Archives pour la catégorie Littérature

Comme l’indique son titre, ce blog traite essentiellement de la littérature sous toutes ses formes. Il s’agit moins de coller à l’actualité éditoriale que d’explorer la poésie, le théâtre et le roman de toutes les époques.

Nu(e) célèbre Valérie Rouzeau

La revue Nu(e) vient de faire paraître son soixante-dixième numéro. Coordonné par Régis Lefort, il consacre près de trois cents pages à la poète Valérie Rouzeau. En voici une petite recension.

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L’autre histoire de Cendrillon

Il y avait une fois une petite fille, pas toujours très sage, dont on ne sait plus si elle s’appelait Mathilde ou Lucette. Elle aimait, comme tous les enfants, à s’amuser, et par-dessus tout, à sauter dans les flaques et à jouer avec la boue. Un soir, la famille s’apprêtait à partir à une importante réception. Ses deux grandes sœurs étaient déjà prêtes, sur le pas de la porte, à monter dans la grande limousine noire. Elles avaient mis leurs plus belles robes et je ne sais combien de rubans dans leurs cheveux, et attendaient leur petite sœur en jouant avec leur smartphone. Mais la cadette demeurait introuvable.

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Poème du bord de mer

TEXTE PERSONNEL

Toujours, il s’en revient près de la mer.

C’est là, où que ses pas l’aient d’abord porté, qu’il finit par se rendre. Dans le dédale de la grande ville, elle lui est un repère. S’il aime à se perdre dans les méandres des rues, c’est qu’il la sait présente par-delà le béton et la grisaille. Elle n’est jamais très loin de ses pas. Elle lui rend supportables la ville et ses rumeurs, ses foules pressées et irascibles, ses cris et ses sirènes. Dans les moments d’incertitude, il s’en vient près d’elle chercher du réconfort. Jamais elle ne se refuse à lui ; jamais elle ne trahit sa confiance. Elle répète pour lui une mélodie douce et rassurante, dans le bercement continu du ressac où se perdent ses pensées. Il se laisse fasciner par ses teintes changeantes, par son bleu plus profond que la nuit, par ses irisations perlées d’écume dans la clarté rayonnante du jour. Il cherche à comprendre comment ses ondulations parviennent à se résoudre en une si parfaite ligne. Il a besoin de ces instants où le regard porte au loin et où il n’y a rien d’autre à faire que de contempler le vide, comme pour s’y perdre, sans vouloir y chercher quelque chose, accueillant simplement ce qui s’y trouve, heureux d’être là, suspendu entre ciel et mer, oublieux de tout, laissant derrière lui l’agitation de la ville, un peu stupide peut-être de se savoir figé devant rien, mais indifférent finalement au regard des autres, puisque seul importe désormais l’infini de la mer, pour quelques secondes encore avant de retourner à l’existence ordinaire, et la sensation d’être parfaitement à sa place, si petit pourtant, mais en accord avec celle qui se déroule et continue de se dérouler devant lui.

Gabriel GROSSI, 5 décembre 2019.

La baie des Anges depuis Antibes (photo personnelle)


« Si tu crois qu’aux enfants seuls siéent les songes je te dirai ce retour d’images brèves qui font d’une vie une éternelle saison qui nous frôle et n’en finit pas d’interroger les forêts

On lâche seulement sur le tard des mots neufs enfermés comme des copeaux légers dans des larmes avides d’épaules »

Barbara Auzou.

Ce beau poème, intitulé « Prolégomènes IV », se lit (presque) d’un seul souffle. Il est à lire sur le blog de Barbara Auzou, dont le titre très durassien est Lire, dit-elle. Allez-y voir !

« Encre d’une disparue » de Bernard Simeone

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’un tout petit livre. Dix-sept pages seulement, c’est en effet un bien mince ouvrage. Mais la poésie n’a pas forcément besoin de beaucoup de place… Ce livre, il s’intitule Encre d’une disparue, et il a été publié par Bernard Simeone aux éditions « La Cécilia » en 1990.

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Poésie et courage: Anna Akhmatova

Poursuivant ma petite suite d’articles consacrés au courage, thème du Printemps des Poètes 2020, je voudrais vous présenter aujourd’hui Anna Akhmatova, figure majeure de la poésie de langue russe du XXe siècle.

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Antoine Émaz : « Poème du mur »

« Au pied du mur » : c’est par cette expression que commence le recueil En deçà d’Antoine Emaz, paru aux éditions « fourbis » en 1990. Une expression à prendre littéralement et dans tous les sens. Littéralement, parce que le poème parle effectivement d’un mur. Et, bien sûr, le sens de l’expression figée persiste, ajoutant une idée d’une impasse existentielle.

