Tous les articles par Gabriel Grossi

A propos Gabriel Grossi

Passionné de lecture et de poésie, je m'intéresse particulièrement à la poésie contemporaine, à laquelle j'ai consacré ma thèse de doctorat. J'essaie par mon blog "Littérature portes ouvertes" de mieux faire connaître la littérature sous toutes ses formes, comme domaine de recherche et source de plaisir. Depuis le confinement, dans un souci d'entraide entre enseignants, je partage également mes ressources pédagogiques. Je m'intéresse également à l'histoire, à la philosophie, aux humanités au sens large. Et je vous propose également de découvrir mes propres poèmes.

Dix livres qui m’ont marqué

On vient de me proposer, via les réseaux sociaux, de présenter dix livres qui m’ont marqué. Cela m’a semblé pouvoir faire un bon sujet d’article. Ces dix livres m’ont marqué pour des raisons si différentes que l’on voudra bien ne pas voir, dans la liste qui suit, un classement ou un quelconque palmarès, mais simplement des suggestions de lecture. À vous, ensuite, de proposer vos propres ouvrages préférés dans les commentaires en bas d’article…

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Connaissez-vous « Massimila Doni » ?

Honoré de Balzac, comme sans doute aussi Victor Hugo, quoique pour des raisons différentes, souffre quelque peu de sa réputation. Écrivain prolifique et ambitieux, Balzac aimait à comparer sa Comédie humaine à l’État civil. C’est dire la dimension totalisante d’une œuvre qui prétendait embrasser l’ensemble du réel et en rendre compte avec objectivité. Cet aspect « réaliste » ne fait pas franchement rêver : c’est pourtant souvent celui par lequel on commence à présenter Balzac. En rester là revient à dresser un portrait austère qui ne rend pas justice au génie l’un de nos plus grands romanciers. Il y a, chez Balzac, de l’humour, de la tendresse, de l’exotisme, de l’aventure, de l’espionnage, de la fantaisie, et même du fantastique. Je voudrais aujourd’hui vous présenter Massimila Doni, qui n’est pas l’un de ses romans les plus connus, et qui est pourtant digne d’intérêt.

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Village (texte personnel)

C’est une ruelle étroite, un volet peint sur fond de pierre sèche, une plante grasse qui résiste dans l’interstice. Ici, les aspérités retiennent le regard. En cet endroit, le temps trouve à se loger, sur un banc ombragé, une lucarne oubliée, dans le chant des cigales. Rien, ou presque, ne bouge, et l’on voudrait faire sienne l’immobilité des lourdes pierres, s’approprier un peu de leur sage tranquillité. On prend, dans les rues, le temps de serpenter comme en un labyrinthe secret. Chaque angle de rue découvre un recoin paisible, jardin perdu au milieu de la pierre, inattendus signes d’un passé qui n’est plus, heurtoir sculpté, porte gravée, cadran solaire, vieux lavoir, fontaine oubliée. Ici, l’on s’isole de l’agitation du monde, l’on s’extrait des rumeurs du jour, dans l’ombre propice des ruelles. Voici soudain qu’au détour de l’une d’entre elles, un large panorama s’ouvre, surplombant le vide, laissant enfin jaillir la lumière du jour. Le monde minéral retrouve ici l’air, la rivière, le chant des oiseaux et la présence sereine des arbres.

Gabriel Grossi, mars-avril 2020.

Aimé Césaire, le chantre de la négritude

Je vous recommande un article intéressant du blog « Afrique News Info » : il est consacré au poète martiniquais Aimé Césaire, connu pour être l’une des voix essentielles de la « négritude ». Il rappelle la genèse de ce concept ainsi que les critiques qui ont été formulées contre lui.

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Mondes de joie – Texte personnel

Monde de silence     Monde de paix     Monde de courage     Monde de cœur     Monde de sérénité Monde de joie. La joie d’être allongés sur le sol dans l’herbe, la nuit des étoiles filantes et des spirales comme un nuage de lait. La joie ambiguë et généreuse du sourire de la Joconde. La joie qui n’attend rien, qui s’offre à chacun, qui se laisse saisir. Sans excitation, sans heurts, sans cris, la joie blanche, comme une sphère d’eau dans l’air, comme une flexion imperceptible du temps, comme une concordance avec soi-même et avec l’univers. La joie comme la lumière indirecte d’une bougie masquée de la main, comme dans un tableau de Georges de La Tour. La joie ni bruyante ni silencieuse. La joie comme une forêt de lucioles, comme une eau qui n’a plus besoin de chercher à s’écouler. La joie de ce qui est accompli et celle de ce qui engendre. La joie comme un acquiescement, comme ce qui n’est pas renié sitôt dit, comme ce qui se peut goûter sans honte. La joie non isolée, mais impossible à enfermer. La joie comme le son même du monde. La joie comme une parole redondante, joie de la sérénité et sérénité de la joie, comme ce qui ne peut se dire autrement que : joie.

