Archives pour la catégorie Littérature française


« Marcher sur les trottoirs, sauter dans les flaques d’eau où la lumière du ciel se reflète, souiller le cuir de nos brodequins, comme on le faisait enfant, dans la boue, cela vaut bien le miracle de marcher sur les eaux. C’est un aussi sûr paradis. »

Yves Leclair, « Parfums et aromates »,
dans Orient intime, Paris, Gallimard, coll. « L’Arpenteur », 2010, p. 82.


« il est assis
il a les genoux pliés
il voit le monde
il voit des fleurs de trèfle blanches
il voit un toit de tuiles rouges
il voit un carré de ciel gris
il ne voit pas le monde
il est le monde à lui tout seul
[…] »

Jacques DARRAS, « Position du poème », L’indiscipline de l’eau,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2015, p. 19.

La vie commune d’Alain et Marie-Claire Bancquart

Elle, c’est Marie-Claire Bancquart, l’une des grandes voix de la poésie française contemporaine, décédée en 2019. Lui, c’est Alain Bancquart, l’un des grands compositeurs de ce siècle, et, donc, le mari de la première. Il a publié en 2020 Il y a trace de nous, aux éditions Delatour, ouvrage qui revient sur près de soixante-huit ans de vie commune.

Continuer à lire La vie commune d’Alain et Marie-Claire Bancquart

Des poèmes sur la ville

La « fréquentation des villes énormes » est, depuis Baudelaire, une source d’inspiration féconde pour les poètes. C’est bien en elle, en effet, que réside la modernité, avec tout ce qu’elle suppose de mouvement, de vitesse, d’innovations en tous genres… Les villes d’aujourd’hui sont grouillantes, trépidantes, tentaculaires. Elles prennent toujours plus de place, dans nos vies concrètes comme dans notre imaginaire. Je me souviens avoir lu dans un article, il y a de ça quelques années, que l’univers urbain avait tendance à monopoliser le paysage télévisuel, et que l’on trouvait de moins en moins de films et de séries dont l’action se situe dans la nature. On s’en doute, la ville apparaît chez les poètes autant comme un idéal que comme un repoussoir. Et cela, dès La Fontaine…

Continuer à lire Des poèmes sur la ville


« Ce sont d’abord de petits coups frappés silencieusement
dans la nuit contre le sac de peau : un minuscule bonhomme invisible qui remue dans le ventre de sa mère, la chair déjà toute
pleine de songes…

Un jour, on entend au loin le bruit de galop du cœur : quelqu’un, très vite, qui se rapproche à la vitesse du sang dans les veines, depuis longtemps déjà en chemin par des couloirs obscurs…

Puis cette image floue, sur l’écran, d’une ombre grise qui palpite, serre un poing, remue la jambe, et parfois ouvre la bouche : essaierait-elle déjà de dire quelque chose ? »

Jean-Michel Maulpoix, « Proses pour Adrien », Journal d’un enfant sage,
Paris, Mercure de France, 2010, p. 111.

Mort du poète Bernard Noël

Le poète Bernard Noël est décédé hier à l’âge de quatre-vingt-dix ans, quelque temps après Philippe Jaccottet. C’est dire que les grandes voix du vingtième siècle s’éteignent peu à peu… Aussi importe-t-il, pour lui rendre hommage, de présenter sa poésie.

Continuer à lire Mort du poète Bernard Noël

Baudelaire : « La Fontaine de sang »

Il ne vous aura pas échappé que nous fêtons cette année le deux-centième anniversaire de Charles Baudelaire. Aussi ai-je l’intention de publier régulièrement des articles destinés à mieux faire connaître ce grand poète, en puisant parmi la matière offerte par les Fleurs du Mal ou encore les Petits Poèmes en prose. Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un poème qui ne fait pas partie des plus souvent cités, intitulé « La Fontaine de sang ».

Continuer à lire Baudelaire : « La Fontaine de sang »

Lecture de poèmes de Jean-Michel Maulpoix

Quoi de mieux, en ces temps d’enfermement, que de s’évader par la lecture ? Profitons de cette période où nous sommes fréquemment à la maison pour lire de la poésie, et pour découvrir des poètes contemporains. Aujourd’hui, je voudrais vous lire quelques poèmes extraits d’Une histoire de bleu, le plus célèbre recueil de Jean-Michel Maulpoix.

