Archives pour la catégorie Littérature française


« Parmi les citronniers
affleuraient les traces
des labyrinthes
ici
l’eau
n’altérait le son
ni le hasard
quand se fractionnait
la réponse
naquit
la légende
ou une autre
lecture
des cités
des masques d’or
qui sommeillent »

Esther Tellermann, Un versant l’autre, Paris, Flammarion, 2019,
via « Google Livres ».


« Pleure comme si la rivière était entrée en toi
disent les gens de l’eau
Et laisse ta voix derrière toi pour mieux t’écouter par temps de pluie »

Vénus Khoury-Ghata, Gens de l’eau,
Paris, Mercure de France, 2018,
via « Google Livres ».

Le poème d’à côté: Henri Michaux

Le poème d’à côté

Né en 1899 et mort en 1984, le poète d’origine belge Henri Michaux aura connu la plus grande partie du XXe siècle. Son œuvre inclassable le range aux côtés des plus grandes voix poétiques de son temps, comme celles de Valéry, Supervielle, Perse ou encore Guillevic. L’un de ses poèmes les plus connus et les plus enseignés s’intitule « Le grand combat » : l’auteur y multiplie les inventions lexicales, au point de donner l’impression d’avoir créé une langue nouvelle, tout en demeurant capable de suggérer un violent combat, un corps à corps qui peut rappeler certaines chansons de geste, dans un poème truculent et jubilatoire. Je vous invite aujourd’hui à considérer le poème d’à côté, du moins celui qui est publié juste avant dans l’anthologie L’espace du dedans.

Continuer à lire Le poème d’à côté: Henri Michaux

« Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur »

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un vers admirable de Jean Racine. Il se trouve dans la scène 2 de l’acte IV de Phèdre, l’une des plus célèbres tragédies du grand dramaturge. Il est mis dans la bouche d’Hippolyte, aimé par Phèdre, la femme de son père Thésée. Dans cette scène, Hippolyte est accusé par son père, et celui-ci se défend, notamment par ce vers : « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur ». C’est donc ce vers, ce seul vers, que je voudrais commenter aujourd’hui.

Continuer à lire « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur »

Poésie et désir

Alors même que les manifestations liées au Printemps des Poètes 2020 sur le thème du courage ont été très perturbées par la pandémie (et sans doute souvent annulées), le thème de l’édition 2021 est désormais connu : il s’agira du désir. Voici donc, dès à présent, quelques réflexions sur ce thème…

Continuer à lire Poésie et désir

Parcours dans les « citations du jour »

De temps en temps, entre deux articles plus longs, j’aime à proposer quelques citations qui m’ont intéressé, séduit ou amusé, généralement puisées dans le vaste corpus de la poésie. Je voudrais aujourd’hui jeter un regard rétrospectif sur ces diverses citations…

Continuer à lire Parcours dans les « citations du jour »

« 

« Tu t’imagines parfois sous la dalle de ta propre tombe, mains jointes sur la poitrine, écoutant le bois craquer, ou tendant l’oreille à travers la pierre vers des chants d’oiseaux, guettant un pas sur le gravier, sans souffrance, sans fébrilité, ne voulant et n’espérant rien, n’étant plus que cette attention presque aussi calme qu’un sommeil, tournée vers le dehors comme vers une musique, une pensée venue se substituer à ce qui naguère agitait ton cœur. Il t’arrive ainsi de rêver que ta propre vie se retire toute au-dehors de toi, ne laissant subsister qu’une oreille, un sourire sur un visage triste, ou quelques larmes silencieuses. Comme déjà les personnes très vieilles, tassées au fond de leur fauteuil, regardent s’en aller le monde tel un grand fleuve poussant ses eaux. »

Jean-Michel Maulpoix, L’instinct de ciel, II-7,
dans Une histoire de bleu, suivi de L’instinct de ciel,
Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 2005, pp. 193-194.

« Hopkins forest » d’Yves Bonnefoy

Depuis les années cinquante jusqu’à sa mort en 2016, Yves Bonnefoy n’aura eu de cesse de poursuivre l’idéal d’une poésie tout à la fois simple et authentique. En 1991, il publie le très beau recueil intitulé Début et fin de la neige, où c’est avec une grande sobriété et une économie de moyens qu’il dit cette réalité insaisissable de la neige. Le poème intitulé « Hopkins forest » est précédé de deux sections où la neige apparaît tout à la fois ordinaire et extraordinaire, inscrivant la possibilité d’un émerveillement au sein même du quotidien. La troisième section, en vers libres comme les précédentes, est centrée sur un lieu, cette « forêt de Hopkins » qui semble située « entre Princeton Junction et Newark », aux États-Unis d’Amérique.

