« Embarquement poétique » fête le Printemps des Poètes

Pendant ce Printemps des Poètes, j’ai été très occupé par les Journées Poët Poët, qui fêtaient cette année leurs vingt ans, mais d’autres événements dignes d’intérêt méritent d’être relatés dans Littérature Portes Ouvertes. Je suis en particulier de près le travail remarquable de l’association Embarquement poétique, présidée par Marilyne Bertoncini. Elle résume pour nous les riches activités qui ont eu lieu en ce mois de mars. Je lui laisse la parole.

Marilyne Bertoncini : Poursuivant la métaphore de l’embarquement poétique, nous avons organisé trois escales pour le Printemps des Poètes, dont deux qui devaient se dérouler à l’extérieur de notre port d’attache, le « Bistrot Poète », pour profiter de la lumière retrouvée et combattre avec le soleil et les mots les ombres qui planent sur le monde.

Une performance sur la plage

La première, le dimanche 8 mars, s’est déroulée sur la Plage du Centenaire, à Nice – les flâneurs interpellés se sont arrêtés sur la promenade, ou se sont mêlés sur la plage au public nombreux qui a assisté à la performance menée par J.D Iblis avec son piano muet qu’il a ligoté d’une toile d’araignée composée avec les cordes, selon la technique artistique du shibari qu’il nous avait déjà présentée lors des rencontres de novembre. La lecture émouvante de ses trois poèmes décrivant la souffrance et la libération d’une emprise amoureuse faisait écho, en ce 8 mars, à la journée des droits des femmes, et à la nécessaire union des forces de résistance, dont la poésie. La vidéo de la performance est accessible sur YouTube, et J.D Iblis s’est exprimé sur ce site dans un bel entretien mené par Gabriel Grossi.

Lectures dans un jardin public

La seconde était programmée mardi 10 mars au square Durandy, qui est l’ancien jardin de la bibliothèque Romain Gary, désormais zone de passage également pour les usagers de la ligne 2 du tram, mais toujours lieu de respiration urbaine : une petite boite à livres fort fréquentée, des bancs où se repose un public varié – enfants et leurs parents, jeunes des lycée et collège alentour… nous avait incités, Michel Saint-Dragon et Marilyne Bertoncini, à y organiser le «Quart d’heure de lecture nationale» : il s’agit d’un événement annuel qui nous semblait adapté au lieu. Nous avons imaginé de nourrir la boîte à livres, de nos livres, de volumes sortis de nos bibliothèques, avec l’idée qu’un livre n’a de valeur que s’il circule et rencontre des âmes qui y puisent des forces, d’en déposer aussi au pied de la sculpture monumentale « Forêt d’arbres », et de proposer aux passants de feuilleter, se poser pour lire, et dire au micro de Michel le passage du livre qu’ils choisissaient d’emporter et qui les avait décidés.

Le temps, hélas, était à la pluie depuis la veille, nous nous sommes repliés au Bistrot voisin, où les livres dispersés négligemment sur les tables invitaient les consommateurs à les ouvrir… Les réactions nous ont enthousiasmés, et la demande de réitération de l’événement en dehors de la date institutionnelle ne nous laisse pas insensibles : parmi les participants, notamment cette dame repartie les livres serrés contre son cœur en déclarant à Michel « vous n’imaginez pas combien vos mots vont m’aider » – ou ce jeune aspirant capitaine de navire, de passage à Nice pour un concours, qui a passé l’après-midi avec nous, à lire, et qui est reparti surpris d’avoir passé tant de temps dans ce lieu où il était entré pour prendre un café avant de reprendre la route, et surtout d’y avoir lu tant de poésie, lui qui pensait ne pas l’aimer…

Arthur Rimbaud à rebours

Les textes et poèmes de marche et de liberté ont été lus par les membres de l’association comme des retours de mémoire, des éclats du passé, des flash-backs dans le cours de ce journal désespérément factuel, comme le compte-rendu d’une expédition de méharée. Nous avons lu aussi des extraits des dernières lettres à sa famille, et l’écrivain et psychanalyste Daniel Cassini nous a dit son interprétation littéraire de « La Jambe de Rimbaud », texte inédit qui explore ce mythe du membre coupé dont le destin de relique a occupé les surréalistes André Breton et Jacques Vacher.

Enfin, ce vendredi 20 mars, s’est tenue la rencontre traditionnelle du troisième vendredi du mois, au Bistrot poète, en lien avec le thème du Printemps des Poètes. Nous avons proposé une lecture autour d’Arthur Rimbaud, chantre de la liberté la plus totale, mais présenté à rebours, depuis la fin de sa vie – à partir de son dernier journal, «de Harar à Warambot – 7-17 avril 1891», alors que malade et impotent, il entreprend son dernier voyage de rapatriement vers Marseille, où il sera amputé.

Ce qui a été présenté ainsi, lors de cette rencontre, à travers une mise en espace et nos voix, c’est une version inversée du mythe Rimbaud, marcheur invétéré, icône de liberté qui a vécu dans sa vie et sa chair l’inverse, l’enfer, la perte de ce trésor qu’il représente toujours et que portent ses mots, malgré tout, envers et contre tout, parce que la liberté, dans la poésie reste une force vive déployée.

Marilyne Bertoncini, pour Gabriel Grossi

Informations complémentaires : Embarquementpoetique.com


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