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La poésie d’aujourd’hui en 10 mots-clefs

Comment qualifier la poésie d’aujourd’hui ? Répondre à cette question n’a rien d’évident, tant diverse et foisonnante est la poésie contemporaine. Je voudrais par cet article vous permettre d’accéder à cet univers méconnu à travers dix mots-clefs dont je pense qu’ils peuvent aider à la mieux comprendre…

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« On n’entendrait d’abord que leurs rires »

Texte personnel

On n’entendrait d’abord que leurs rires, leurs rires soudain retrouvés de petites filles, ceux de l’époque où elles revêtaient en cachette les robes de soirée de leur mère, en se maquillant devant le miroir poussiéreux de la cave. Des rires pleins de soleil, malicieux sans méchanceté, qui parleraient d’insouciance. Chargées de paquets, elles sortiraient des boutiques et flâneraient près de la mer. Elles n’auraient cure des vieilles dames dans le bus, qui leur repro­cheraient leurs cris et leur allégresse. Sur la Promenade des Anglais, elles regarderaient les grands hôtels, les mouettes et les avions, derrière leurs grosses lunettes de soleil. Elles s’imagineraient les flashes des photographes, les marches rouges du Palais des Festivals, et la façon dont, d’un geste désinvolte, elles repousseraient paparazzi et journalistes. Elles essaieraient quelques pas de danse sur le bitume, adoptant des poses affectées et hautaines. Aujourd’hui je suis la reine, je fais ce qu’il me plaît. Il suffirait d’un ralenti, d’un mouvement calculé de cheveux, et ce serait comme au cinéma. On pourrait imaginer toutes sortes de péripéties, thriller, film policier, série télévisée, passage de la plus pure insouciance à la pire détresse, un malheur qui s’abattrait sur ces figures fragiles, et un suspense d’une heure vingt avant le bonheur recouvré. Nous préférons laisser résonner ces rires dans l’infini ciel bleu, qui ne recouvrent pas totalement l’immuable refrain des vagues et des galets, à l’heure où le soleil déjà s’allonge au-dessus de l’aéroport et où s’étirent les ombres des palmiers entre les miroitements embrasés des carrosseries.

Gabriel GROSSI, 2011-2019.


« Sur une plage vide d’après l’été, je nous imagine. Ton petit chien renifle les vagues. Tu portes sur la tête un bonnet rayé et tu marches à la lisière des eaux. On dirait que le sable tremble, cette minute est trop importante. Les mouettes se sont tues dans un battement d’aile. Le crabe aux yeux éteints s’est souvenu de quelque chose. La plage croule et je m’écarte pour écouter ces drôles d’histoires que les enfants égrènent au sortir de l’école. »

Jean-Michel Maulpoix, Locturnes, Lettres Nouvelles, 1978, p. 49-50.

10 (autres) poètes d’aujourd’hui à connaître

Parmi les 835 articles de ce blog, il en est un qui, presque chaque jour, arrive en tête de la liste des articles les plus consultés, et a été lu plus de 48.000 fois : il s’agit de Dix poètes d’aujourd’hui à connaître, où je vous faisais découvrir Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Salah Stétié, François Jacqmin, Jean-Michel Maulpoix, Béatrice Bonhomme, Marie-Claire Bancquart et Jean-Yves Masson. Je me propose donc aujourd’hui de vous faire découvrir dix autres poètes contemporains.

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Un festival de théâtre à Cagnes-sur-Mer

Ce week-end, les 9 et 10 novembre 2019, se tiendront les Rencontres Théâtrales d’Automne à Cagnes-sur-Mer. Plusieurs pièces se succéderont sur les planches du Centre Culturel. C’est l’occasion de soutenir le théâtre amateur. Humour et improvisation seront au rendez-vous. Et les enfants ne seront pas oubliés…

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Poésie et courage: Pablo Neruda

Le prochain Printemps des Poètes, qui se tiendra en mars 2020, aura pour thème « Le Courage ». Après un premier article consacré à présenter ce thème, je voudrais aujourd’hui poursuivre en vous présentant le poète Pablo Neruda, dont l’œuvre monumentale me paraît à même d’illustrer superbement ce thème. (Au passage, l’icône ci-contre vous permettra de repérer visuellement tous les articles consacrés à ce thème.)

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« Les Boxeurs de l’absurde » de Béatrice Bonhomme

Je viens de recevoir le dernier recueil de Béatrice Bonhomme. Il s’intitule Les Boxeurs de l’absurde et vient de paraître aux éditions « L’Étoile des limites », dans la collection « Parlant seul ». En attendant de pouvoir vous présenter cet ouvrage plus en détail, en voici une citation…

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Baudelaire : « Le joujou du pauvre »

Si vous aimez les Fleurs du Mal de Baudelaire, vous découvrirez avec plaisir les Petits poèmes en prose, certes différents dans leur forme même comme dans leur style, plus légers sans doute par leur forme narrative, mais non moins plaisants à lire. Aujourd’hui, je voudrais vous faire découvrir le dix-neuvième de ces poèmes en prose, à savoir, donc, « Le joujou du pauvre ».

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« À cause de la joie qui me vient de ses yeux j’ai grande peine et tendresse aussi d’aller parmi la solitude

Fleuves nuages rutabagas les visages passent le temps poudroie

Grâce au songe de lui je ne suis plus quand je suis seule seule dans la rue […] »

Valérie Rouzeau, Va où,
Le temps qu’il fait, 2002, p. 120.

« Magnitudo parvi » de Victor Hugo

Durant toute ma scolarité, secondaire comme supérieure, je n’ai que très rarement eu affaire à Victor Hugo, lequel est donc un poète que j’ai largement découvert par moi-même. Aujourd’hui, je voudrais vous présenter un très long poème des Contemplations, intitulé « Magnitudo parvi ».

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