Gabriel Grossi

Dimanche 26 août 2007
Modifié le dimanche 17 février 2008
& le mardi 1er juin 2010.

« Les Boxeurs de l’absurde »: entretien avec Béatrice Bonhomme

Béatrice Bonhomme a récemment publié aux éditions « L’Étoile des limites » un recueil de poésie intitulé Les Boxeurs de l’absurde. Elle a accepté de nous parler de cet ouvrage en répondant à mes questions. Qu’elle en soit ici chaleureusement remerciée.

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« L’hirondelle au printemps » de Victor Hugo

En cette fin avril, il est bon de relire ces beaux vers de Victor Hugo, certes rédigés en juin (si l’on en croit la date indiquée en fin de poème), mais qui parlent pourtant du mois d’avril. Suivons avec le poète l’hirondelle et la fauvette, et savourons la quiétude et l’harmonie qui émanent de ces vers…

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« Des gais soleils d’avril voici l’heure première.
Avril, c’est le printemps dans sa virginité.
L’air est d’un bleu profond, suave est la lumière ;
Un sang jeune sourit au front de la beauté.

[…] Bientôt se cueilleront les prémices des choses :
L’alouette dans l’air dira les jeunes blés,
Et le bouvreuil muet, caché parmi les roses,
Couvera les œufs blonds sous sa plume assemblés. »

Auguste Lacaussade, « Les Soleils d’Avril », Poèmes et paysages, 1897, via Wikisource.

Le poème d’à côté: Guillaume Apollinaire

Si l’on en croit « France Culture », l’un des poèmes les plus célèbres de Guillaume Apollinaire est « Mai », deuxième poème de la série des « Rhénanes ». Dans la logique de la rubrique « Le poème d’à côté », je voudrais aujourd’hui vous faire découvrir le poème qui précède dans Alcools, à savoir « Nuit rhénane ».

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La revue Nu(e) célèbre Salah Stétié

Le dernier numéro de la revue Nu(e) a été mis en ligne à la fin du mois de mars. Cette revue a déjà dédié soixante-et-onze numéros à la poésie contemporaine, chaque opus s’intéressant à un poète à travers un entretien, des inédits, des poèmes d’amis, des œuvres plastiques et des articles critiques. Ce dernier numéro est consacré à Salah Stétié, poète français d’origine libanaise qui, depuis les années soixante, fait œuvre de passeur poétique entre Orient et Occident.

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« Humanité anecdote biologique
Ne te perds pas de vue et cultive-toi
Des poireaux calmes des pommes de terre
Des tomates sans chinoiseries
Permets que le renard emporte une poule
Une poule de temps en temps avec des plumes
Ignorante des happy technologies
Quand un lombric déroule de tout son long
Un bout de la longue chaîne élémentaire
En rose merveilleux alimentaire. »

Valérie Rouzeau, Sens averse, Paris, La Table Ronde.

Connaissez-vous l’Impromptu de Versailles ?

Parmi les pièces de Molière, vous avez sans doute entendu parler de L’Avare, du Médecin malgré lui, du Bourgeois gentilhomme et peut-être de Tartuffe. Mais il est une pièce beaucoup moins connue, et pourtant fort étonnante, intitulée L’Impromptu de Versailles. Dans cette pièce relativement courte, Molière se représente lui-même en tant que metteur en scène, en train de diriger une répétition auprès de comédiens pas toujours très disciplinés. Cela fait preuve d’un grand sens de l’autodérision, mais aussi d’une modernité étonnante, car on n’imagine pas, au premier abord, que l’acte très moderne de « montrer les coulisses » se soit pratiqué dès le XVIIe siècle.

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J’ai eu aujourd’hui la bonne surprise d’apprendre qu’un professeur de Lettres en lycée, qui doit désormais, comme tout enseignant, faire cours à distance, utilise l’un des articles de mon blog comme support de cours. Il s’est en effet appuyé sur mon article intitulé « Détruisons les mythes grammaticaux » pour demander à ses élèves de réagir en indiquant le « mythe » qui les avait le plus surpris. Je le remercie, car cela fait vraiment plaisir d’apprendre que ce blog est utile !

Le progrès chez Rimbaud

Je regarde fréquemment les recherches qui ont permis à des lecteurs de trouver mon site, car cela peut me donner des idées d’article. C’est ainsi que j’ai trouvé ce beau sujet qui fera la matière de notre réflexion d’aujourd’hui : le progrès chez Rimbaud. Et évidemment cette question que pose le sujet lui-même : Arthur Rimbaud était-il pour ou contre le progrès ? C’est une question qui n’est pas si simple à trancher, bien entendu, et c’est ce qui la rend intéressante…

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