Continuer à lire « Hopkins forest » d’Yves Bonnefoy

« On ne part pas, on ne revient pas » d’Hélène Cixous

Si ce blog fait une large place à la poésie d’aujourd’hui, je voudrais aujourd’hui vous parler du théâtre contemporain avec une pièce parue en 1991, intitulée On ne part pas, on ne revient pas, écrite par Hélène Cixous. J’avais lu cette pièce il y a quelques années, dans le cadre de la préparation d’un cours d’université sur le théâtre. Voici, donc, ce que j’ai pensé de cette pièce.

Continuer à lire « On ne part pas, on ne revient pas » d’Hélène Cixous


« Les pâles amoureux cherchent les frais avrils,
Le lent vieillard s’attarde aux douceurs de l’automne ;
Juillet, lourd aux faucheurs, mois grave où le ciel tonne,
Mois des blés d’or, c’est toi qu’aiment les cœurs virils !

Car la terre, oubliant les rêves puérils
De sa virginité qu’un bruit de source étonne,
Ne connaît pas encor ce sanglot monotone
Que traîne, aux premiers froids, son veuvage en périls.

Majestueuse épouse aux vêtements superbes,
Elle offre à tous vivants le lait mûr de ses gerbes ;
C’est la nourrice active et rebelle au sommeil :

La nuit brève s’étoile en admirant sa gloire,
Et de son sein gonflé par l’amour du Soleil
S’exhale, en longs parfums, l’orgueil de la victoire ! »

Georges Lafenestre, « Juillet »,
Le Parnasse contemporain : Recueil de vers nouveaux,
Alphonse Lemerre [Slatkine Reprints], 1876, III. 1876 (p. 214).
Via Wikisource.

Dictionnaire Jaccottet

Difficile de présenter un poète sans être trop scolaire, de donner un aperçu de la diversité de sa poésie sans être trop long, et si possible de donner envie de le lire. Aujourd’hui, je voudrais vous présenter l’une des plus grandes voix de la poésie française contemporaine, à savoir Philippe Jaccottet. Afin d’éviter les réflexions trop magistrales, j’ai choisi la forme du dictionnaire. J’ai donc retenu quelques concepts-clefs qui me paraissent éclairer la poésie de Philippe Jaccottet.

Continuer à lire Dictionnaire Jaccottet

« Mais l’admirable, ce qui avait déclenché cette impression de plénitude aussi intense et profonde qu’énigmatique, c’était la chaleur qui montait de ces chemins comme l’eût fait, à une autre saison, de la brume, chaleur couleur de terre elle aussi, parce qu’en quelque sorte tout était de terre en ces instants ; moins comme une caresse que comme une bonté silencieuse, sans nom ; sans visage et sans même un cœur. »

Philippe Jaccottet, « Couleur de terre »,
dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 2014,
« Bibliothèque de la Pléiade », p. 1275.

« Juin » de Leconte de Lisle

Je vous présente aujourd’hui un poème de saison, puisqu’il s’intitule « Juin ». Ce poème fait partie des Poëmes antiques de Leconte de Lisle, recueil paru en 1852, la même année donc que les Fleurs du Mal de Baudelaire.

Continuer à lire « Juin » de Leconte de Lisle


« Amour. Sans cesse ce mot-là à la bouche. Ce mot de forme ronde. Si facile sous la plume. Attendrissant la langue, cautérisant la plaie. Une pommade. Un bonbon d’enfant — mais qui ne fond pas. Et tes phrases, pour le dire, se veulent telles des corps ou des peaux, avec leurs habits du dimanche, leurs parfums, leurs chapeaux, leurs colliers et leurs bagues. Rythme toujours, musique clinquante de bijoux faux. »

Jean-Michel Maulpoix, L’Instinct de ciel, Paris, Mercure de France, 2000,
réédité en « Poésie/Gallimard » à la suite de Une histoire de bleu, 2005, II-3, p. 178-181.

D’autres « Amours »

Si vous me parlez du recueil des Amours, je comprendrais que vous évoquiez le célèbre recueil de Ronsard paru en 1552. Le grand poète de la Pléiade y célébrait son amour pour Cassandre Salviati, une jeune fille que le poète, clerc tonsuré, ne pouvait que rêver. Dans la logique de la rubrique « Le poème d’à côté », je vous invite aujourd’hui à découvrir d’autres recueils du même titre.

Continuer à lire D’autres « Amours »

La « recette » de Guillevic

Internet offre aujourd’hui la chance de pouvoir feuilleter des extraits d’ouvrages. C’est ainsi que je viens de jeter un œil à un essai de Jean Pierrot intitulé Guillevic ou la sérénité gagnée, paru en 1984 aux éditions Champ Vallon. Un poème cité à la page 98 a retenu mon attention : il s’intitule « Recette » et se trouve dans le recueil Avec de Guillevic.

Continuer à lire La « recette » de Guillevic

Un poème de Pierre Maubé

Le poète français Pierre Maubé, né en 1962 en Haute-Garonne, a récemment publié sur Facebook un beau poème qu’il m’a autorisé à reproduire ici. J’aime sa simplicité et son authenticité. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Continuer à lire Un poème de Pierre Maubé