Il y a quelques semaines, le 4 novembre, la poète Michèle Finck recevait le prix Apollinaire au café des Deux Magots, à Paris. Une récompense qui vient saluer son dernier recueil, La Voix du large, dont je voudrais vous parler aujourd’hui.
Publié aux éditions Arfuyen comme la plupart des livres de Michèle Finck, ce recueil de deux cent pages s’inscrit remarquablement dans la continuité des ouvrages précédents. On y retrouve trois types de poèmes : des proses, des poèmes très courts aux vers brefs, et des poèmes troués, où les blancs font apparaître une béance, un vide, un malaise.
Ce que j’aime dans ce recueil, comme dans toute la poésie de Michèle Finck, c’est qu’elle ne tait pas les failles, les dissonances, les brisures qui fissurent l’être, mais qu’elle n’en reste pas à l’expression du trouble, et qu’elle cherche, coûte que coûte, avec courage, la voie d’un apaisement. Dans les différents recueils de la poète, la séparation, le deuil, la folie de l’être aimé constituent des zones d’ombre au-delà desquelles la voix tente de se porter.
Cet équilibre-là m’est cher : les poètes qui ne font que creuser le noir me paraissent manquer l’essentiel, et ceux qui baignent dans un univers emparadisé me semblent naïfs. Michèle Finck est de celles qui partent de notre condition claudicante, de notre douloureuse position incarnée, pour tenter de s’ériger vers la lumière.
Et la voie, le chemin initiatique que suit la poète dans ce dernier recueil, c’est celui du large. Pour moi qui puis contempler l’horizon chaque jour par mes fenêtres, pour moi qui ai consacré des années de recherche à un autre poète qui a beaucoup écrit sur la mer et le bleu, cette voie ne pouvait que me séduire.
Pour Michèle Finck, « tous les poètes sont des Antigone » (p. 27). Je ne sais pas si l’on peut le dire réellement de tous les poètes, mais je pense qu’on peut le dire de Michèle Finck. Antigone, celle qui prend le parti du Cœur contre la loi de la Cité, celle qui prend soin de ses morts, celle qui a le courage d’être elle-même… À ses morts, elle dit : « Suis enceinte de vous tous »…
« A chaque fois que j’essaie d’écrire
trébucher sur ce mot capricieux : doute. » (p. 20)
Douter. Faire état du doute. Ne pas taire le doute. Assumer les failles. Porter en soi un malaise qui n’est pas seulement celui de la personne individuelle, mais celui d’une époque marquée par le confinement, celui d’une génération qui peine à se trouver un avenir, celui de l’humanité toute entière…
Et puis, malgré tout, les ailes de la musique, l’air du large… « La Brasse : ce mouvement qui ouvre le large » (p. 109). Oser parler de Grâce, sans pour autant imposer un Dieu en lequel tous les lecteurs ne se reconnaîtraient pas forcément. Mais, malgré tout, dire cela : qu’il n’y a pas que le noir, que nous sommes peut-être autre chose qu’un tas de matière brute. Esquisser une « métaphysique marine » :
« En ville où est le divin ? On se cogne
à son absence. On saigne.
À la mer n’est-ce pas lui
dans chaque fin dessin d’algue
sur le sable mouillé ? Lui aussi
qui déborde des touffes de mimosa
jaunes le long de la plage ? » (p. 114)
Se laisser porter sur la vague. Admirer Porto Vecchio. Aller à la rencontre de la mer et de l’écume. C’est tout cela que vous ferez en lisant La voie du large de Michèle Finck. Et bien plus encore. Vous découvrirez une spiritualité discrète, méditative, qui trouve en la mer un intercesseur, et qui passe par l’ouïe, la musique, l’oreille…
« Pour écrire un poème
il faut être vivant
de tous ses vocables
infinitésimaux
et pour être vivant
avoir regardé longuement la mer
jusqu’à ce que les yeux soient couleur mer
avec des oiseaux de mer peints sur le ciel de l’iris
avoir respiré le ressac par bouffées
jusqu’à ce que les parfums de mer
migrent au profond des pores
avoir écouté toute une vie la scansion de la mer
pouls cosmique de l’univers » […] (p. 110)
C’est à travers le rythme de la mer, cette basse continue du ressac, que la poète trouve son point d’équilibre, le « oui central » autour duquel tout s’articule, cette conviction d’avoir sa partition à jouer dans la grande symphonie du monde.
Je vais m’arrêter là, parce qu’il faut bien conclure. Il y a tant de poèmes que je voudrais citer, et surtout commenter… Cela fera l’occasion de prochains articles. J’espère que cet aperçu du dernier recueil de Michèle Finck vous aura donné envie d’en lire davantage…
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« la scansion de la mer
pouls cosmique de l’univers »
N’est-ce pas un peu too much ?
Le genre d’écueuil, selon moi, auquel une poésie uniquement lyrique peut difficilement échapper.
Cela n’engage que moi, bien sûr.
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Peut-être, mais ça vient compenser bien d’autres passages très sombres et peu lyriques
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