiques, même si ce n’est pas toujours facile en as de grand écart d’âge.
  • et davantage encore de séances si vous avez un double niveau de même cycle.

Ne proposez pas une activité très « fun » à un groupe et pas à l’autre. C’est pourquoi je fais parfois (y compris en CE1-CM2) des expériences de sciences, des manipulations de maths, en commun, même si ce n’est pas au programme de l’autre groupe. Dans le cas contraire, le groupe laissé en autonomie sur un travail moins drôle sera de toute manière occupé à regarder les autres, et ne sera pas suffisamment en activité. Une recette de cuisine, c’est-à-dire un travail de mesures avec conversions en CM, peut tout à fait être assisté par des petits CP…

Et vous, comment gérez-vous vos classes en double niveau ? N’hésitez pas à laisser un petit commentaire dans l’espace prévu à cet effet. Et profitez bien des derniers jours de vacances !


Image d’en-tête : banque d’images Pexels proposée par WordPress.


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