Continuer à lire Lecture de poèmes de Jean-Michel Maulpoix

Bicentenaire de Baudelaire

Le 9 avril, Charles Baudelaire fêtera ses deux-cents ans. Impossible, n’est-ce pas, de ne pas y consacrer un article ! Baudelaire reste, cent soixante-quatre ans après la publication des Fleurs du Mal, le père de la poésie moderne. Aussi nombreuses qu’aient été les évolutions de la poésie après lui, Charles Baudelaire reste considéré comme le tournant majeur de la poésie de ces deux derniers siècles, comme celui qui a fait entrer la poésie dans la modernité. Il est, pour Michel Jarrety, un « point de départ » (1). Petit parcours dans la poésie baudelairienne…

Continuer à lire Bicentenaire de Baudelaire

« L’éveil de Pâques » de Verhaeren

En ce lundi de Pâques, je vous propose la lecture d’un poème d’Émile Verhaeren, intitulé L’éveil de Pâques. Il est publié dans la troisième série de Poèmes parue au Mercure de France, qui rassemble les recueils Les Villages illusoires, Les Apparus dans mes chemins et Les Vignes de ma muraille. C’est dans ce dernier ensemble que l’on trouvera le sonnet de L’éveil de Pâques.

Continuer à lire « L’éveil de Pâques » de Verhaeren

Le surréalisme après le surréalisme

On me demande aujourd’hui quelle est l’influence du surréalisme dans la poésie d’aujourd’hui, et plus précisément s’il se trouve encore des poètes pour revendiquer l’écriture automatique. C’est une question intéressante, bien trop vaste pour faire l’objet d’une réponse complète dans le cadre d’un simple article de blog, mais à laquelle je vais tâcher de répondre de mon mieux, sachant que je ne suis pas spécialiste du surréalisme.

Continuer à lire Le surréalisme après le surréalisme

Connaissez-vous René Depestre ?

De René Depestre, poète haïtien né en 1926, je ne connaissais que le texte liminaire de Minerai noir, magnifique poème qui utilise la métaphore minière pour condamner l’esclavage et la traite négrière. J’ai voulu en connaître davantage, et c’est pourquoi je me suis procuré un petit recueil, paru en 2019 chez Points, qui rassemble dans un même ouvrage Minerai noir (1956), Au matin de la négritude (1990), Anthologie personnelle (1993) et Un été indien de la parole (2002).

Continuer à lire Connaissez-vous René Depestre ?

Les « ultimes vérités » de Jean-Yves Masson

Publiées en 2007 aux éditions Verdier, sises à Lagrasse, dans l’Aude, les Ultimes vérités sur la mort du nageur sont un recueil de nouvelles de Jean-Yves Masson, qui est aussi poète, traducteur, éditeur et professeur de littérature à l’Université de la Sorbonne. Je voudrais vous parler de ce livre que j’ai beaucoup aimé.

Continuer à lire Les « ultimes vérités » de Jean-Yves Masson

La contemplation selon Yves Leclair

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un petit livre qui fait partie des ouvrages que je me suis offerts pour mon anniversaire. Il s’intitule Manuel de contemplation en montagne, et il a pour auteur Yves Leclair, poète français né en 1954 près d’Angers, qui a publié de nombreux recueils poétiques, mais aussi des récits et des essais.

Continuer à lire La contemplation selon Yves Leclair


« Apprenez à poser votre voix. Vous qui avez la chance d’habiter près de la mer, n’hésitez pas. Allez par les nuits d’insomnie sur la plage. Dites n’importe quoi face au vent. En algonquin, en iroquois, parlez à travers l’hygiaphone géant de l’océan. Détachez bien les mots. Par paquets de notes comme des paquets de mer. Apprenez à hurler aphone en américain. Apprenez le chuchoté-crié. Peut-être qu’elle vous entendra là-bas sur l’autre rive. »

Jean-Claude Pinson, « Laos leçon lyrique », www.maulpoix.net

Philippe Jaccottet

La triste nouvelle m’est apparue de nombreuses fois sur les réseaux sociaux : le poète Philippe Jaccottet est mort le 24 février à l’âge de 95 ans. Il était émouvant de lire tous ces hommages, toutes ces citations, ces articles de presse, ces souvenirs rapportés par les uns et les autres. Le nombre même de ces messages indique combien Jaccottet comptait pour la poésie contemporaine. Celle-ci vient indubitablement de perdre une de ses plus grandes voix.

Continuer à lire Philippe Jaccottet

Les correspondances baudelairiennes

Parmi les poèmes de Baudelaire qui sont souvent cités et commentés, le sonnet des « Correspondances » n’est pas le moins connu, sans doute parce qu’y apparaît une lecture du monde sensible qui en fait un signe vers une signification plus profonde.

Continuer à lire Les correspondances baudelairiennes


« Neige danse vent dans les feuilles
Ce mouvement sans fin des herbes
Cette en-allée que rien ne peut rompre
Une beauté nue que la main ne peut prendre »

Laurence Chaudouët, La Grâce ou l’Oubli, Les Presses Littéraires, coll. « Florilège », 2020.
Prix de poésie 2020 « Yolaine et Stephen Blanchard »

Continuer à lire Citation du jour — Laurence Chaudouët