Le Mittelfest est un festival de théâtre, de musique et de danse qui a lieu chaque été dans la petite ville frioulane de Cividale del Friuli. Il doit son nom à la « MittelEuropa », nom historiquement donné à une région d’Europe Centrale, réunissant des pays dont les cultures respectives ont des points communs. Le but de ce festival est donc de mettre à l’honneur ces régions. Créé en 1991, ce festival a aujourd’hui trente-cinq ans, et a acquis une belle notoriété, relayé par la presse locale et nationale.
Qu’est-ce que le Mittelfest ?
Le Mittelfest n’est pas un festival comme les autres. Né en 1991, dans l’élan qui a suivi la chute du rideau de fer, il est avant tout une formidable invitation au dialogue entre les cultures d’Europe centrale, balkanique et italienne. Chaque année, Cividale del Friuli devient ainsi, pendant quelques jours, un véritable carrefour artistique où se croisent théâtre, musique, danse et, plus récemment, cirque. Ce qui fait aussi le charme du Mittelfest, c’est son rapport intime avec la ville : les spectacles investissent aussi bien les théâtres que les places, les cloîtres, les jardins ou les rives du Natisone, offrant au public une expérience profondément ancrée dans le patrimoine local. Enfin, fidèle à son esprit d’ouverture, le festival laisse une place importante aux jeunes artistes européens, contribuant à faire émerger les talents de demain tout en célébrant la richesse culturelle de la Mitteleuropa.
Une pièce de théâtre en serbo-croate
Son, Mother and Father Sit at the Table in Silence (Le Fils, la Mère et le Père s’assoient à la table en silence) est le genre de pièce qui saisit le spectateur dès son point de départ. Une question, simple en apparence, mais d’une cruauté absolue : si vous n’aviez le droit de sauver qu’un seul de vos enfants, lequel choisiriez-vous ? C’est la question qui a été posée à un couple de parents dont les enfants sont désormais adultes, dans le cadre d’un formulaire officiel à remplir en cas d’attaque nucléaire. Et le fils profite de son retour temporaire dans la maison familiale pour s’enquérir de la réponse des parents. Autour de cette hypothèse insoutenable, le dramaturge croate Ivor Martinić construit un huis clos familial où un père, une mère et leur fils exhument les non-dits, les blessures anciennes et les vérités que l’on préfère d’ordinaire taire.

Sous la direction du metteur en scène Aleksandar Švabić, cette création, présentée en première nationale au Mittelfest 2026, oscille sans cesse entre gravité et humour noir… jusqu’à ce que le silence s’installe, plus éloquent encore que les mots.
Auteur parmi les plus récompensés de la scène croate contemporaine, Ivor Martinić s’est imposé par une écriture d’une remarquable sobriété, où les dialogues laissent constamment affleurer ce qui demeure inexprimé. Son théâtre ne cherche pas l’effet spectaculaire : il explore avec une précision presque chirurgicale les tensions familiales, les contradictions de l’amour et les fragiles équilibres sur lesquels reposent nos existences.
En proposant cette création, le Mittelfest reste fidèle à sa vocation : faire découvrir au public italien les voix les plus fortes du théâtre d’Europe centrale et balkanique. Une œuvre exigeante, dérangeante parfois, mais que j’ai trouvée profondément humaine, en ce qu’elle rappelle que la famille est ce que nous avons de meilleur… et parfois de pire.
Un concert de musique Gipsy

Après la représentation théâtrale de la première partie de soirée, j’ai prolongé cette immersion au Mittelfest en assistant au concert de Prikezhia, porté par le groupe hongrois Romano Drom. Dès les premières notes, les musiciens ont fait résonner les traditions gitanes valaches dans un mélange envoûtant de mélancolie et d’énergie. Guitares, percussions, basse et batterie se répondaient avec une remarquable intensité, offrant une musique profondément enracinée dans le patrimoine rom tout en s’ouvrant aux sonorités contemporaines. Cette fusion entre tradition et modernité, servie par des interprètes d’une grande générosité, a rapidement conquis le public de la Piazza Duomo. Une belle découverte, qui illustre parfaitement l’ambition du Mittelfest : faire dialoguer les cultures d’Europe centrale à travers des artistes talentueux.
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Je ne connaissais absolument pas le Mittelfest avant de passer mes vacances à Cividale del Friuli. J’en avais à peine entendu parler, et je ne m’attendais certainement pas à découvrir un festival d’une telle ambition dans une ville de cette taille. J’ai été impressionné, d’abord, par l’ampleur de la programmation. Mais c’est surtout la qualité des deux spectacles auxquels j’ai assisté qui m’a marqué. Qu’il s’agisse de la force du texte d’Ivor Martinić ou de l’énergie communicative des Romano Drom, j’ai eu le sentiment d’assister à des propositions artistiques exigeantes, sincères et profondément originales. Le Mittelfest incarne à merveille ce que devrait être un grand festival : un lieu de découverte, de rencontre et d’ouverture sur des cultures que l’on connaît parfois mal. C’est une expérience que je garderai longtemps en mémoire, et une excellente raison de plus d’aller à Cividale del Friuli !


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